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Kim Criswell, la Broadway Touch du Châtelet

Le dimanche 6 décembre 2009 à 9 h 25 min | Par | Rubrique : Rencontre

Kim Criswell dans The Sound of Music au Châtelet (c) Marie-Noëlle Robert

Kim Criswell dans The Sound of Music au Châtelet (c) Marie-Noëlle Robert

Kim Criswell, qu’est-ce qui vous a décidée à devenir une artiste de musical ? Y a-t-il eu un déclic ?
J’ai toujours chanté. Dès cinq ans, j’étais soliste à l’église. Quand La Mélodie du Bonheur est sorti, ce film est tout de suite devenu mon film préféré : je voulais être Julie Andrews ! Je crois que c’est le premier film – avec Mary Poppins – qui m’ait influencée. Vous aurez donc compris que j’adorais Julie Andrews. Je faisais tout pour l’imiter. A quinze ans, j’ai joué Maria dans une production locale de La Mélodie du Bonheur, dans ma petite ville du Tennessee. Je chantais avec l’accent anglais de Julie Andrews mais je disais mes dialogues avec mon accent du Sud ! Autant vous dire que c’était une version très étrange !

Vous avez fait partie de la production originale de Nine à Broadway. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?
Et dire que la version cinématographique de Rob Marshall va bientôt sortir ! Figurez-vous que Rob et moi étions amis à l’époque, nous débutions tous deux à Broadway. Rob est venu voir Nine parce que sa copine Kim était dedans ! (rires) Nine a pris deux ans de ma vie, j’avais une vingtaine d’années, ce fut une expérience extraordinaire… mais pas toujours plaisante ! 21 femmes, un homme… Cela ne donne pas toujours de très bonnes « vibes » ! On nous encourageait à être en compétition, ce qui ne faisait pas ressortir le meilleur de nous. On nous poussait à être des garces les unes envers les autres. Je n’ai pas vraiment apprécié cet état d’esprit.  Mon but est de trouver un environnement heureux dans lequel travailler. La méchanceté, les comportements désagréables, c’est une honte !
J’ai néanmoins gardé beaucoup d’amies du cast : Liliane Monteveccchi, Karen Akers… les rôles principaux, quoi. Les filles du chorus, je les ai perdues de vue. Pour ma part, j’étais dans le chorus et j’étais doublure de deux des trois rôles féminins principaux. Puis, j’ai repris le rôle de Claudia, et beaucoup de filles ne l’ont pas apprécié.
J’ai en tout cas appris une leçon : si on a une doublure, on peut choisir de s’en faire une amie ou une ennemie. J’ai choisi l’option « amie ».
Quand, plus tard, j’ai été titulaire du rôle de Grizabella dans la production de Los Angeles de Cats, je n’ai jamais traité ma doublure comme j’avais été traitée sur Nine !
La chose positive dans tout ça, c’est que j’ai appris quel type de comportement était approprié. Raul Julia, par exemple, qui jouait le rôle de Guido, était adoré de tous. Il était talentueux, gentil, avec des idées fortes. C’est mon modèle ! Comme c’était mon premier show à Broadway, et qui plus est un hit, j’ai eu le temps d’assimiler !

Dans les années 90, vous vous êtes installée à Londres. Parlez-nous de ce choix.
On m’a proposé de jouer le rôle-titre d’Annie Get Your Gun en province puis dans le West End, mais avant ça, j’avais fait beaucoup d’enregistrements en Angleterre avec la maison de disques EMI. Je suis partie là-bas… et je ne suis jamais revenue aux Etats-Unis. J’avais joué dans cinq shows à Broadway, j’avais joué Cats à Los Angeles, j’avais fait des tournées, et à ce moment-là de ma vie, enregistrer des disques était ce que je trouvais de plus excitant.
Je n’avais plus d’illusions concernant Broadway : c’est un job, la plupart du temps on a envie d’y aller, mais parfois non ! Le West End, c’est pareil, mais je trouve néanmoins que Londres est plus vivable que New York. Les acteurs de plus de soixante ans qui choisissent de vivre à Manhattan doivent souvent se contenter d’un studio, ou sinon, ils doivent aller vivre en banlieue. J’ai une meilleure vie à Londres. Et puis, j’ai épousé quelqu’un que j’avais rencontré sur Annie Get Your Gun. Le mariage s’est terminé depuis mais il a duré suffisamment pour que je reste en Europe. Ici, j’ai des opportunités que je n’aurais pas eues si j’étais restée à New York et mes amis de là-bas sont parfois jaloux. Si j’étais une Broadway girl, je n’aurais jamais pu jouer la Mère Supérieure dans La Mélodie du Bonheur au Châtelet. Tout ça, c’est grâce à l’Europe !

