Recherchez

Jonathan Kerr, à la recherche de Moby Dick

Le mercredi 2 mars 2011 à 10 h 15 min | Par | Rubrique : Rencontre

Jonathan Kerr dans Moby Dick (c) DR

Jonathan Kerr, comment vous est venue l’idée d’adapter Moby Dick en musical ?
J’avais un air qui m’obsédait pendant que nous terminions l’exploitation de Camille C et qui est devenu le thème principal de Moby Dick, le chant du monstre. Il s’appelle « Je vois ». En fait, Moby Dick a été longtemps un de mes romans de chevet. Je suis obsédé par cette idée de la solitude. Comment traiter ça au théâtre ? Et quelle métaphore tirer de ce roman incroyable qui est bien plus qu’une simple chasse à la baleine ? Dans le roman, le capitaine Achab n’apparaît pas sur le pont aux marins pendant un assez long temps au début de l’ouvrage (cette solitude, justement). Je me suis dit qu’en répondant à cette question : « Pourquoi ne monte-t-il pas sur le pont ? », j’allais résoudre une part de l’énigme de l’histoire. J’ai fait de ce capitaine un visionnaire (qui chante, entre autres : je « vois »). J’ai transformé un des marins en Melville lui-même qui va vivre sa plus belle mais aussi sûrement sa plus douloureuse aventure et j’ai adjoint au capitaine une « douce et terrible amie » que j’ai appelée l’Andalouse, qui est tout ce qu’il désire en fait.

Quel est selon vous le message de Moby Dick ?
C’est justement tout l’enjeu car on peut bien sûr rester juste au niveau de la chasse au cétacé immaculé. Il me semble qu’en choisissant d’appeler le capitaine « Achab » (qui était à l’origine un roi sanguinaire et voué au dieu Baal), Melville a voulu porter son roman vers l’absolutisme de l’époque dans laquelle il vivait (la tyrannie des hommes de mer). Aujourd’hui, cette histoire pourrait être dérisoire si on en restait à la chasse à la baleine, c’est pourquoi je propose un autre message et celui-ci presque inversé : la vie ne vaut qu’à travers les combats que nous menons, même les plus insensés. Et peut-être même : heureux ceux qui partent chasser leur propre démon !

Comment définiriez-vous votre spectacle, notamment d’un point de vue musical ?
C’est bien sûr du théâtre musical mais je ne peux pas m’empêcher de tenter de renouveler sans cesse la forme que j’exploite. C’est vraisemblablement pour ça d’ailleurs que Camille C a reçu le Molière inattendu. Il y a du Ferré d’Ostende, Achab est obsédé par l’Andalouse (et donc le genre musical hispanisant), le marin voudrait revenir à terre et chante son désir comme on jetterait une bouteille à la mer avec le lyrisme qui va avec. Une passacaille cohabite avec ces tangos qu’on pouvait danser entre hommes et l’Andalouse fait tourner le capitaine à la jambe morte comme une toupie. C’est une danse macabre en quelque sorte mais euphorisante et envoûtante. Quelque chose comme celle de Saint Saëns avec des paroles et des scènes à jouer.

En tant que compositeur, comment s’est fait le choix des trois instruments qui accompagnent le spectacle ?
Pour l’orchestration, j’ai tout de suite pensé à la harpe à cause des fanons de la baleine que les cordes de la harpe évoquent et ce côté sirène de l’instrument attirant Ulysse vers le large. L’accordéon, bien sûr, pour l’atmosphère des bars à matelot et le violoncelle qui parle au ventre, qui rythme le tout, accentuant la cadence.

Vous avez créé le spectacle en Avignon l’été dernier. Aura-t-il évolué entre Avignon et la création parisienne ?
Oui, énormément. Déjà parce qu’on avait du réduire « la voilure », et donc que nous avons mis maintenant des voiles. Que j’ai écrit d’autres airs et peaufiné davantage la trame originale au niveau du livret et des dialogues. Qu’il n’y a que l’exercice du plateau pour se rendre compte du rythme général et des « césures » et que nous avons parfait avec Erwan Daouphars (le metteur en scène), Roger Loubet (mon arrangeur) et Martin Ysaebert (le chorégraphe) tout ce qui nous semblait perfectible. Cette version est plus complète et, tout en gardant, je crois, la force qu’elle avait à Avignon, a gagné en spectaculaire.

Articles liés :

Critique : Avignon Off 2010 : Moby Dick, ou le chant du monstre
Lecture publique intégrale de "La Nuit des Flamants Roses" le 17 décembre
Moby Dick (Critique)
Dorian Gray (Critique)
Vous désirez ?
Lady Raymonde (Critique)

Partager cet article

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter
Tags : , ,

Un commentaire
Laisser un commentaire »

  1. a voir……un très grand moment de theatre

Laisser un commentaire