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Jésus-Christ Superstar à Villers-la-ville – Superbe Superstar !

Le dimanche 1 août 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

Vincent Heden (Judas) dans Jésus-Christ Superstar à Villers-la-ville ©DR

Vincent Heden (Judas) dans Jésus-Christ Superstar à Villers-la-ville ©DR

L’évidence d’un lieu
Le cadre ? Les ruines d’une abbaye du XIIe siècle, site unique où les pierres chargées d’histoire se mêlent à la nature pour inspirer calme et sérénité.
Depuis 1987, Patrick de Longrée, avec son associé Rinus Vanelslander, ont établi leur résidence d’été dans ce lieu incroyable en y produisant chaque année un grand spectacle. Cyrano, Quasimodo, Faust, Hamlet, Dom Juan sont autant de personnages plus grands que nature ayant hanté majestueusement les ruines cisterciennes. Si la programmation a déjà abordé le théâtre musical (Athalie de Racine, avec une partition baroque, et Thyl Ulenspiegel, adapté du folklore belge), cette année, pour la première fois, Villers-la-ville, accueille un musical anglo-saxon, l’incontournable Jésus-Christ Superstar d’Andrew Lloyd Webber et Tim Rice (adapté ici en français par Pierre Delanoë), oeuvre culte, à la fois intemporelle et délicieusement datée. Quand on voit ces ruines vibrant d’une dimension spirituelle, il est logique d’imaginer un spectacle – même un opéra-rock – sur les derniers jours du Christ prenant place en leur sein.
« En ce qui concerne Jésus-Christ Superstar, il y a toujours eu une évidence avec à ce site, nous confie Patrick de Longrée. D’ailleurs, le premier spectacle que nous avons produit ici est Barabbas qui, en quelque sorte, racontait déjà la même histoire mais d’un point de vue différent. Dès le début, quelqu’un de l’équipe a évoqué l’idée de faire Jésus-Christ Superstar à Villers-la-ville mais à l’époque, nous étions jeunes, nous n’avions pas un centime, nous bouffions de la vache enragée… Cependant, l’idée revenait de façon cyclique. »

Au fil des années, les spectacles de Villers-la-ville deviennent vite une institution, un rendez-vous culturel incontournable. Les jeunes producteurs acquièrent du prestige et de l’expérience et se décident à monter Jésus-Christ Superstar. Commence alors la phase de négociations avec le Really Useful Group qui gère les droits des oeuvres d’Andrew Lloyd Webber. « Nous avons mis la barre au bon niveau et avons procédé par avocats interposés, explique Patrick. Le Really Useful Group nous a donc demandé tous les détails qu’il nous était possible de donner à ce moment-là, notamment sur nos capacités de production. Puis, à l’été 2002, la personne responsable des licences mondiales est venu voir notre production des Misérables [NDLR : version non musicale], et à l’entracte, il nous a dit ‘Andrew is ok !’. A partir de là, nous avons commencé à constituer notre équipe. »

Le choix de Jean-Mark Favorin comme metteur en scène semble s’imposer rapidement. Comédien, danseur, chanteur et metteur en scène, Jean-Mark a toujours utilisé la musique de façon prépondérante dans ses spectacles, remarqués pour leur impertinence.
« Je suivais son parcours depuis un certain temps, explique Patrick. Il montait des spectacles avec des bouts de ficelle, dans des petits théâtres, mais ça cartonnait. Il a une originalité, un regard décalé qui me plaisent, ainsi qu’une immense culture de la comédie musicale avec toutes les références inhérentes. »
Jean-Mark se souvient de cette première rencontre. « Patrick est venu voir Rose Marie [comédie musicale de Hammerstein et Harbach, 1924] que j’avais mis en scène dans une iconographie « Colt Studios » [NDLR : films pornos gays] avec des bodybuilders qui se déshabillaient très lentement à la moindre occasion.. C’est sur ce spectacle que Patrick m’a choisi et je trouve ça très audacieux ! »

Ce n’est pourtant pas cette approche qui sera choisie pour revisiter Jésus-Christ Superstar… Jean-Mark reconnaît cependant bénéficier d’une liberté quasi-totale d’un point de vue artistique « Je dirais que j’ai eu 90 % de liberté sur ce spectacle. Les 10 % restants constituent une petite censure pas méchante et tout à fait justifiée. On ne pouvait pas montrer d’étoiles de David par exemple. Et pas de nudité frontale non plus ! ». Pour le reste, il se laisse porter par la partition. « La chanson d’Hérode, dans un style charleston, amène naturellement l’univers de Chicago. ‘Superstar’ est disco, il était normal de le situer dans une boîte de nuit avec une immense boule à facettes… La partition passe d’un univers à l’autre : gospel, heavy-métal, classique, disco ce qui se reflète donc forcément dans la mise en scène. »

De Tintin à Judas
Au milieu d’une troupe principalement belge, on retrouve notre Vincent Heden national (Tintin et le Temple du Soleil, Musical Suspect) ainsi que deux autres français, Vincent Boutry (Tintin) et Stéphane Métro (War). A mille lieues d’un Tintin joyeux et léger qu’il incarnait à Charleroi, Vincent Heden est aujourd’hui un Judas sombre et torturé mais également profondément charismatique et attachant. « Je voulais rendre justice au personnage de Judas, le dé-diaboliser et le rendre plus humain. On peut tous connaître la peur qui nous pousse à commettre des actes dont on a honte ensuite. J’ai d’abord beaucoup travaillé cette humanité avec Yael Benzaquen, mon professeur de chant, puis ce personnage s’est inséré dans la mise en scène de Jean-Mark. »
« Je voulais m’attacher aux personnages, explique également Jean-Mark. Mon option n’est peut-être pas très spirituelle, mais je voulais m’intéresser aux derniers jours de la vie d’un homme. » La spiritualité qu’utilise Jean-Mark dans cette mise en scène est dans ce cas plus « show off » qu’intérieure. « J’ai été élevé dans la religion mormone, confie-t-il, et quand, petit, j’allais à l’église, on se serait cru dans un épisode de Dallas ! On retrouve cet emballage américain too much dans le spectacle. »
« Ce fut intéressant – et nouveau – pour moi de travailler avec un metteur en scène qui travaille sur le plan visuel de façon aussi forte, ajoute Vincent Heden. »

Jésus-Christ Superstar, chapitre premier
Jusqu’au 14 août, l’ancienne abbaye cistercienne accueille donc cette vision peu conventionnelle des derniers jours du Christ où apôtres côtoient go-go boys, militaires et girls emplumées. Et ensuite ? « Peut-être est-ce le début d’une grande aventure, conclut Jean-Mark. Si ce n’est pas le cas, tant pis, je me serai tout de même bien amusé. Après Villers-la-ville, je retourne vers le ‘off’ d’où je viens, avec une adaptation de No, No, Nanette, sans orchestre, ni choeurs… mais sans doute avec de la nudité frontale ! »

Quant à Patrick de Longrée, la concrétisation de ce rêve de toujours lui a certainement donné envie de jouer d’autres musicals de cette envergure au sein de l’abbaye. Affaire à suivre dans les prochaines éditions. En attendant, il espère pouvoir présenter Jésus-Christ Superstar à de nouveaux publics. « Mon ambition est de reprendre le projet pour qu’il entre dans une salle, révèle-t-il. Nous avons les droits pour exploiter cette production en Europe. Le marché belge étant restreint, nous aimerions amener ce spectacle en France, mais avant cela il nous faut trouver des partenaires compétents… J’ai donc très envie de trouver des partenaires français pour créer le spectacle à Paris… »
A bon entendeur…

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