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Isabelle Turschwell – De la Comédie Française à La guinguette

Le mardi 1 juin 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Isabelle Turschwell ©DR

Isabelle Turschwell ©DR

Comment avez-vous débuté ?
Petite, je rêvais d’être chanteuse. Et puis au collège, j’ai rencontré une amie qui voulait être comédienne. Elle m’a fait découvrir le théâtre. Et comme c’était ma meilleure amie et que je voulais faire comme elle, je me suis retrouvée en bac A3 au lycée Lamartine avec théâtre en option. Un jour, un comédien-metteur en scène, Nicolas Lormeau, est venu présenter son spectacle Embrasse les tous, une comédie musicale d’après des chansons de Georges Brassens, et j’ai adoré son univers, son humour. Après ma sortie du bac, il m’a engagée dans son nouveau spectacle, Ferdinande des Abysses, qui devait se jouer pour l’ouverture du Théâtre du Grand Bleu à Lille. J’ai alors commencé à prendre sérieusement des cours de chant classique avec Françoise Rondeleux, qui donne aujourd’hui des cours à toute l’équipe de La guinguette. Après Ferdinande, j’ai retrouvé Nicolas pour une reprise de Poucette de Charles Vilderac dans laquelle je tenais un rôle chanté. On a tourné ce spectacle dans les prisons. On a fait aussi, ensemble, une pièce jeune public, Baby Station avec la compagnie de Dominique Pompougnac. Puis Nicolas a été engagé comme pensionnaire à la Comédie Française. A l’époque, ils préparaient La Vie Parisienne d’Offenbach que devait mettre en scène Daniel Mesguich, ils cherchaient des gens pour le choeur et Nicolas m’a appelée.

Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?
Aujourd’hui, j’en garde un très bon souvenir, celle d’une très belle aventure humaine. J’y ai rencontré des gens supers. Je garde aussi un très bon souvenir du travail avec Daniel Mesguich. Ce type là a une culture incroyable, beaucoup d’humour et reste toujours ouvert à toutes les propositions. Et puis, il nous considérait vraiment, nous les membres du choeur, ce qui n’est pas le cas, par exemple, de Jerôme Savary avec qui j’ai travaillé sur La Périchole. Cela-dit, j’étais très jeune, la Comédie Française était une grosse maison avec beaucoup de fortes personnalités et ce n’était pas toujours facile de trouver sa place au milieu de ce groupe.

La Vie Parisienne était un spectacle de comédiens qui chantaient pour l’occasion. Vous avez enchaîné avec Hair dont la troupe était avant tout constituée de chanteurs. L’approche d’une oeuvre musicale est-elle différente?
Je préfère presque chanter avec des comédiens qu’avec des chanteurs. Le travail est plus enrichissant car il y a un lien plus étroit entre le chant et le jeu. Mais je précise que la troupe de Hair comprenait aussi de nombreux comédiens-chanteurs. Le spectacle était, par ailleurs, désastreux d’un point de vue artistique. On avait en face de nous des gens pas du tout à la hauteur qui se tiraient dans les pattes, que ce soit le metteur en scène, le chorégraphe ou le directeur musical. L’entente entre les membres de la troupe était formidable mais on a tous mal vécu la période de répétitions. On avait la sensation d’un gâchis.

Vous avez ensuite participé à la première version d’Oliver Twist, mise en scène par Nedelko Grujic.
C’était très chouette. Ned est un gros nounours, les rapports avec lui étaient très doux. Je connaissais beaucoup de gens dans la distribution. C’était ma première expérience qui liait à ce point le chant, la danse et le jeu avec, en particulier, des numéros de claquettes. Il fallait gérer tout ça, c’était très enrichissant. C’est intéressant de voir que le spectacle a évolué et s’est transformé en une production importante, parce qu’au départ, c’était franchement artisanal. On avait très peu de moyens, de petits éléments de décors, de petits accessoires, juste un piano pour nous accompagner. Aujourd’hui, c’est très différent. Les interprètes sont soutenus par une bande. Mais c’est formidable que le spectacle aie duré et qu’il marche encore.

Auriez-vous envie de le reprendre aujourd’hui ?
Non, parce que je suis passée à autre chose. Par ailleurs, j’aimais vraiment la version piano-voix. Chanter sur bande, ça m’amuserait moins.

Nous arrivons à La Périchole mise en scène par Jérôme Savary à Chaillot, que vous ne semblez pas porter dans votre coeur.
Certains aspects sont positifs. Les parties de choeurs étaient très difficiles à chanter. J’ai un timbre de soprane mais j’ai dû travailler beaucoup les notes piquées, avec lesquelles j’avais du mal. Quant aux can-cans, même simplifiés pour les non-danseurs dont je faisais partie, il fallait quand même s’y coller. Tout ça était très instructif. Ca bougeait, ça chantait, ça dansait tout le temps et la troupe de choristes était très sympa. Mais travailler avec Savary n’a rien d’agréable. Je ne connais pas ce qu’il a fait avec le Grand Magic Circus. C’était sûrement très novateur mais je n’aime pas du tout ce qu’il fait aujourd’hui. Pour moi, il cède trop à la facilité et à la vulgarité. Je ne peux même pas dire que je l’ai connu en tant que personne car, sur trois mois de répétitions et trois mois de représentations, on s’est à peine parlé. D’ailleurs, il ne savait pas mon nom. Je n’aime pas non plus son rapport aux femmes sur la scène. Il les dirige comme des femmes-objets. Ca ne m’intéresse pas.

