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L’air de Paris – La Ville Lumière dans le théâtre musical

Le jeudi 1 février 2001 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Dossiers

Liliane Montevecchi dans Follies en 1985 ©DR

Liliane Montevecchi dans Follies en 1985 ©DR

En 1998, Quasimodo et Esmeralda ont conquis les foules françaises avec le maintenant célèbre Notre Dame de Paris de Plamondon/Cocciante. Le roman était déjà un classique, et le spectacle a habilement transposé la tragédie de l’amour sans retour à une époque moderne. Aujourd’hui, Notre Dame a conquis Londres et se fait désirer à New York. Ces jours-ci, combien de touristes contemplent la belle cathédrale en l’ayant redécouverte grâce au spectacle, et aussi grâce au très musical dessin animé de Disney Le Bossu de Notre Dame ? Depuis que le dessin animé a été adapté à la scène à Berlin, les producteurs de Notre Dame de Paris et Le Bossu de Notre Dame se crêpent le chignon pour la conquête des théâtres des capitales. Ainsi, la rivalité entre Phoebus et Frollo se prolonge bien après les baissers de rideaux, pour les beaux yeux de ces belles dames : Esmeralda et la cathédrale.

« Folies Bergère » chanté aux… Folies Bergère !
D’autres hauts lieux parisiens davantage voués au plaisir ont fait l’objet d’un traitement à Broadway. Nine de Maury Yeston comporte la chanson Folies Bergère, chantée par un personnage ayant fait partie de la troupe. La chanson rend un bel hommage au célèbre temple de la beauté. Depuis peu le théâtre des Folies Bergère s’est tourné vers le Théâtre Musical. Et Nine y a été représenté en 1997, la chanson Folies Bergère y prenait une saveur délicieuse et toute particulière.

Mais revenons à la création à Broadway de Nine en 1982. Par soucis d’authenticité, l’interprète de Folie Bergère était une française du nom de Liliane Montevecchi, une grande habituée de la scène new-yorkaise. Si ce nom ne dit rien (pour l’instant) dans les contrées hexagonales, elle incarne à Broadway la femme mêlant gouaille et élégance avec cet accent frenchy dont raffolent les anglophones. Au sommet de son hommage a Paris, on placera son interprétation de la chanson… « Ah ! Paris » dans Follies in Concert (1985 – Stephen Sondheim), célébrant la ville comme la capitale de l’Amour. Elle a ravivé dans le coeur du public new-yorkais le mythe qu’ont crée entre les deux guerres (1918-1939) les nombreux artistes américains en villégiature à Paris. Parmi eux les compositeurs de Broadway George Gerschwin et Cole Porter. Ce dernier a même consacré ses premiers spectacles aux tribulations d’un playboy à Paris (Paris, Fifty million Frenchmen), faisant défiler sur scène des lieux de rêve: la Tour Eiffel, l’Hippodrome de Longchamp, le café de le Paix. Par la suite, Cole Porter est maintes fois revenu à Paris en chansons. En 1944, la ferveur francophile a été décuplée par les GI’s qui ont libéré la France. Un américain à Paris, c’est plus qu’un film musical – excellent au demeurant – c’est un programme qui soulève des montagnes d’envies et de fantasmes outre-atlantique.

Poursuivons notre tour des monuments de Paris. Et si l’opéra Garnier était hanté ? C’est l’histoire qui se raconte tous les soirs à Londres et à New York dans Le fantôme de l’Opéra (1986), le musical de Andrew Lloyd Webber. Côté scène, et surtout coulisse, le public suit pas à pas la relation forcément sous le signe de l’Amour, entre la jolie chanteuse douée et son admirateur défiguré réfugié dans les machineries de la maison d’opéra.

