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Isabelle Georges – De Judy au shtetl

Le lundi 1 septembre 2008 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Isabelle Georges ©DR

Isabelle Georges ©DR

Votre année 2008 est particulièrement riche. Quels sont les spectacles auxquels vous avez participé ces derniers mois ?
En réalité, c’est dès 2007 que ces spectacles ont pris forme. Nous avons en effet créé avec Frederik Steenbrink La French Touch au festival d’Edimbourg l’an dernier avant les représentations exceptionnelles qui ont eu lieu au mois de mars dernier au Vingtième Théâtre. J’avais fortement envie de mêler sur scène différents univers artistiques qui me tiennent à coeur, de la chanson française à la comédie musicale en passant par le jazz. Concernant Cabaret Terezin, cela fait plus d’un an que je me bats pour que cette oeuvre qui reprend des véritables témoignages de Juifs dans des camps pendant la Seconde Guerre mondiale soit jouée. Nous avons pu la créer lors de la manifestation Diva en mai.

Savez-vous quelles suites seront données à La French Touch et à Cabaret Terezin ?
Je jouerai La French Touch en tournée au Royaume-Uni en novembre (en alternance avec Une Etoile et Moi) puis en tournée aux Pays-Bas en avril 2009. Cabaret Terezin devrait être accueilli dans un théâtre parisien en février prochain.

Vous avez participé à des festivals de comédies musicales (ou de cabaret) à l’étranger (Ecosse, Australie…) et plus récemment à la manifestation Diva à Paris. Comment vivez-vous ce type d’événements et pensez-vous que ces manifestations ont enfin trouvé leur place en France ?
Les festivals sont des expériences très enrichissantes en tant qu’artiste mais également en tant que spectateur car on peut en profiter pour s’inspirer, apprendre, découvrir des auteurs… Une ambiance particulière règne et une certaine pression peut exister, notamment en devant respecter strictement les horaires de programmation. Toutefois, certains grands festivals ont avant tout pour but de permettre à des producteurs de repérer des spectacles qu’ils programmeront dans leurs théâtres. Il devient alors parfois difficile d’apprécier certaines oeuvres lorsque la programmation est trop dense. En France, les choses évoluent progressivement. La situation de la comédie musicale est meilleure ici qu’il y a quelques années mais l’organisation de tels événements demande une prise de risque importante. Ceci n’est pas encore évident à organiser en France, contrairement aux pays où les musicals font partie intégrante de la culture locale.

Une Etoile et Moi a été joué dans plusieurs pays étrangers, notamment anglo-saxons, ces dernières années. Avez-vous ressenti une approche différente du spectacle et de l’univers de Judy Garland par rapport au public français ?
C’est vrai qu’en France le nom de Judy Garland est moins évocateur que dans les pays anglo-saxons par exemple. Dans ces pays, le public identifie plus facilement les chansons de Judy mais aussi ses films. Les spectateurs anglophones ont également l’avantage de mieux saisir les clins d’oeil puisqu’il s’agit de leur patrimoine, comme ce serait le cas avec Piaf pour les Français par exemple. En France, les gens suivent surtout l’histoire d’une vie passionnante en découvrant ou en redécouvrant Judy Garland. Je préfère toutefois conserver les textes originaux des chansons et ne pas procéder à des adaptations. Je ne me vois pas interpréter les classiques de Judy en français, malgré le talent de certains adaptateurs.

Une Etoile et Moi est de retour à Paris, six ans après sa création. Le spectacle a-t-il connu des modifications ? L’appréhendez-vous différemment aujourd’hui ?
Les représentations de Judy and Me (titre anglais du spectacle) à l’étranger m’ont effectivement permis d’aborder le spectacle différemment, de m’enrichir des réactions des différents publics… La mise en scène a évolué et j’ai moi-même évolué. La notion de spectacle vivant a en effet un véritable sens pour moi. Lors de la création d’Une Etoile et Moi à l’espace Kiron en 2002, j’avais décidé de ne pas incarner Judy Garland mais un personnage nommé Esther qui lui ressemblait fortement. Ce choix artistique avait dérouté certains spectateurs, ce que je peux comprendre. Aujourd’hui, j’ai décidé d’assumer pleinement le fait rendre hommage à Judy Garland sans l’imiter pour autant.

