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Hélène Major : du joual au français

Le mercredi 24 mars 2010 à 0 h 25 min | Par | Rubrique : Rencontre

Hélène Major ©DR

Hélène Major ©DR

Parlez-nous de votre formation ?
Ma formation principale en théâtre a été complétée à l’École Nationale de théâtre, en 1987, mais j’ai toujours suivi des cours de chant, en parallèle, alors, je me considère comme une comédienne-chanteuse. Il faut tout de même être solide pour tenir un rôle chanté, soir après soir. C’est très exigeant, je dirais même davantage que le théâtre conventionnel. Dans le théâtre musical, il faut toujours continuer à entretenir sa voix, tout comme un danseur entretient son corps. C’est essentiel !

Vous avez participé à plusieurs comédies musicales, laquelle vous a davantage marquée ?
Sans aucun doute, Les Parapluies de Cherbourg, sur une mise  en scène de René-Richard Cyr. Ce fût une rencontre avec un personnage, le genre de rencontre qui ne se produit que deux à trois fois dans une carrière. Et le rôle de Mme Emery fût un de ceux-là. C’est une de mes plus belles créations, celle dont je suis la plus fière.

Comment décririez-vous votre rencontre avec René-Richard Cyr ?
Il est vraiment extraordinaire ! Il est un directeur d’acteurs hors-pair, très rigoureux, drôle et qui fait confiance à ses acteurs. Il est très créatif. J’ai énormément d’admiration pour lui. C’est un homme qui respecte son métier et qui nous demande d’avoir ce même respect, autant pour le métier que pour le public pour lequel on joue.

Vous allez interpréter Lisette de Courval dans Les Belles-Sœurs, parlez-nous de ce rôle ?
Lisette est une « péteuse de broue » [NDLR : personne prétentieuse]. Elle a visité l’Europe et, à son retour, elle déclare que les Européens parlent bien et que nous, c’est tout le contraire : que nous parlons mal. Faut dire qu’au Québec, dans les années soixante, à l’époque où cette pièce fût créée, nous avions une espèce de honte de notre langage qui est le joual. Lisette de Courval dit que nous devrions cacher ces gens-là… mais elle-même ne s’exprime pas très bien : en fait, elle ne fait que donner un petit accent « à la française » aux mots en joual. Cela donne des tournures de phrases très drôles.

Comment travaille-t-on un rôle qui a déjà été interprété par plusieurs autres comédiennes dans le passé ?
J’ai déjà vu une autre production des Belles-Sœurs mais jamais je n’aurais pensé jouer dans cette pièce. Alors, je ne me suis jamais comparée à personne. Michel Tremblay écrit tellement bien les choses qu’à titre de comédienne, on rencontre un texte et on se l’approprie. Je dirais que c’est un spectacle où chaque personnage se définit en fonction de l’autre, nous sommes presque toujours quinze sur scène en même temps. Nous n’avons pas l’impression de présenter du réchauffé d’autant plus que dans cette nouvelle version, nous chantons.

Vu le grand succès de cette pièce dans sa version traditionnelle, croyez-vous que le public va apprécier sa version musicale ?
Certainement ! La pièce n’a pas perdu son cachet, au contraire, cela lui apporte une toute nouvelle dimension. Daniel Bélanger [NDLR : le compositeur] a accompli un travail incroyable. Par son côté théâtral, Daniel a su donner à chaque personnage un univers qui lui est propre. Il devient alors très facile à mémoriser car tout est très bien écrit : paroles et musique. Les monologues de la version traditionnelle sont devenus des solos, dans la version musicale. J’ai vraiment hâte de voir la réaction du public : la musique est magnifique et on ne s’ennuie pas à la chanter.

Selon vous, l’univers de Michel Tremblay se transpose-t-il bien dans cette version toute musicale ?
Marie-Thérèse Fortin [NDLR : directrice artistique du Théâtre d’Aujourd’hui et Germaine Lauzon dans les Belles-Sœurs], avait mentionné à René-Richard Cyr que c’était les quarante ans des Belles-Sœurs et qu’elle aimerait bien souligner l’événement. Au même moment, René-Richard Cyr cherchait un projet pour une collaboration avec Daniel Belanger. Et le déclic s’est fait ! Les Belles-Sœurs ont été écrites comme une comédie musicale ; textes, monologues, il ne restait qu’à y ajouter la musique. La langue de Tremblay est très musicale. D’ailleurs, elle se chante en joual, avec des « toé » et des « moé », comme la pièce fût écrite.

Croyez-vous que la comédie musicale est appréciée à sa juste valeur au Québec ?
Au début, la comédie musicale était surtout jouée dans les théâtres d’été. On commence à la présenter au grand public, mais ce ne sera jamais comme à New-York car nous n’avons pas cette culture ni le bassin de population pour supporter ces grosses productions. Je pense qu’il y a un public, au Québec, pour ce genre de spectacle : la preuve, Denise Filiatrault présente depuis quelque temps des comédies musicales durant la saison estivale et cela fonctionne bien. Aussi, il y a plusieurs façons de présenter ce genre de spectacle. Ici, au Québec, certains iront vers des chanteurs pop et d’autres, comme René-Richard Cyr, vers des comédiens de formation qui savent chanter.

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Un commentaire
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  1. Toutes mes félicitations. J’ai adoré votre jeu. Quelle interprétation. Merci beaucoup.

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