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Jérôme Pradon – De Marius à Javert

Le mardi 1 octobre 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Jérôme Pradon en Javert ©DR

Jérôme Pradon en Javert ©DR

Jérôme Pradon, vous jouez actuellement dans Les Misérables à Londres. Comment cela se passe-t-il ?
Ca fait maintenant presque quatre mois que je joue dans ce spectacle. J’ai commencé à répéter fin mai le rôle de Javert. J’étais en train de tourner Paradisco, le court-métrage de Stéphane Ly-Cuong, au moment où l’on m’a proposé le rôle pour six mois à Londres.
J’en suis très content. Je ne pensais pas que je m’amuserais autant, mais c’est un rôle qui est différent du reste et qui ne fait pas vraiment partie de l’histoire. Javert est le pivot antagoniste. C’est très différent de ce que j’ai fait dans Les Misérables en tant que Marius il y a onze ans. Le rôle est passionnant. C’est très rare d’avoir des méchants aussi bien écrits, surtout dans les comédies musicales. Le rôle possède une profondeur humaine, Javert n’est pas seulement un salaud, il a un questionnement personnel sur ses choix. Ce qui est rare également pour un méchant, c’est d’avoir une balade comme « Stars ». Tout à coup, il ouvre son coeur et découvre sa cosmogonie intérieure. Il se compare aux étoiles, s’y projette. Cela présente une humanité cachée chez ce personnage. Le suicide est également très bien écrit car il ouvre vraiment son coeur et refuse de faire le choix de l’amour, du pardon.

Cette comédie musicale a été très importante pour vous.
Marius, Les Misérables ont changé complètement ma vie car ils ont fait démarrer ma carrière. Avant je travaillais très peu, je galérais énormément en tant qu’acteur et chanteur. J’ai fait Les Misérables à Paris et tout à démarré. Après Marius, j’ai demandé à auditionner tout de suite pour la compagnie anglaise. L’audition s’est très bien passée et j’ai joué dans Miss Saigon à Londres. Depuis, j’ai cette carrière assez établie là-bas dans le milieu de la comédie musicale, ce qui est amusant car en France on me connaît moins. Ici, je fais plus l’acteur.

En multipliant les expériences, sentez-vous que vous avez progressé pour reprendre Les Misérables et l’interpréter différemment ?
Oui, en tant qu’acteur oui. Faire des pièces comme Road Movie, où tu es seul sur scène, nécessite un vrai travail d’acteur. Ce sont des rôles qui changent l’approche au travail. Cela devient une seconde nature. On acquiert une formidable expérience. Mais de la même manière, on acquiert de l’expérience en faisant ces grosses machines musicales qui demandent énormément de technique et en même temps énormément de talent. Les comédiens « purs » regardent souvent de haut les gens qui sont dans les comédies musicales parce que c’est un genre qui est considéré, par certains, comme mineur. Personnellement, je ne suis pas du tout d’accord. Les artistes qui font de la comédie musicale, – surtout anglo-saxonne – sont des gens qui doivent savoir parfaitement jouer et chanter. Ce n’est pas évident de savoir tout faire et surtout de le faire huit fois par semaine. Moi, c’est quelque chose que j’aime beaucoup. C’est un peu un sacerdoce, un artisanat aussi, cela demande beaucoup d’énergie.

Qu’est-ce que la comédie musicale vous apporte de plus ?
J’ai découvert le plaisir formidable de chanter et de jouer en même temps. Et puis j’ai été formé par Les Misérables. Je n’ai été formé ni par l’opérette, ni par l’opéra, ni par la comédie musicale à la française qui fonctionne ici et qui est plus du show business, plus de la variété ou un concert, qui a une approche différente que je respecte tout a fait. C’est très efficace et cela fonctionne très bien. J’aime beaucoup d’ailleurs aller les voir mais je ne me vois pas dedans.

Celles qui se jouent en ce moment ne vous correspondent pas vraiment ?
Je ne crois pas. Quoique… Dans Notre Dame de Paris, les mélodies sont superbes. Je suis admiratif. Quel casting pour les voix ! Ils ont trouvé des voix formidables de chanteurs de variété. D’ailleurs, il y en a plein qui font de belles carrières ensuite. C’est bien mais ce n’est pas mon background. J’ai grandi dans la comédie musicale anglo-saxonne dans laquelle on travaille avec des metteurs en scène de théâtre. On est dans une salle de répétitions et on se prend la tête pour faire exister une histoire et chanter. On fait un travail d’acteur et on fait des improvisations. C’est complètement diffèrent

Comment sélectionnez-vous les spectacles dans lesquels vous avez envie de jouer ?
Il faut qu’il y ait quelque chose qui résonne. Je crois qu’on attire les rôles par rapport à ce qu’on vit au moment où on le vit. Javert, je ne l’aurais jamais fait il y a quelques années. Je n’aurais pas compris ce rôle, c’était trop noir, trop sombre. Maintenant j’ai beaucoup d’empathie pour Javert car j’ai vécu des choses. Les rôles arrivent à vous quand vous êtes prêts, sur la bonne longueur d’ondes. C’est pareil pour Paradisco

Vous pouvez nous parler de Paradisco ?
Je joue le rôle de François, un homme d’une quarantaine d’années qui rencontre un garçon beaucoup plus jeune que lui dans une soirée disco. Le film commence le lendemain de leur rencontre. Les deux amants commencent à parler et François lui explique que dans cet appartement qu’il est en train de quitter, il a vécu beaucoup de choses. Il lui raconte la première soirée disco qu’il a faite à l’époque et ils sont tous les deux replongés dans le passé. Le flash-back est une longue comédie musicale qui représente le souvenir de François. Je ne veux pas en dire plus, mais c’est une très jolie idée.

Parallèlement au théâtre, vous tournez, qu’est ce qui vous attire dans le cinéma ?
J’aimerais tourner plus mais c’est la vie qui décide. J’aime beaucoup cette variété car le travail est très différent avec la caméra. Souvent, on est dans une approche beaucoup plus réaliste. Pour un acteur, la caméra est très près, le travail est plus subtil, plus intérieur. On fait la prise jusqu’à ce qu’elle soit bonne et après c’est dans la boîte, on passe à autre chose. C’est vrai que faire du théâtre est une école formidable car jouer un rôle de A à Z tous les jours, faire le voyage du personnage, travailler sur toutes ses émotions, ça apprend l’artisanat d’être acteur. Mais j’aime bien faire les deux.

Quels sont vos projets à court terme ?
C’est une période curieuse car je n’ai plus de projet personnel pour l’instant. J’ai fait Road Movie qui a été un succès critique mais qui n’a pas très bien marché commercialement. Je l’ai produit donc je n’ai pas envie de me relancer dans une expérience de production. J’ai fait aussi Crime Passionnel au Festival d’Edimbourg. Ca a été le même scénario : un succès critique mais un four commercialement. Je n’ai pas de projet précis pour l’instant cela va sans doute venir. Peut être qu’il me faut ce moment de creux. Il y aussi quelques projets qui sont très gros mais qui vont arriver dans un an….

Envisagez-vous de créer une pièce, une comédie musicale ?
Oui j’aimerais bien mais c’est complètement flou. Je n’ai pas encore l’idée d’un thème. Mais cela commence à me trotter dans la tête. Je pense que c’est un projet qui prendra forme assez vite. Je pense en France. Peut être à Londres…. Ca arrive toujours comme ça. Je me sens toujours tiraillé entre la France et l’Angleterre. Mais ça me plaît !

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