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Kiss Me, Kate ! – La mégère apprit… à chanter !

Le jeudi 1 février 2001 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Kiss Me Kate ©DR

Kiss Me Kate ©DR

Musique et Lyrics : Cole Porter, Livret : Sam et Bella Spewac d’après La Mégère apprivoisée de Shakespeare

Création à Broadway le 30 décembre 1948 au New Century Theatre, à l’affiche pour 1077 représentations.

Principales chansons

Another op’nin, another show ; So in love ; Wunderbar ; Why can’t you behave ; We open in Venice ; Tom, Dick or Harry ; Too darn hot ; Always true to you in my fashion ; Bianca ; Brush up your Shakespeare ; I’ve come to wive it wealthily in Padua ; Were thine that special face ; I hate men ; Where is the life that late I led. ; I sing of love ; I’m ashamed that women are so simple.

Synopsis

Fred Graham et Lilli Vanessi, couple d’acteurs stars et divorcés sont réunis par un producteur pour jouer les rôles principaux de Shrew, une adaptation musicale de La Mégère Apprivoisée de Shakespeare. Leur mésentente cordiale, aggravée par la présence de Lois Lane, vulgaire maîtresse de Fred embauchée pour tenir le rôle de Bianca, sert judicieusement leur interprétation survoltée de Petrucchio et Katarina dans la pièce. Tout se complique lorsque l’un des danseurs, « adopté » par Lois, contracte une dette au nom de Fred dont la notoriété lui sert de garantie, provoquant alors l’arrivée de deux gangsters minables…

Thème

On l’a compris : les personnalités et les péripéties de la troupe de théâtre transposent fidèlement celles de la pièce elle-même. Les scénaristes ont astucieusement utilisé l’oeuvre de Shakespeare non pas en l’adaptant mais en la mettant en abîme dans leur comédie musicale. Cette architecture permet aux divers auteurs toutes les fantaisies artistiques par rapport à la pièce originale. Pour les chansons, Cole Porter a réussi l’exploit exceptionnel de rassembler dans une partition cohérente et abondante (17 chansons !) la plupart des genres musicaux qui existent dans le divertissement musical : l’opérette, le music-hall, le jazz, le cabaret, le madrigal, la ritournelle napolitaine, les rythmes latins, etc. C’est LA partition américaine par excellence, celle qui a mélangé tous les genres musicaux importés pour créer ce qu’on appelle depuis le music-hall américain. L’oeuvre est ainsi devenue une source inépuisable de standards divers, surtout pour les interprètes de jazz.

Si la structure des lyrics emprunte au style anglais classique, on n’en retrouve pas moins cet esprit incisif et sophistiqué qui caractérisait Cole Porter, celui-ci poussant encore plus loin que Shakespeare l’expression de la nécessité d’une certaine libération de la femme…