Vous allez prochainement retrouver les musiciens du Sirba Octet dans le spectacle Du Shtetl à New York en octobre à l?Européen. Parlez-nous de cette aventure.
Tout a commencé après Et Si On Chantait. Ivan Levaï souhaitait que j’interprète un titre lors d’une soirée organisée au Théâtre Marigny en l’honneur du débarquement américain pendant la guerre. Je ne pouvais pas répéter avec l’orchestre symphonique présent lors de cette soirée et j’ai dû me faire accompagner à la dernière minute par une formation plus réduite, le Sirba Octet, qui joue entre autres des airs yiddishs et tsiganes mais que je ne connaissais pas alors. L’accueil du public a été enthousiaste, au point de penser que nous étions un groupe et que nous avions publié un CD ensemble ! Nous avons donc pris plaisir de nous retrouver régulièrement avec le Sirba Octet sur différentes scènes. Le projet Du Shtetl à New York, inspiré du documentaire Du Shtetl à Broadway de Fabienne Rousso-Lenoir, est né à l’occasion du festival d’Ile-de-France et nous allons le rejouer en octobre à l’Européen. Le CD paraît le 9 septembre chez Naïve.

Le spectacle rappelle que plusieurs grands artistes de la comédie musicale américaine, dont plusieurs font partie de vos références, étaient juifs…
Oui, c’est passionnant de redécouvrir l’histoire d’une population qui a quitté l’Europe dans des conditions difficiles en espérant trouver le bonheur en Amérique. Les débuts aux Etats-Unis ont pourtant été loin d’avoir été faciles et la musique, comme d’autres formes d’art, a été un moyen de conserver de l’espoir et des rêves. L’art était un moyen de toucher plusieurs peuples issus de différentes contrées, de différentes religions et de les transcender. Des airs venus d’Europe centrale ou de l’est se sont mêlés aux musiques créées par les noirs américains, ce mélange a donné naissance à des comédies musicales à succès, des airs qui ont eux-même été repris comme standards du jazz ! Parmi les grands artistes juifs qui ont pris des noms de scène à connotation américaine, on peut citer les frères Gershwin, Irving Berlin, Richard Rodgers, Harold Arlen, Al Johnson, Sophie Tucker… J’ai été également surprise de découvrir que plusieurs airs de comédies musicales semblaient fortement inspirés d’airs traditionnels yiddishs par exemple.

Cabaret Terezin et Du Shtetl à New York évoquent tous deux le parcours du peuple juif. Vos spectacles actuels semblent être plus engagés…
Aujourd’hui, en dehors des spectacles plus légers, j’ai effectivement envie de m’engager sur des sujets forts. Ma famille a des origines très diverses et je suis naturellement ouverte aux autres cultures. Or, je considère qu’une forme d’intolérance générale semble dominer actuellement, bien au-delà de la question du peuple juif. Ces spectacles peuvent permettre de lutter contre ces situations en faisant découvrir sous un angle particulier l?histoire et la culture de certains peuples. Nous espérons avec le Sirba Octet mettre sur pied une tournée internationale qui nous permettrait de parcourir avec le spectacle le même périple que beaucoup de juifs émigrants, en partant de Bucarest jusqu’à New York !

Maury Yeston vous a offert une chanson. Quelle est son histoire ?
Maury est un personnage extrêmement important pour moi. Il est très généreux et il l’a démontré notamment en me proposant de créer Décembre (December Songs) en France. J’ai eu un jour la surprise de découvrir dans ma boîte aux lettres des enregistrements d’une chanson écrite par Maury pour moi. Il s’agissait de la chanson Strange interprétée par Maury lui-même mais également d’une version avec des extraits en français. C’était curieux d’entendre Maury Yeston prononcer le mot « étrange » dans cette version (rires) ! Il m’a dit avec humour que cette adaptation en français était peut-être loin d’être parfaite mais ce cadeau m’a beaucoup touchée.

Avez-vous d’autres projets ?
En mars 2009, je présente le spectacle que j’ai créé sur Norbert Glanzberg à la demande de Yannis Pouspourikas au Théâtre de la Sinne à Mulhouse. Ensuite, nous présentons en avril 2009 le spectacle créé avec mon ami Richard Schmoucler de Sirba Octet Yiddish Rhapsody, à la demande de l’Orchestre Symphonique de Pau. Un autre projet me tient à coeur : je dois jouer dans un spectacle écrit pour moi sur Louise Brooks à Avignon. Je me suis beaucoup investie dans la création de plusieurs spectacles ces dernières années mais je reste tout à fait disposée à rejoindre des spectacles créés par d’autres.

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  1. que de bonheur

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