Recherchez

John Owen-Jones : « le » Jean Valjean

Le samedi 19 juin 2010 à 1 h 08 min | Par | Rubrique : Rencontre

John Owen Jones (Jean Valjean) (c) Michael Le Poer Trench

John Owen Jones (Jean Valjean) (c) Michael Le Poer Trench

John Owen-Jones, quel a été votre premier contact avec Les Misérables ?
La première fois, c’était à travers le cast recording de Londres. J’étais avec des amis et on allait à Startford-upon-Avon voir du Shakespeare. Ils ont mis le CD dans la voiture et au bout de trente minutes, je leur ai demandé d’arrêter car je trouvais ça affreux ! (rires) Je n’aimais pas les musicals à l’époque ! J’étais plus tourné vers le théâtre. Puis, un jour, un ami m’a apporté l’enregistrement intégral symphonique, et j’ai pris le temps de l’écouter en lisant le livret et là, j’ai compris, et j’en suis tombé amoureux. Puis, j’ai vu le spectacle à Londres et j’ai décidé ce jour-là que je jouerais Valjean. Je devais avoir 19 ans. Et cinq ou six ans plus tard, je jouais le rôle…

Vous avez tout de suite commencé en Valjean ou bien vous avez fait partie de l’ensemble au départ ?
J’ai fini mes études de théâtre en 1994 et en 95, j’ai intégré la troupe londonienne. Je faisais partie de l’ensemble et j’étais doublure Enjolras. Puis, j’ai quitté la production, avant d’y revenir en doublure Valjean, et six mois plus tard, je me suis retrouvé titulaire du rôle.

Vous étiez le plus jeune Valjean…
Oui, mais je ne le réalisais pas. C’est mon agent qui me l’a fait remarquer. C’est intéressant mais ça n’a pas une grande importance pour moi. Je savais que je pouvais le jouer mais je pense qu’à l’époque, j’étais trop jeune. Je ne donnais pas au personnage tout son poids. Mais j’ai grandi, j’ai désormais une famille et ma vie a changé, je connais mieux Valjean que quand j’avais 26 ans. Ce n’est définitivement pas un rôle pour un jeune homme. C’est comme le Roi Lear, il faut avoir un peu vécu pour bien le jouer.

Vous souvenez-vous de votre première représentation en Valjean ?
(rires) En fait, je ne me souviens absolument pas de la représentation ! Le spectacle commençait à 19.30 et on m’avait prévenu à 18.30 que je jouerais le rôle… J’étais doublure, à l’époque, et je n’avais encore jamais eu de répétition complète. Alors, quand je sortais de scène, une habilleuse m’emmenait me changer, me repoussait vers la scène… Parfois, je demandais à mes camarades sur scène : « Je vais où après ? ». Et à la fin, il y a eu une standing ovation… C’était incroyable. En plus, mes parents étaient en visite à Londres ce jour-là et étaient dans la salle. L’expérience était hallucinante mais je ne me souviens pas de la représentation en elle-même !

Vous avez joué le rôle de nombreuses fois depuis. Comment gardez-vous une fraîcheur dans votre approche ?
C’est très facile car le rôle est si bien écrit. On peut trouver des interprétations différentes chaque soir, il y a toujours des petites nuances à changer. Et puis, vous travaillez avec différentes troupes, des nouveaux acteurs ou des doublures qui amènent quelque chose de nouveau… donc je ne réagis pas de la même manière. C’est un rôle si important, si riche, avec tellement de matière qu’on trouve toujours quelque chose à explorer, c’est difficile de s’ennuyer avec un personnage tel que Valjean.

Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans ce rôle ?
Je ne sais pas… Si je commençais à me demander ce qui est difficile, j’aurais peut-être du mal à le jouer ! Quand on commence à gravir une montagne, on ne regarde pas son sommet. Dès que les premiers accords résonnent, on y va ! Je dirais quand même que les quarante premières minutes du spectacle sont sans répit. Je suis presque toujours sur scène, avec des émotions très fortes… Après, ça se calme un peu. Et puis quand viennent les barricades, et ce, jusqu’à la fin, cela redevient très intense pour moi. Alors, je dirais que le plus difficile est le début et la fin.