L’histoire derrière l’histoire

Si les compositeurs lyriques ont largement puisé dans l’oeuvre de Shakespeare pour leurs opéras, curieusement, aucun créateur de musicals anglo-saxon n’a fait de même. La transposition exceptionnelle, justifiée et très réussie de Roméo et Juliette a permis en 1957 de créer West Side Story, qui n’est pas loin aujourd’hui d’être considéré plutôt comme un opéra que comme un musical. Lorsqu’un producteur de La Mégère Apprivoisée, pour Broadway dans les années 30, demanda en 1947 à Sam et Bella Spewack d’en écrire une adaptation en comédie musicale, ils lui rirent au nez car ils étaient avant tout des intellectuels très en vue et ne voulaient faire une telle offense à une grande pièce de répertoire. Aussi, lorsque ce même producteur évoqua, au détour d’une phrase, les scènes de couple orageuses qu’avaient en coulisses, entre deux scènes, les deux protagonistes principaux, les scénaristes lui proposèrent d’utiliser l’anecdote comme point de départ éventuel d’un scénario fantaisiste qui se prêterait mieux à une comédie musicale. Il ne restait plus qu’à convaincre Cole Porter de se remettre à l’ouvrage. Celui-ci voyait sa carrière décliner depuis le terrible accident qui lui avait coûté les deux jambes ; en effet, les années 1940 avaient vu fleurir deux nouveaux types de musicals qui répondaient à la demande d’un public excédé par la guerre, et dans lesquels il n’était pas très à l’aise : ceux utilisant la variété de l’époque (le swing), et les opérettes exaltant l’âme américaine. L’opportunité de trouver une nouvelle formule musicale lui fut servie par ce sujet à la fois classique et contemporain. La distance prise par rapport à l’oeuvre de Shakespeare permettait d’utiliser sans risque de blasphème des éléments qui n’avaient rien à voir avec l’Italie du seizième siècle ou le texte original de la pièce. Le résultat fut sensationnel et triomphal, et donnait la même année une autre idée géniale à un célèbre couple : Jerome Robbins et Leonard Bernstein mirent ensuite huit années avant de trouver le meilleur moyen de transposer une autre pièce de Shakespeare. L’oeuvre inaugurait une nouvelle ère musicale. Les arrangements orchestraux sonnèrent le glas du son 1940’s pour créer celui indémodable que nous connaissons encore aujourd’hui , et tous les autres compositeurs de musicals durent reprendre leurs partitions en cours pour leur insuffler ce nouveau son. Les chansons furent immédiatement « annexées » par Ella Fitzgerald, Sinatra, Peggy Lee et nombre d’artistes de music-hall ou de jazz. Le texte, qui aujourd’hui encore n’a pas pris une seule ride, est un véritable régal de verve, d’esprit acide et de bons mots, et les diverses situations scabreuses permettent aux comédiens un jeu particulièrement déjanté.

Versions de référence

Toutes les versions enregistrées de Kiss Me, Kate sont réussies, tant les orchestres et les chanteurs prennent un plaisir évident à interpréter cette partition. Mention spéciale pour la production originale de Broadway : c’était le premier musical présenté en 33 tours et en stéréophonie (excusez du peu).

L’oeuvre détient d’autres « records » notables : premier musical de l’histoire à être monté à l’étranger (en Allemagne et en Autriche dès les années 1950), et unique musical monté à la Royal Shakespeare Company en 1987 à Londres.

L’adaptation cinématographique, bien qu’ayant éliminé quelques chansons (les moins bonnes d’ailleurs), déplacé certaines, et ajouté une (« From This Moment On » provenant d’un autre musical de Cole Porter, écrite pour Out Of This World en 1950, mais éliminée en répétitions) est restée fidèle à la pièce et fut une grande réussite du genre. Elle fut réalisée par George Sidney en 1953 à la MGM et eut un immense succès. Elle ajouta d’autres records à l’oeuvre : le film fut l’unique comédie musicale présentée en relief (avec lunettes) ; la partie de tap-dance d’Ann Miller sur « Too Darn Hot » fut le roulement de claquettes enregistré le plus rapide de l’histoire du music-hall ; enfin, last but not least : la chorégraphie dans le film. Celui-ci, avec le recul, apparaît aujourd’hui comme le tournant fondamental de la danse dans un spectacle, aussi bien sur scène qu’à l’écran.. Les ballets y furent confiés à la fois à un chorégraphe de la vieille tradition dont l’élégance avait servi dans les années 1930 les films de Fred Astaire et Ginger Rogers, Hermès Pan, et à un tout jeune débutant dont la participation fut LE manifeste d’un style qui allait révolutionner le monde du spectacle : Bob Fosse, dans sa première apparition cinématographique, y chorégraphiait et dansait, avec Carol Haney, sur « From This Moment O » un ballet devenu historique…

On ne regrettera jamais assez qu’aucun enregistrement n’ait été fait de la production de Mogador en 1994 avec Bernard Alane et Fabienne Guyon (l’adaptation était signée Alain Marcel)…

La version filmée sur disques audio MGM, CBS et Turner (avec Howard Keel, Kathryn Grayson, Ann Miller, Tommy Rall, Bob Fosse, Bobby Van) est bien sûr disponible en vidéo et DVD.

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