Vous avez l’air de beaucoup aimer le travail en studio…
Pour Annie Get Your Gun, que j’ai d’abord enregistré avant de jouer sur scène, j’incarnais le rôle principal, j’étais dans les studios d’Abbey Road, j’étais accompagnée par un orchestre symphonique. Comment ne pas aimer ? Vous savez, en télé ou au cinéma, ce qui compte, c’est que la caméra aime votre visage. Regardez Jude Law ou Nicole Kidman, je ne dis pas qu’ils ne sont pas beaux au naturel, mais à l’écran, ils sont simplement extraordinaires ! La caméra les rend encore plus beaux. Et bien, c’est la même chose avec un micro… Moi, la caméra ne m’aime pas, mais j’ai la chance que le micro aime ma voix !
C’est vraiment fun d’enregistrer des albums et j’ai dû en faire une bonne quarantaine. Ce qui est intéressant, c’est, dans cet espace limité qu’est un studio, devant votre micro, d’essayer de faire comprendre à l’auditeur la scène qu’il entend. Ce n’est pas juste une chanson : c’est du théâtre musical, et vous incarnez un personnage. Il faut donc inclure dans votre interprétation des éléments de jeu, bien entendu.

Vous avez interprété Porter, Berlin, Gershwin, Bernstein, etc. Vous êtes devenue une  spécialiste des musicals du répertoire…
Je suis heureuse que John McGlinn [NDLR : chef d’orchestre] ait lancé cette idée de restaurer et enregistrer cette série d’anciens musicals. Ce que j’aime particulièrement, c’est la finesse des orchestrations de l’époque. Aujourd’hui, tout est joué « forte », alors qu’avant, il n’y avait pas de micros pour amplifier les voix. On ne chantait donc pas en même temps que des percussions ou des cuivres, la voix se posait par-dessus des cordes ou des vents légers. Les orchestrations d’antan laissaient un espace pour la voix. De nos jours, on chante accompagné par des trompettes !

Vous avez beaucoup joué en France : au Châtelet, à l’Opéra Comique, à l’Abbaye de Royaumont… Comment cela se fait-il ? Vous aimez vous produire en France ?
C’est d’autant plus surprenant que je suis une Américaine ignorante qui ne parle pas un mot de français ! Mais visiblement, les gens sont assez arrangeants ici. Le public a toujours été extraordinairement chaleureux alors que le théâtre musical n’est pas une tradition, mais je crois que les Français aiment quand les choses sont faites avec authenticité et sincérité. Oui, j’aime bien jouer ici, c’est fun !

Quels sont les rôles que vous rêveriez de jouer ?
Aujourd’hui, j’arrive dans une autre catégorie d’âge. Si on me proposait de rejouer Annie Oakley, je répondrais que je suis assez vieille pour être sa mère ! En opéra, on peut se permettre d’être plus âgée que le rôle mais pas dans le théâtre musical. Je suis dans une tranche d’âge où je peux aujourd’hui jouer Gypsy : j’ai joué tous les rôles créés par Ethel Merman, il me manque Mama Rose , c’est évident ! J’aimerais aussi beacuoup jouer Do I Hear a Waltz, de Rodgers et Sondheim. Et puis aussi Mame, Hello Dolly… Toutes ces héroïnes qui ne sont plus des gamines !

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3 commentaires
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  1. Très belle interview, merci et bravo !

  2. MERCI beaucoup pour ce bel article !

    Je viens de mon côté d’envoyer un mail à la grande dame de Broadway qu’est KIM;

    J’avais pour son concert à la salle Favart, écrit un article dans la revue OPERETTE THEATRE MUSICAL afin de faire mieux connaître cette personnalité extraordinaire du théâtre musical anglo-saxon….

    Espérons que JL CHOPLAIN lui permette de revenir encore ( Mama Rose dans GYPSY? Carlotta dans FOLLIES?….pourquoi pas ??).

    Si vous avez des scoops…je suis preneur !

    Hervé.

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