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Isabelle Georges – Over the rainbow

Le mardi 1 octobre 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Isabelle Georges ©DR

Isabelle Georges ©DR

Comment est né ce spectacle ?
Ca fait déjà deux ou trois ans que j’avais envie de m’écrire un spectacle parce que j’avais la sensation de ne pas avoir fait tout ce que j’avais envie de faire. J’ai rencontré Frédérik Steenbrik sur Titanic à Liège qui m’a dit « pourquoi tu ne t’inspires pas de quelqu’un que tu admires » et ça a fait tilt. J’ai tout de suite pensé à Judy Garland qui est une inspiratrice et une raison pour laquelle je fais ce métier, je l’ai toujours eue en tête. Elle liait le chant, la danse et la comédie de façon extraordinaire. Elle a eu une vie incroyable, on pourrait en faire dix films. Tout d’un coup c’est devenu une évidence : j’allais prendre les moments de sa vie qui me touchent particulièrement et créer mon premier spectacle pour me faire plaisir et lui rendre hommage.

Justement quels sont les moments et les aspects de la vie de Judy Garland qui vous touchent et dont vous vous êtes inspirée ?
En fait toutes les choses très modernes de sa vie, je les ai prises. Tout d’abord elle ne faisait pas partie des canons de beauté de l’époque, et aujourd’hui rien n’a changé. Pour faire ce métier, si tu ne ressembles pas à l’image idéale, tu rames. Je voulais également évoquer la façon dont son destin, et celui de nombreuses autres stars, a été broyé. Elle a été prise en main et fabriquée par la MGM, elle est devenue une superstar, et quand elle a commencé à « dérailler » à cause des pilules qu’on lui a fait avaler, on l’a jetée. C’est un cliché de cette époque mais je ne voulais pas passer à côté. Je voulais aussi absolument évoquer son manque d’amour dès l’enfance, elle passe son temps à essayer de combler un vide. C’est un manque commun à tous les artistes. Cette femme est terriblement humaine, on l’a starifiée mais elle était d’une fragilité incroyable.

Vous sentez-vous des points communs avec elle ?
Chaque phrase de ce spectacle, chaque situation, en tout cas tout le début, je l’ai vécue à ma façon, surtout le rapport avec la mère. C’est ce qui m’a le plus touchée. C’est un truc très actuel que plein de gens vivent encore: une mère qui est dans le métier et qui pousse tellement sa fille que, dans le cas de Judy Garland, on se demande à la fin si, enfant, elle a jamais eu le choix.

Vouloir incarner Judy Garland, n’est-ce pas un pari risqué ?Mais je n’incarne pas Judy Garland ! Dans le spectacle mon personnage ne s’appelle pas Judy, on a créé un personnage (Esther) à partir de sa vie parce que je ne veux absolument pas l’imiter. Je ne chante, ni ne joue, ni ne danse comme elle, et je ne pourrai jamais le faire, ce n’est pas mon ambition. Mon ambition c’est de lui rendre hommage c’est à dire de m’inspirer de ce qu’elle a pu faire ou être pour créer un personnage qui va faire rêver les gens. Je voudrais que ceux qui la connaissent s’y retrouvent et que ceux qui ne la connaissent pas suivent un personnage et soient touchés de la même façon.

Pourquoi avoir choisi ce titre Une étoile et moi…à Judy Garland ?
Au départ le spectacle devait s’appeler By myself, le titre d’une chanson de Judy Garland. Mais on m’a fait comprendre qu’il valait mieux éviter un titre en anglais. J’ai alors pensé à Une étoile et moi car je considère que dans ma vie j’ai une bonne étoile, et que cette bonne étoile c’est Judy Garland. C’est une protection, une inspiration. Ce spectacle c’est pour lui dire merci.

Comment avez-vous construit votre spectacle ?
La première phase fut la recherche musicale. Je n’ai retenu qu’une ou deux chansons phares de Judy Garland comme « Over the rainbow » et « Trolley song », je voulais que les autres soient des chansons chantées par elle mais aussi par d’autres comme « By myself » ou « Make someone happy » plus connues dans les versions de Fred Astaire. Toutes les chansons servent, elles sont au service de l’action, il n’y en a pas une seule gratuite. Après le choix des chansons, tout le reste est venu très rapidement. Mais à un moment j’ai eu besoin de quelqu’un qui m’aide à écrire de vraies scènes de comédie. Je connaissais Stéphane Foenkinos depuis longtemps, c’est un fan de comédies musicales, un amoureux de Judy Garland et quelqu’un qui écrit beaucoup. Il a corrigé ma structure et a amené de nouvelles idées, nous avons eu un vrai échange.

