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Joseph Gorgoni – Tell me on a sonntag !

Le mercredi 1 octobre 2003 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Joseph Gorgoni en Marie-Thérèse Porchet ©DR

Joseph Gorgoni en Marie-Thérèse Porchet ©DR

Joseph Gorgoni, quelle est votre formation ?
La seule chose que j’ai apprise à faire, c’est à danser. J’ai commencé tard, à quinze ans, mais j’étais assez doué pour ça. Je voulais faire de la danse depuis toujours, mais mon père ne voulait pas, parce que « c’est pas pour les garçons« . Donc j’ai commencé à bosser, j’ai payé mes cours, et ma formation, c’est la danse. Et puis il y eu le cabaret qui est la meilleure des écoles. Je chantais toujours en direct. Je faisais des imitations de Nina Hagen…

Votre voix de tête est-elle le fruit d’un long travail ou quelque chose que vous faites naturellement ?
Je n’ai jamais travaillé la voix de tête. Je ne devrais pas le dire, je n’ai pas beaucoup de mérite. J’ai toujours une voix très aigüe, depuis tout petit. Ma voix à moi, heureusement, n’est pas comme ça, mais en prenant de l’âge … Ca fait dix ans que ça existe, je sais comment ça marche, comment ça fonctionne, mais je n’ai jamais vraiment travaillé ça. J’ai toujours été fan de Nina Hagen et de Klaus Nomi que j’ai découverts quand j’étais en train de muer et comme j’ai toujours voulu chanter comme eux, j’ai gardé ces notes hautes. J’ai toujours imité cette voix-là, pour faire rire les gens, parce que ma grand-mère parlait comme ça. Jamais je n’aurai imaginé qu’un jour je ferais un spectacle de deux heures, déguisé en femme.

Il y a une séquence dans le spectacle qui évoque directement le spectacle de cabaret. C’est celle où vous changez de costumes plusieurs fois en quelques secondes.
Cette séquence vient de Pierre Naftule (NDLR : co-auteur et co-producteur). Il est magicien au départ, donc dans chaque spectacle de Marie-Thérèse, il y a toujours un petit moment magique. Dans le dernier spectacle je faisais une lévitation sur une chaise. Il y avait un costume qui disparaissait très vite là aussi. J’avais envie d’essayer de faire ce système à la Bracchetti avec qui Pierre a travaillé à une époque. C’est assez à l’image de Marie-Thérèse, ce côté désuet. Ca a un petit côté ringard mais en même temps, j’aime les trucs un peu kitsch. J’aime bien ça aussi dans la musique. Je n’écoute pas que des vieux trucs, mais j’aime ce côté kitsch dans les chansons. Ca correspond à ce que j’entendais quand j’étais petit. C’est agréable de retrouver des sensations d’enfant.

Comment avez-vous construit le look de Marie Thérèse ?
Un peu par hasard. J’ai bossé dans un bureau pendant plusieurs années pour payer mes cours de danse. Ma chef de bureau m’a beaucoup inspiré. Physiquement, elle est un peu comme ça. En Suisse il y a beaucoup de dames qui sont permanentées, les cheveux courts bouclés. On l’a fait un peu comme ça et puis après, avec le temps, le travail et le succès, ça s’est développé.

Dans une autre séquence particulièrement hilarante, Marie-Thérèse fustige allègrement la population suisse allemande. Pourquoi cet acharnement ?
Il y a vraiment une guéguerre entre les Suisses romands et les Suisses allemands. Tout ce que je dis est vrai. Ils sont deux fois plus nombreux que nous. Quand il y a une « votation » comme on dit là-bas, comme ça marche comme aux Etats-Unis, c’est à dire par cantons, et qu’on est beaucoup moins nombreux, et, en général, jamais d’accord, forcément, c’est toujours eux qui gagnent. Et puis, ils nous considèrent un peu comme des feignants. Comme on vient du sud, c’est eux qui tiennent le pays, qui ont les banques, qui ont l’argent. Et ils ont un langage qui est tellement particulier. En Suisse romande, la Suisse allemande fait rire. On se moque d’eux depuis toujours. Depuis mes premiers souvenirs, on se moque des Suisses allemands. Il y a une espèce de guéguerre gentille. Marie-Thérèse est comme ça parce qu’il y a plein de gens de cet âge-là en Suisse romande qui s’acharnent comme elle le fait.

D’une manière générale, le spectacle est volontairement provocateur, irrévérencieux, quand il n’est pas carrément méchant, en particulier lorsque vous invectivez les spectateurs. Est-ce qu’il vous est arrivé d’être confronté à un public hostile ?
Jusque là, non. J’ai même joué ce spectacle à Zurich et j’ai connu de très belles soirées. Les gens savent très bien que ce n’est pas moi. C’est tellement plus drôle d’être méchant et puis la méchanceté fait rire. De toute façon, ça retombe toujours sur Marie-Thérèse. C’est pour qu’ils lui pardonnent.

