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Joel Mitchell – Un Américain à Paris

Le jeudi 1 février 2001 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Joel Mitchell ©DR

Joel Mitchell ©DR

Enfant, Joel Mitchell chantait tout le temps. Quelque peu doué pour la musique, il prend des cours de piano et commence à jouer dans des comédies musicales dès l’adolescence. Il poursuit sa formation à l’Université de l’Etat de New York où il obtient un diplôme de musique et de chant. Puis, il suit une formation d’acteur pendant trois ans. Il prend également des cours de danse et de claquettes. Très vite, il joue dans plusieurs comédies musicales en tant que danseur et chanteur mais il commence également à chanter du lyrique. L’un de ses meilleurs souvenirs de cette période américaine, c’est Street Scene de Kurt Weill entre opéra et comédie musicale.

Artiste lyrique en France
Prémonitoire ou pas, Joel Mitchell nous confie en riant « juste avant de venir en France, j’ai joué dans une pièce de théâtre musical le rôle d’un pionnier français aux Etats-Unis !  » Dans la volonté de s’ouvrir à d’autres horizons, il décide de venir en Europe et en France plus particulièrement. « Je ne voulais pas passer toute ma vie aux Etats-Unis et n’avoir que la vue des Américains sur la vie et les arts. » Il arrive donc à Paris en 1990 sans parler un mot de français et sans connaître personne ! « Pendant un an j’ai rencontré des gens et passé des auditions. » Il est engagé alors dans un opéra de Lully coproduit par le Théâtre des Champs-Elysées et l’Opéra Royal de Versailles. Puis il enchaîne les rôles dans différents opéras. « J’ai surtout fait du lyrique, de la musique baroque, des opéras contemporains au Châtelet« . De ces premières années en France, Joel Mitchell conserve de très bons souvenirs. « J’ai vécu de grandes expériences comme chanter avec Pierre Boulez et aussi toutes les productions au Châtelet avec d’immenses chefs d’orchestre et metteurs en scène. Et puis, comme j’ai joué dans beaucoup d’endroits, je connais bien la géographie de la France maintenant ! « . En revanche, il reconnaît qu’il y a deux choses qu’il apprécie moins en France : le manque de ponctualité et de rigueur dans le travail et surtout le cloisonnement entre les différentes disciplines du spectacle. « En France, les mondes sont bien séparés. Ici, j’ai des copains qui ne font que du lyrique. Quand ils ont su que j’allais faire Chantons sous la pluie, ils m’ont mis en garde : ‘si tu fais ça, tu risques de ne plus être engagé dans des spectacles lyriques !’ Aux Etats-Unis, c’est plus facile de passer d’une pièce de théâtre à un opéra, à une comédie musicale. » A cette époque, la danse lui manquait.

En 1998, il part en tournée au Japon avec un spectacle composé d’extraits de comédies musicales Broadway Musical Review. Il est le meneur de la revue, il interprète cinq numéros. « Dans un numéro, je chantais un air de Gershwin avec des danseurs de claquettes. La chorégraphe savait que j’avais fait des claquettes aux Etats-Unis, elle m’a demandé d’en faire un peu dans ce numéro. En rentrant en France, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je me remette à niveau pour les claquettes, j’ai donc repris des cours« . Quelques mois plus tard, une danseuse de la tournée l’appelle pour lui signaler qu’on cherchait quelqu’un pour le rôle de Don Lockwood dans Chantons sous la pluie qui allait se créer à l’Opéra Royal de Wallonie à Liège. Il part aussitôt passer l’audition et obtient le rôle.

Chantons sous la pluie : un vrai plaisir
Joel Mitchell a du mal à réaliser. « Pour moi, ce n’était pas un rôle qu’il était possible de jouer. Le film avec Gene Kelly était quelque chose de tellement installé dans mon enfance que jamais je n’aurais pensé qu’on en ferait une version scénique et que ce rôle me serait proposé !« . Il reconnaît avoir eu peur de la comparaison quand il a accepté le rôle et encore maintenant. « J’y pense tout le temps : Gene Kelly était un excellent danseur et comédien ! « . Mais il se rassure « même si on fait quelque chose avec toutes les références du film, ce n’est pas LE film« . Joel Mitchell avoue être comblé avec un tel rôle. « C’est tellement gratifiant de jouer une star de cinéma avec tous les fans qui crient après moi !  » plaisante-t-il. Il aime son personnage. Pour lui, Don Lockwood « c’est le chat qui retombe toujours sur ses pattes, aucun problème n’est redoutable pour lui. Ce n’est pas un acteur qui réussit sans talent mais son vrai talent c’est son savoir-vivre. Il est sincèrement heureux et prend la vie à pleines mains. C’est un rôle très fatiguant physiquement mais fantastique à jouer« . Il se sent très proche de son personnage, « comme Don Lockwood, je suis un enfant dans la peau d’un adulte« .

Pour Joel Mitchell, ce rôle a l’énorme avantage d’être complet, il réunit chant, danse et comédie. Si les chansons ne lui ont posé aucun problème « je les connais depuis des années ! « , il avoue que ça n’a pas été aussi simple pour la danse et surtout pour la comédie. « Il y a beaucoup de scènes de comédie, c’est difficile car le français n’est pas ma langue naturelle, le temps de trouver mon confort dans l’articulation et la prononciation est assez long, mais c’est un challenge que j’adore« .

Joel Mitchell prend donc beaucoup de plaisir dans Chantons sous la pluie. « Tout le long du spectacle, il n’y a que des situations drôles, c’est un vrai bonheur« . Ce qui lui plaît le plus, ce sont les grands numéros de danse. « Je sens carrément une électricité qui vient de nous, qui part dans la salle et qui revient. C’est génial à vivre. C’est ce qui me donne le plus de plaisir tous les soirs« . Il apprécie également la qualité de l’orchestre. « On a vingt musiciens formidables dans la fosse, c’est très rare de nos jours« . Quant à ses partenaires, il les trouve tous excellents « Rodolphe Briand (Cosmo) est très très drôle, Estelle Danière (Lina Lamont) c’est un amour et Isabelle Georges (Kathy Selden) est une danseuse hors pair et chante vraiment bien. Toute la troupe est de qualité, on s’entend à merveille« .

Il faut que ça danse !
Après avoir créé Chantons sous la pluie à Liège et avant de le reprendre à Paris, il a retrouvé la même équipe en décembre dernier à l’Opéra Royal de Wallonie pour la création de la version française de Titanic. Il jouait le rôle de l’armateur Ismay. « C’était un peu difficile car je suis arrivé après tout le monde. Les répétitions étaient déjà bien avancées, j’ai couru derrière ! « . Il garde néanmoins un bon souvenir de ce spectacle même si sa préférence va sans hésiter à Chantons sous la pluie car ce qu’il aime avant tout ce sont les comédies musicales qui réunissent à la fois le chant, la danse et la comédie. « S’il n’y a pas de danse, ce n’est pas vraiment une comédie musicale pour moi« . Il n’est donc pas étonnant que ses deux musicals préférés soient Chicago et Cabaret de Kander et Ebb. « J’adorerais voir une production de Chicago ici à Paris« . Mais il pourrait bientôt jouer dans ce spectacle à Broadway ! « On m’a proposé une audition pour le rôle de l’avocat Billy Flinn » D’ailleurs il aimerait bien retourner aux Etats-Unis pour y travailler tout en gardant un pied en France. « Ca peut se faire si j’arrive à jongler avec les plannings ! « .

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