Avez-vous une certaine hygiène de vie pour tenir ce rythme de représentations ?
Je fais attention à moi. Je fais du sport le plus possible, ce qui est difficile en tournée. Je mange sainement, j’essaie de dormir beaucoup mais ça ne veut pas dire que je n’aime pas dîner dehors, aller à des fêtes… Mais quand je me lève le matin, je pense à la représentation du soir. J’ai aussi une famille. Quand je jouais dans le West End, j’étais un papa dans la journée, j’emmenais les enfants à l’école, je m’occupais des tâches quotidiennes. Ce que je me dis avant tout, c’est que j’ai énormément de chance de faire ce métier, je veux faire tout mon possible pour que ça continue. Je sais que tout peut s’arrêter demain, le spectacle peut fermer, je peux perdre ma voix… Qui sait ? Mais j’aime ce que je fais, et dans ce cas-là, ce n’est pas du « boulot », ce n’est pas quelque chose de difficile.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce rôle ?
J’aime interpréter « Who Am I ? ». Et dans cette production particulière, j’aime jouer avec Earl Carpenter [NDLR : Javert], j’aime notre interaction, qui change chaque soir. Parfois, dans ce spectacle, on a des chanteurs plutôt que des acteurs. C’est excitant d’avoir des défis, des partenaires qui vous poussent vers le haut.

Vous avez également joué Valjean dans l’autre mise en scène (l’originale). Peut-on, si c’est possible, la comparer à cette nouvelle mise en scène ?
On peut les comparer puisque, de toute façon, la source de départ est la même. Beaucoup d’amis, qui étaient très impliqués avec la mise en scène originale, des comédiens qui ont joué dans le spectacle, ont été assez déconcertés en voyant la nouvelle mise en scène. Moi, j’aime l’idée que Hamlet a été joué un nombre incalculable de fois, de plein de façons différentes et les gens sont ouverts à ça. Et des spectacles comme Les Misérables ou West Side Story seront adaptés dans de nouvelles mises en scène.
Dans cette version, il y a des choses différentes techniquement, mais le cœur et l’âme du spectacle sont les mêmes. Ce qu’on a fait, c’est qu’on a pris le livret et qu’on est reparti de zéro. Quand Cameron Mackintosh [NDRL : producteur du spectacle] m’a proposé de reprendre le rôle, je lui ai dit que je n’étais pas intéressé car je l’avais joué tellement de fois… à moins qu’il n’y ait quelque chose de nouveau : ce qui est le cas. J’ai été très heureux de pouvoir apporter mon grain de sel dans la restructuration du spectacle.

C’est un peu comme participer à une création…
Exactement ! Et puis, c’était bon de participer à cette production en connaissant le rôle et en y apportant ma vision des choses, ce qui n’était pas possible dans l’autre version, puisqu’elle est fixée. Par exemple, dans cette version, nous avons ajouté très brièvement un passage où Valjean rencontre Petit-Gervais [NDLR : le petit garçon à qui il vole une pièce] et ce n’est pas dans la version originale. Mais comme dans tout spectacle, il y a des compromis : il y avait des idées superbes qui n’ont pas pu être réalisées. Mais un jour, on aura peut être une production qui réunira le meilleur des deux !

Comment réagit le public parisien ?
Vous savez, toute la troupe était très nerveuse de jouer ici. C’est un honneur pour nous. Et on avait peur que le public soit très froid, devant cette œuvre qui compte tant pour eux, mais donnée en langue anglaise. Mais l’accueil est incroyable. Il paraît qu’il y a très rarement des standing ovations au Châtelet et là, on en a tous les soirs. Les applaudissements durent longtemps après les chansons… Cela nous rend très humble. Lors de la première représentation, une grande partie du cast, moi inclus, était très émue car c’était comme si on nous souhaitait la bienvenue. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais.

Les Misérables, au Théâtre du Châtelet jusqu’au 4 juillet 2010.

Partager cet article

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter
Tags : ,

Laisser un commentaire