Parlez nous de l’équipe artistique qui vous entoure.
Un truc fabuleux sur ce spectacle : l’équipe artistique s’est formée naturellement et n’est pratiquement composée que de gens que je connais depuis longtemps et avec lesquels j’ai déjà travaillé. J’ai essayé de faire en sorte que la chanson, la comédie et la danse soient au même niveau. Isabelle Gomez, qui a fait un long parcours avec Jérôme Savary, est non seulement une metteur en scène mais elle « coache » aussi des acteurs comme Rupert Everett, elle sait tirer le meilleur des gens et se passionne pour ce qu’ils créent. Elle est garante de la lisibilité du spectacle, et pour ça, elle est fabuleuse. Il fallait que les chorégraphies soient au service de l’action. Pour ça, j’ai fait appel à Victor Cuno, mon professeur de claquettes qui m’a fait faire ma première scène. Il a fait partie de la compagnie de Gene Kelly et a une vraie culture de comédie musicale. En plus des chorégraphies, il s’occupe de toute la gestuelle, c’est très important surtout quand on interprète quelqu’un de 12 à 47 ans ! Je suis très impressionnée par son travail. Pour les costumes, c’est une grande chance d’avoir Michel Dussarrat, qui travaille régulièrement avec Savary, il amène un savoir-faire inestimable. Pour le décor nous avons été rejoints par Yves Ollier, qui est aussi le scénographe de Emilie Jolie.

Et votre partenaire, Frédérik Steenbrik ?
Fred fait partie de l’aventure depuis le début, c’est un musicien exceptionnel. C’est lui qui a la partie la plus difficile, il est le seul support musical du spectacle, il joue du piano du début à la fin et en plus il interprète sept personnages et il chante. Il a beaucoup de talent et il est d’une telle exigence que c’en est parfois insupportable, mais en même temps je me rends compte que c’est important pour une formation restreinte piano-voix.

Vous n’êtes que deux sur scène, ça doit vous changer des grosses comédies musicales auxquelles vous avez participé.
Ce spectacle est un challenge à tous les niveaux. On est complètement à nu, on ne peut pas tricher, on est deux, on s’inspire de quelqu’un d’incroyable, on raconte une histoire, on chante, on danse, on joue du piano, on joue la comédie. Evidemment c’est un gros risque, mais en même temps je ne me voyais pas continuer mon petit bonhomme de chemin à ne faire que des rôles dans des comédies musicales où tu arrives, tu répètes, tu joues. J’avais sérieusement besoin de me mettre en danger, j’étais en train de m’endormir. J’aime prendre des risques. En plus la création c’est quelque chose de fantastique.

Déjà des projets pour la suite ?
Si tout se passe bien à l’Espace Kiron, il y a le projet d’une plus grande salle. Après nous ferons une tournée. Il y a également une possibilité de créer la version anglaise du spectacle en Angleterre et à New York. Et peut-être aussi une grosse comédie musicale à Broadway, mais c’est encore trop prématuré pour en parler, par superstition je préfère ne pas en dire plus. Eric Dufaure, qui a produit le CD du spectacle, veut également que je fasse un disque avec mes propres chansons, j’avoue que ça me tente beaucoup. Mais pour l’instant je me concentre sur Une étoile et moi.

A quelques jours de la première, on vous sent particulièrement épanouie et heureuse…
Je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie. Je réalise plusieurs rêves d’un coup : pouvoir chanter des chansons de Judy Garland, il n’y a même pas de mots pour décrire ça, c’est magique, le deuxième c’est d’être comédienne sur scène pour de bon, le troisième c’est de réunir le chant, la danse et la comédie. Enfin être entourée d’une équipe vraiment humaine et de faire ça avec des amis que je connais depuis longtemps m’enchante. Avec Chantons sous la pluie j’avais déjà réalisé un rêve. Quoiqu’il arrive, cette expérience me prouve qu’il faut croire à ses rêves, qu’il ne faut jamais lâcher. Il n’est jamais trop tard pour les réaliser.

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