Qu’avez-vous fait avant de devenir Marie-Thérèse Porchet ?
J’ai joué dans la production parisienne de Cats. Ca a changé ma vie. J’ai toujours fait du spectacle. J’ai commencé à faire de la scène à 14 ans, du cabaret notamment, mais je ne gagnais pas ma vie avec ça, je travaillais en dehors. Puis j’ai commencé à donner des cours de danse et j’ai vu l’annonce d’une audition à Paris. Ils cherchaient des danseurs pour Cats. J’y suis allé et puis ils m’ont engagé. J’ai arrêté de travailler en Suisse et c’est à partir de ce moment là que c’est devenu mon métier. Ca a changé ma vie. J’ai fait le Rocky Horror Show juste après, au Casino de Paris.

La structure du spectacle, bien qu’étant conçue autour d’un seul acteur, évoque celle d’une comédie musicale. les chansons ne sont pas juste des intermèdes mais viennent vraiment approfondir le personnage et mettre en relief ses émotions. C’est un choix délibéré ?
Absolument. Je suis un vrai fan de comédies musicales. Dans le premier spectacle, il y avait déjà des chansons, mais moins. On n’avait pas envie de refaire la même chose que dans le premier. J’ai de plus en plus envie de chanter et je trouve que ça va bien avec ce personnage de Marie-Thérèse. J’aime bien cette idée d’arrêter l’histoire et de chanter un truc au public, en rapport avec l’histoire. C’est original et puis dans l’humour, personne ne fait ça.

Comment avez-vous choisi les chansons ?
Ce sont des chansons que j’aime. J’ai écouté plein de disques que j’avais en tête. Tout le côté big band, les années Sinatra, ça colle au personnage. A part l’extrait de Sunset Boulevard qui est un enregistrement original, on a fait faire toutes les bandes orchestre en studio par des musiciens.

Comment vous est venu ce goût pour le musical ?
J’ai toujours aimé la musique depuis tout petit. Je suis venu à la comédie musicale à travers Barbra Streisand. Quand j’étais petit, j’adorais « Memory ». Puis j’ai appris que c’était tiré d’une comédie musicale. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser un peu à ça. Je n’y connaissais rien mais j’adorais aussi voir Gene Kelly, Fred Astaire à la télé. Quand j’ai fait Cats, j’ai vraiment découvert l’univers de la comédie musicale. Ca m’a fait connaître Andrew Lloyd Webber notamment. Pendant des années, j’allais à New York deux fois par ans pour voir des comédies musicales, pour me nourrir un peu de tout ça.

Quelles sont vos comédies musicales favorites ?
J’aime bien quand c’est rigolo. Il y a de moins en moins de choses drôles. J’aime bien des choses très américaines comme Guys and Dolls. En même temps, Le Fantôme de l’Opéra, Les Misérables, Cats, tout ça je trouve que c’est magnifique, mais j’aime mieux quand on s’amuse. Cela dit, Sunset Boulevard, j’adore.

Suivez-vous l’actualité parisienne en matière de comédie musicale ?
J’avais vu Nine aux Folies Bergère. Je connais aussi Alain Marcel parce qu’on a failli travailler ensemble à l’époque où j’étais danseur. En tout cas, j’aime mieux ce type de comédie musicale plutôt que les grosses bastringues qu’on voit maintenant.

Y-a-t-il un rôle, dans le répertoire du musical anglo-saxon, qui vous tenterait particulièrement ?
J’aurais voulu faire Norma Desmond dans Sunset Boulevard, ça aurait été très drôle.

Vous êtes actuellement très occupé avec Marie-Thérèse. Vous arrive t-il parfois d’avoir envie de jouer d’autres rôles ou d’aller vers d’autres univers ?
J’ai déjà fait plein de choses. Dans Cats, je chantais avec ma voix normale. J’ai fait beaucoup d’opérettes, de cabaret, de comédies musicales. Je m’éclate beaucoup à faire ce que je fais en ce moment. Quand ça marche comme ça, on est porté, mais j’espère que le jour où j’en aurai marre, j’aurai le courage d’arrêter. Pour l’instant, je ne suis pas en manque d’autre chose. Je suis ouvert à beaucoup de propositions mais Marie-Thérèse me prend beaucoup de temps et beaucoup d’énergie.

Et une grande comédie musicale avec Marie-Thérèse Porchet en vedette, ça vous tenterait ?
C’est notre but à Pierre et à moi. Ce me fait vraiment envie de refaire un spectacle de comédie musicale, une espèce de revue… Il y aurait Marie-Thérèse en tête d’affiche, parce que maintenant ça fait venir les gens, et plein d’autres personnages autour. Mais je vois déjà ce que ça coûte d’être seul, d’avoir les décors, les bandes-orchestres, les costumes…

Quel sont vos projets avec Marie Thérèse ?
On va jouer Marie-Thérèse Amoureuse jusqu’au 4 janvier. Ensuite, je dois rentrer en Suisse parce que j’ai un contrat à partir de juin 2004 jusqu’à décembre. Après, il y a la tournée qui est prévue en France. Et puis en 2006, un nouveau spectacle. Si on en a envie… Comme on fonctionne beaucoup au plaisir et à l’envie, qu’on a cette chance de pouvoir dire non parce qu’on produit, si on en a marre on arrêtera. On a cette liberté là.

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