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Jérôme Pradon – Sarah, c’est moi

Le jeudi 1 janvier 2009 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Jérôme Pradon ©DR

Jérôme Pradon ©DR

Parlez-nous de la génèse de L’Opéra de Sarah. Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?
Alain Marcel pensait à moi pour un rôle dans Le Paris d’Aziz et Mamadou, qu’il a mis en scène à l’Opéra Bastille, mais à l’époque, j’étais sur Et si on chantait. J’aimais bien Alain et ses mises en scène mais quand je suis allé voir ce spectacle, ça a été un choc absolu. Je suis tombé littéralement par terre. J’ai rarement vu quelqu’un avec une écriture aussi géniale, tant dans le texte que dans la musique. Ca m’a coupé le souffle. Je suis allé le voir et j’ai été très clair, je lui ai dit : « Si tu veux m’écrire un spectacle, c’est où tu veux, quand tu veux ! ». Il était estomaqué. J’ai été le seul à lui avoir dit ça après Aziz et Mamadou.
Il m’a rappelé durant l’été 2004 en me disant : « J’ai l’idée ». Je suis allé le voir dans sa campagne. On a parlé longuement. Il m’a dit qu’il voulait faire un spectacle sur Sarah Bernhard. Puis, on en est resté là, on n’en a plus parlé pendant un an. Moi, pendant ce temps-là, j’ai commencé à lire des biographies. C’était une femme fascinante, un monstre absolu, avec une vie hallucinante.
En 2005, Alain a commencé à travailler sur le spectacle avec le projet de le présenter au festival de Jean-Marie Besset, près de Limoux. Il m’a donné le texte… la veille de la lecture. Alain travaille dans l’urgence, la frénésie. C’est un peu difficile pour un acteur, mais au moins, ce me met sur les charbons ardents. Le trac est tel… qu’il n’y en a plus ! On fonce, on ne se pose plus de questions, ce qui est peut-être une bonne chose pour moi !
Ensuite, il y a eu un nouveau stade de maturation d’un an et demi suivi de lectures au Théâtre des Mathurins en novembre et décembre 2006. Les réactions des professionnels ont été très positives, mais entre temps, j’avais été pris sur Le Cabaret des hommes perdus et Lord of The Rings à Londres où j’avais un contrat de seize mois. C’est seulement après mon retour qu’on a fait une nouvelle présentation à Limoux, en août 2008. C’est là que Gérard Maro, directeur du Théâtre de l’Oeuvre, qui était déjà intéressé, a été définitivement convaincu.

Comment définiriez-vous ce spectacle ?
Le principe de base est qu’un narrateur raconte l’histoire et que tout prend corps à travers lui. C’est une pièce sur le processus créatif d’un auteur compositeur qui veut écrire un opéra sur Sarah. Et on découvrira le véritable sens de ce concept dans la seconde partie, avec des petites surprises qui feront comprendre au public le pourquoi du titre. Il ne s’agit donc pas d’un opéra mais d’un spectacle musical dans lequel s’entremêlent le jeu d’acteur et le chant dans un principe de narration.

Vous avez déjà interprété plusieurs spectacles seul en scène : Road Movie, Crime passionnel… Qu’est-ce qui vous plaît dans cet exercice ?
Pour un acteur, c’est jouissif. Beaucoup rêvent d’avoir ce genre de matériel et d’avoir la chance de pouvoir interpréter au sein du même spectacle autant de personnages différents. Mon premier one-man-show, c’était Road Movie, qui n’était pas chanté. J’étais attiré par cette forme, peut-être parce que c’était celle qui me faisait le plus peur et que c’était comme un défi que je m’étais donné. Mais je ne me suis pas dit : « Je veux faire du seul en scène ». C’est d’abord venu par la pièce que j’ai adorée.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans cette forme ?
Il n’y a pas de garde-fou. Quand on est seul en scène, on ne peut se reposer sur personne d’autre. Il y a une pression énorme qui n’est que sur toi.
Quand on est seul, il faut arriver à gérer son énergie pendant deux heures, c’est un exercice total : il faut gérer son état du jour, improviser, recoller les morceaux si on se plante. Tous les écueils sont là, mais c’est passionnant… et épuisant.
Quand j’ai fait Road Movie, j’avais vraiment l’impression de me dénuder émotionnellement. Avec Sarah, c’est différent, à cause, ou grâce au processus d’écriture d’Alain Marcel qui me donne les textes au dernier moment ! (rires)… Je n’ai jamais le temps de penser au trac, je suis totalement focalisé sur l’exercice et sur le matériel qu’il me donne.

Etiez-vous familier avec la vie de Sarah Bernhard auparavant ?
Pas spécialement, mais je connaissais son nom, évidemment. Je savais que c’était une diva extravagante du début du siècle dernier qui avait la réputation d’avoir un jeu suranné, emphatique. J’ai commencé à lire ses mémoires, mais bien sûr, elle n’a sélectionné que ce qu’elle voulait qu’on retienne d’elle. Elle s’est bien gardée d’écrire le moins beau, le moins glamour. Il faut lire les autres biographies pour ça, et il y a pléthore.

On voit le moins glamour dans L’Opéra de Sarah ?
Ah oui ! Alain ne veut pas faire une hagiographie, mais il veut la montrer telle qu’elle a existé : un personnage humain, avec ses qualités et ses défauts. Elle est fascinante et attachante, justement à cause de ses défauts. Alors, on peut se moquer de son jeu d’après les quelques enregistrements qu’on a d’elle, mais c’est un pâle reflet de ce qu’elle devait être. Si elle a fasciné à ce point, c’est qu’elle avait un vrai magnétisme, un charisme, quelque chose de l’ordre de l’indicible qui submergeait les gens. Elle a été la première star, la première femme à être connue dans le monde entier à une époque où il n’y a avait pas les médias qu’il y a aujourd’hui.
Elle a passé sa vie à faire des tournées dans le monde à une époque où il n’y avait pas d’avion. Elle a gagné des millions qu’elle a immédiatement dépensés. Elle avait un train de vie fou et ruineux. Elle vivait comme une impératrice, c’était totalement disproportionné.

Comment se passe le travail avec Alain Marcel ?
C’est un excellent directeur d’acteurs. Il est très précis et encore plus avec cette forme-là puisqu’on doit travailler la précision avec la musique. Et puis, avec Alain, on finit par très bien se connaître, il y a une symbiose qui s’est installée. Le grand plus avec ce spectacle, c’est qu’il écrit pour moi, c’est du sur mesure.

Comment définiriez-vous la musique d’Alain ?
Je ne peux pas la définir. Elle s’inspire de plein de choses mais il a une veine mélodique indéniable, et c’est ça qui m’a plu de prime abord.

Quels sont les autres défis que vous avez envie de relever ?
Faire plus de cinéma et jouer à Broadway dans les années qui viennent !

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