Autres lieux, autres personnages. Les jeunes étudiants idéalistes et désargentés du Quartier Latin sont des figures universellement connues. L’opéra de Puccini La Bohème (1896) a beaucoup contribué à les populariser dans une forme romantique. Un roman de Victor Hugo (le même auteur que Notre Dame de Paris) a dressé un portrait d’étudiants parisiens en lutte pour ses idées: Les Misérables. L’adaptation musicale contient des tableaux saisissants de combats sur les barricades des années 1830. Ils rappellent que Paris a toujours été un haut lieu du débat d’idées, parfois les armes à la main. La ville a été le creuset des grands mouvements politiques, artistiques et sociaux qui se sont propagés dans le monde entier, bref le phare qui éclaire l’humanité. Autant de prestige et de séduction n’ont pas échappé au théâtre musical, qui bâtit ses succès sur les mêmes arguments.

Ah, les petites femmes de Paris !
Mais Paris ne serait pas complètement ce qu’il incarne, s’il n’y avait ces femmes par lesquelles on voudrait être croqué. Il n’y a pas un seul type de femme, mais plutôt plusieurs qui tous ensemble incarnent l’idéal féminin parisien. D’un côté, elles peuvent être lestes et accortes, c’est le minimum syndical pour être danseuse de french cancan au Moulin Rouge. Mais on voudrait s’en faire des amies à la manière du peintre Toulouse-Lautrec qui les a si bien peintes. C’est ce qu’ont évoqué Cole Porter (Can-Can en 1953) ou Charles Aznavour (Lautrec en 2000 à Londres). Autrement, la Parisienne est élégante, glamour, et est souvent stylisée comme la meneuse de revue entourée et convoitée. Liliane Montevecchi en est la parfaite incarnation sur scène musicale. Un point commun revient chez elles toutes: Elles possèdent un coeur gros comme ça, tel celui d’Eponine dans Les Misérables ou Irma la douce dans l’oeuvre éponyme et elles sont prêtes au sacrifice pour leurs convictions et leur amour.

Paris a longtemps été une place de rêve pour le music-hall et le théâtre musical, jusqu’aux années 50 environ. Le public portait alors une grande affection à l’opérette et à la revue musicale. L’Air de Paris, créé en 2000, a remis au goût du jour des aspects jusque-là négligés de ce riche répertoire méconnu. Et faut-il rappeler cette évidence que la ville demeure un lieu superbe pour les amoureux ? Tout s’est passé comme si les Parisiens eux-mêmes découvraient en musique ce qui fait le charme de leur ville vu de l’étranger. Grand bien leur en fasse, Paris redevient ainsi une grande ville du théâtre musical, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Opéra, opérette, revue, comédie musicale, Paris a aimé tous ces genres de spectacles, il n’y a pas de raison que cela cesse au détriment de l’un ou l’autre. Paris sera toujours Paris, et en chansons c’est encore mieux

Les oeuvres citées
La Bohème (1896), Opéra de Giacomo Puccini.
Paris (1928), musical de Cole Porter (musique et paroles).
Fifty million Frenchmen (1929), musical de Cole Porter (musique et paroles).
Can Can (1953), musical de Cole Porter (musique et paroles).
Irma la douce (1956) de Marguerite Monnod (musique) et Alexandre Breffort (paroles).
Follies (1971), musical de Stephen Sohdheim (musique et paroles) et James Goldman (livret). Repris en concert en 1985.
Nine (1982), musical de Maury yeston (musique et paroles) et Peter Stone (livret). Création en France en 1997.
Les Misérables (1985), musical de Claude Michel Schoenberg (musique), Herbert Kretzmer et Alain Boublil (paroles). La version francaise originale avait été créée en 1980.
Le fantôme de l’Opéra (1986), musical de Andrew Lloyd Webber (musique et livret), Charles Hart (paroles) et Richard Stilgoe (paroles et livret ).
Notre Dame de Paris (1998), Comédie musicale de Richard Cocciante (musique) et Luc Plamondon (paroles).
Lautrec (2000), musical de Charles Aznavour.
L’air de Paris (2000), revue de Jacques Pessis.

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