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Johanny Bert, metteur en scène de Phi-Phi

Le mercredi 5 janvier 2011 à 14 h 48 min | Par | Rubrique : Rencontre

Johanny Bert © Jean-Louis Fernandez

Quel est votre parcours ?
Dès l’enfance, j’ai été fasciné par la marionnette. C’est un univers qui m’a immédiatement plu, j’ai joué des heures durant à inventer des histoires. Mes parents, qui ne sont pas du tout de la partie, ont été mes premiers spectateurs ! Par la suite, j’ai suivi une formation d’acteur et une formation autour des arts de la marionnette. Très rapidement, la mise en scène m’a attiré. Proposer une vision d’une œuvre et travailler avec une équipe : voilà ce qui me motive le plus. J’ai donc mis en scène des spectacles divers, parfois avec marionnettes, parfois sans. Et les marionnettes peuvent revêtir des formes très différentes. Par exemple, un spectacle sur le consommable et le jetable utilisait des post-it, un autre réunissait un danseur et une marionnette éphémère de papier Kraft autour d’un texte de Kleist… La musique à toujours été présente dans mon parcours. Enfant, j’ai été longtemps dans une chorale et j’ai découvert petit à petit la musique dans une famille non initiée. Dans les mises en scène que j’ai réalisées, j’ai souvent travaillé avec des musiciens présents sur scène. En 2008, j’ai mis en scène L’Opéra de quat’sous de Brecht/Weill pour des acteurs et chanteurs qui manipulaient les 40 formes marionnettiques du spectacle.

Parlez-nous de votre vision de Phi-Phi
Loïc Boissier, qui s’occupe activement de la compagnie des Brigands, m’a proposé voilà un an de prendre en charge cette mise en scène. Pour leur rendez-vous annuel au Théâtre de l’Athénée et d’autres lieux fidèles à leur compagnie, leur découverte ou redécouverte du répertoire passe entre les mains de metteurs en scène différents. Je suis loin d’être un spécialiste de l’opérette. J’ai pris le livret, me suis beaucoup documenté, j’ai écouté des enregistrements et, après un mois de réflexion, j’ai accepté de relever ce défi. J’ai imaginé la cohabitation entre les chanteurs/comédiens et des marionnettes. Très vite, j’ai eu le souhait de proposer au chœur des modèles, un peu le chœur antique version débridée, non seulement de chanter et interpréter physiquement ce « rôle », mais aussi de manipuler les formes marionnettiques. Ainsi les solistes donnent leur voix, leur énergie et leurs intentions sans manipuler leurs personnages. Une façon de séparer le corps de la voix, l’image du texte. Le travail avec des marionnettes demande une grande attention dans un répertoire qui est souvent mis en scène de façon rapide et parfois approximative. Chaque marionnette est mise en jeu par 3 comédiennes qui manipulent à vue des morceaux de corps fractionnés dont l’impulsion vocale est faite par les chanteurs.

Comment avez-vous procédé ?
J’ai besoin de temps pour une création. Après un temps avec les chanteurs, nous avons travaillé avec mon assistant et les neuf modèles sur la manipulation et sur la structure des scènes. Cette période est nécessaire pour se rencontrer, travailler et rechercher des mouvements pour chaque personnage, travailler sur l’écoute et faire des Tchoungas (jeu)  ! Dans un deuxième temps, les solistes ont intégré les répétitions afin de travailler les scènes en jeu avec leurs impulsions. Le travail avec Christophe Grapperon, le chef d’orchestre qui dirige le chœur et l’orchestre avec autant de finesse que de précision, a été important dans l’élaboration du projet. Pour que le principe de mise en scène soit juste, l’écoute entre les marionnettistes et les chanteurs doit être précis pour que le spectateur se ballade de l’un à l’autre

Quel type de marionnette avez-vous choisi ?
Comme pour chaque création, je cherche le juste rapport entre la dramaturgie et le choix de la forme marionnettique. J’ai demandé à Einat Landais de créer des marionnettes inspirées de la Grèce antique et de lignes de modèle de magazines. Tout cela mélangé/mixé, elle a construit des personnages en polystyrène recouvert de tarlatane et une préparation pour les patiner et leur donner cet aspect spécial. Les solistes ne les manipulent pas, mais sont leurs impulsions et sont complètement intégrés à l’action, prennent la place des marionnettes ou apportent un contrepoint. Cela crée un sentiment étrange de mélange entre les corps de pierre et les corps de chair et rend le spectateur actif dans sa relation à la représentation.

A vos yeux, quelle place occupe la marionnette dans le théâtre ?
Je cherche toujours sa nécessité dramaturgique et ce qu’elle va apporter au jeu de l’acteur. C’est pour cela aussi que je met en scène des spectacles sans. Je remarque qu’elle est trop souvent liée, voire réduite, au spectacle pour enfants. Je m’élève contre cette idée reçue ! Si ce support peut parfaitement s’adapter à un spectacle jeune public, il ne faudrait pas l’y enfermer. En France, on est encore assez réticent à accueillir des spectacles pour adultes mettant en scène des marionnettes. Pourtant, pour peu que la dramaturgie s’y prête, c’est la porte ouverte sur un imaginaire singulier. Je suis ravi de me frotter de nouveau aux marionnettes pour une prochaine mise en scène, en l’occurrence l’opéra Hänsel et Gretel de Engelbert Huperdinck.

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2 commentaires
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  1. PHI-PHI, J’ai vu le spectacle récemment au Théatre Liberté à TOULON 83000, j’ai adoré, il y a longtemp que je n’avais pas pris autant de plaisir à une mise en scène, sans parler du sans faute du casting !…. par contre je cherche vainement jusqu’à ici et maintenant, les dates et lieux du spectacle en région PACA car j’ai saoulé tous mes ami (s)(es) avec mon sentiment admiratif et d’émerveillement pour ce spectacle, mais j’ai été incapable de leur donner des dates, et lieux pour aller l’adminrer à leur tour, et pour moi de le revoir. Joannhy BERT, Bravo, continuez quant on a du talent on a pas le droit de le garder pour soi, mais l’obligation morale de le faire partager au plus grand nombre. A vous lire, Bien cordialement

  2. bonjour, je me permets de vous répondre car je fais partie du choeur des petits modèles et je suis en mesure de vous informer sur la suite de la tournée… Merci de votre enthousiasme, je suis ravie que vous ayez pris autant de plaisir que nous à Toulon! Nous jouerons le 30 mars à Martigues puis à fréjus le 15 mai. Voici un lien direct vers le site de la cie (les dates de phiphi sont en rose)

    http://www.lesbrigands.fr/cal.html

    Bonnes fêtes!

    Marie

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