En revanche, votre rencontre avec Omar Porras et le « Teatre Malandro » dans les pièces Noces de sang, Les bacchantes et Don Quichotte, semble vous avoir marquée. Comment en êtes vous venue à travailler avec ce metteur en scène?
J’ai rencontré Omar Porras, il y a cinq ans, grâce à l’ANPE du spectacle. Il cherchait une chanteuse pour remplacer le rôle de la fiancée dans Noces de sang. Les auditions avaient lieu au Théâtre de la Ville. J’y croyais si peu que j’y suis allée complètement détendue. Je voyais ça comme un stage où j’apprendrais des tas de choses. La première journée, on est resté cinq heures à travailler sur des improvisations vocales, sur un travail du corps, sur le rythme des percussions. C’était génial. Et puis ça a marché. J’ai commencé par jouer Noces de sang pendant trois semaines au Japon. On a fait des tournées un peu partout avec chacun des spectacles. J’étais avec des comédiens humainement et artistiquement superbes. Le travail avec Omar est vraiment un travail de compagnie. Tout se crée en même temps, les lumières, les costumes, la scénographie, le jeu des acteurs. C’est une expérience rare, on n’a pas souvent les moyens de s’offrir tout ça. C’était magique.

A chaque fois vous aviez un rôle chanté ?
Oui. Je chantais dans Noces de sang et je faisais du choeur dans Les Bacchantes. Pour Don Quichotte, en plus de chanter dans le spectacle, j’ai participé à la création musicale avec les compositeurs. Ils me lançaient des choses qu’ils avaient composées la veille et j’improvisais des airs dessus. Chacun avait un rôle dans la compagnie. Le mien était chef de choeur. Je faisais les échauffements vocaux au début du spectacle.

Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre un terme à cette expérience ?
J’ai arrêté essentiellement pour faire La guinguette, mais je suis partie en très bons termes avec Omar.

Concernant La guinguette, avez-vous décidé, les uns et les autres, à un moment donné, de tout arrêter pour vous occuper de ce spectacle ou le hasard des calendriers vous a t-il permis de vous retrouver le temps d’une période où vous étiez tous libres?
Chacun travaillait de son côté et il y a eu plein de moments où on a cru qu’on allait arrêter. Heureusement, qu’un relais existait entre nous, de manière à ce qu’au moins une personne garde l’énergie nécessaire. Mais il a bien fallu, un jour, fixer de vraies répétitions sur une longue période pour monter le spectacle. Ca s’est passé de septembre à novembre 2003 pour la création à Agen. On a monté une société en co-production avec différentes personnes qui ont donné un peu d’argent pour faire des décors, des costumes. Bien entendu, nous n’avions pas assez d’argent pour nous payer nous même. Heureusement, la plupart d’entre nous étaient intermittents. On a pu monter La guinguette grâce à ce statut. Mais oui, il a fallu se dire, à un moment donné, on se consacre au spectacle et on dit « non » au reste.

Pouvez-vous définir le travail que vous faisiez avec Didier Bailly à l’école Claude Matthieu ?
Didier organisait des ateliers-chant au sein de l’école. Le principe était de prendre une série de chansons du répertoire et de créer un petite histoire autour, à partir d’un thème donné. On montait comme ça une ou deux petites comédies musicales par an. Les arrangements vocaux étaient splendides et ces spectacles étaient d’un très haut niveau. Ce travail reste parmi mes meilleurs souvenirs de l’école.

La guinguette relève en partie de l’esprit « cabaret ». C’est une discipline que vous avez pratiquée auparavant ?
Oui, déjà à l’époque de l’école Claude Matthieu, je faisais du cabaret avec Lauri Lupi et Cyril Romoli qui sont tous les deux dans La guinguette aujourd’hui. J’ai aussi monté un tour de chant avec un pianiste, Olivier Guillard, qu’on a beaucoup tourné. J’ai chanté dans une brasserie aux puces de Saint-Ouen, « Chez Louisette ». C’était assez difficile mais, après cette expérience, je sais que je peux chanter partout sans avoir peur.

Où en êtes-vous à une semaine de la première au Théâtre 14 ?
On est en train de mettre en place les décors et la lumière. Cet après midi, on va faire une répétition musicale car il va y avoir une alternance chez les musiciens qui nous accompagnent sur scène. A partir de demain, on commence à travailler sur le son. Le spectacle va être sonorisé, il va donc falloir régler les problèmes de micros. Jusque là, on a toujours chanté sans micro, ou alors avec une très légère sonorisation comme à Agen où le spectacle a été créé, ou lors du showcase au Trianon. Mais on se casse vite la voix dans ces conditions. On est toujours obligés de hurler et on ne peux pas faire de nuances. De plus, les micros et le mixage nous permettent de donner un son plus diffus, plus agréable à l’écoute. Et puis cela permettra au musicien d’avoir un retour du chant sur le plateau, ce qu’ils n’avaient pas jusqu’à présent, et de jouer dans des conditions plus confortables.

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?
Je suis surexcitée. Je suis tellement heureuse de jouer enfin ce spectacle sur une longue durée. J’espère qu’il y aura un après Théâtre 14 et que ça va marcher mais je veux avant tout profiter de ces sept semaines à fond.

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