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L’équipe de Quitter Paris – De l’écriture au showcase

Le mercredi 1 janvier 2003 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Eric Szerman ©DR

Eric Szerman ©DR

Benjamin Dupont-Jubien, lyriciste, et Eric Szerman, compositeur, ne se destinaient pas à la comédie musicale au départ. Tous deux se rencontrent sur les bancs d’une fac de gestion et se découvrent une passion commune. « Deux étudiants en gestion qui ne parlent que de comédie musicale, ce n’était pas courant à l’époque, se souvient Eric. Nous étions tellement accros que nous avons vite eu envie d’en monter nous-mêmes afin de pouvoir revivre ce que nous avions ressenti en voyant des spectacles comme Les Misérables, Miss Saigon ou Phantom ! »
« C’est comme ça que nous avons commencé à collaborer, en montant Les Misérables à la fac, ajoute Benjamin. Ensuite, nous nous sommes mis à rêver plus grand et à vouloir écrire. Sur notre route, nous avons aussi croisé Claude-Michel Schönberg qui décela notre passion après qu’on lui a envoyé notre première maquette. Il nous ouvrit sa porte et nous encouragea toutes ces années en nous donnant des conseils. Après ces premières années de développement personnel, nous auditionnâmes pour un atelier d’écriture américain professionnel – le BMI Musical Theater Workshop – qui avait formé des grands auteurs que nous admirions, comme Alan Menken et Howard Ashman. Nos espoirs étaient minces mais notre démo fut retenue et nous fûmes invités à New York à passer l’audition devant un panel de pros de Broadway. »

L’audition est réussie et Eric et Benjamin passent trois années au BMI à y apprendre l’art du théâtre musical. C’est à New York que naît l’idée de Quitter Paris. « A l’époque où nous avons commencé à en parler, nous travaillions sur le reading d’un gros show écrit au sein du BMI et nous galérions pas mal, nous explique Eric. C’était une pièce épique avec vingt-deux chanteurs, d’une durée de trois heures et entièrement chanté. Bref, un cauchemar à monter à petite échelle ! Nous plaisantions alors en disant que le prochain show serait une pièce intimiste avec trois chanteurs maximum. »

« Au même moment, nous passions aussi beaucoup de temps à voir des lectures de jeunes auteurs américains qui le plus souvent ne mettaient en scène que quelques chanteurs et portaient sur des problématiques d’aujourd’hui, ajoute Benjamin. Nous avons ainsi découvert des spectacles intimistes bouleversants et nous nous sommes laissés séduire par l’idée. Nous nous sommes dit : ‘Montons un petit show comme ça à Paris ! Ce sera l’occasion d’essayer ce qu’on a appris auprès du public français et de voir si ça marche’. »

Benjamin et Eric s’attèlent à l’écriture de Quitter Paris. « D’abord, nous écrivons l’histoire, précise Benjamin. C’est ce qu’il y a de plus important à nos yeux : une histoire bien développée et bien racontée. Une fois que la trame a été définie, nous faisons donc une sorte ‘d’inventaire’ des chansons dont nous avons besoin pour articuler les différents mouvements de l’histoire puis nous attaquons la composition à proprement parler. Là, les thèmes tombent souvent assez facilement car ils sont guidés par l’histoire et les personnages. »
« Je travaille alors sur la musique, poursuit Eric. Nous cherchons ensemble les différentes couleurs du show, les sonorités, les styles dont nous allons avoir besoin puis je compose à partir des textes que Benjamin me donne. Souvent, je ne respecte rien de ses textes et il doit tout ré-écrire derrière mais nous avançons toujours dans le même sens. Finalement, nous assemblons les chansons avec les scènes et nous polissons tout ensemble. »

Ce mois-ci, Quitter Paris prend vie sur la scène du Tambour Royal à l’occasion de deux showcases qui permettront de présenter le spectacle à des professionnels. « Un showcase nous permet de voir à moindre frais si notre style a un avenir ici ou pas, explique Eric. Nous adorerions monter Quitter Paris à grande échelle en France mais nous avons conscience qu’il nous faut d’abord prouver que notre style est viable. Idéalement, dans le futur, une production régionale ou parisienne serait l’idéal. En tous cas, même en imaginant le projet en ?grand’, la pièce est intimiste dans sa conception et le restera. »

En montant le projet, Eric et Benjamin rencontrent Philippe d’Avilla à qui ils proposent d’interpréter Paul, le rôle principal. Le jeune comédien-chanteur remarqué dans Roméo et Juliette s’investit d’emblée sur le projet. « Je cherchais un projet qui me donnerait plus de matière à jouer que Roméo et Juliette, explique Philippe. J’avais besoin de me confronter à un personnage et à des chansons moins évidentes pour moi. Je voulais un vrai challenge, humain et artistique. Le personnage que j’incarne est assez éloigné de moi et représente donc un vrai défi. En même temps, les crises par lesquelles il passe, ses remises en question et ses coups de gueule sont très proches de ce que je vis à l’aube de mes trente ans. »

Aux côtés de Philippe, on retrouve Rachel Pignot (Roméo et Juliette) et Emmanuel Curtil (Le Roi Lion, il chante dans la version française du dessin animé ? il est également la voix française de Chandler dans Friends). Les trois comédiens incarnent des jeunes gens en proie à des doutes existentiels, dans le Paris d’aujourd’hui. « On suit Paul dans les méandres de ses interrogations, explique Philippe, et on le voit petit à petit, au fur et à mesure de ces événements inattendus qui bouleversent sa vie, sortir de sa léthargie et passer de chrysalide à papillon. On a tous vécu ces moments où on se demande si on a pris les bons chemins, si on a réalisé ses rêves, si notre vie en vaut la peine. Paul est le catalyseur de cet état que nous connaissons tous, à travers sa prise en main, c’est notre quotidien que nous remettons en question. »
Au départ pressenti pour un autre rôle, Philippe demande à faire un essai pour le rôle de Paul. « Son audition nous a complètement bluffés, se souvient Eric, nous lui avons donc donné le rôle de Paul. Philippe est vraiment un comédien et un chanteur et il défend le même type de théâtre musical que nous. »
« C’est très excitant de participer à la création d’un spectacle aussi décalé par rapport à ce qui se fait d’ordinaire en matière de spectacle musical en France, ajoute Philippe. La conception du spectacle est très moderne, très jeune, très anglo-saxonne et aussi très populaire dans le sens le plus noble du terme. C’est un spectacle écrit par de jeunes, très ancré dans la réalité, simple sans être simpliste. On y retrouve aussi tout ce côté un peu ‘too much’ que j’aime tellement dans l’écriture contemporaine américaine des séries TV et du théâtre. Tout y est toujours ‘un peu plus’ que dans la vie en gardant ce côté humain et simple qui fait qu’on peut s’identifier complètement aux personnages et aux situations. »

En attendant les suites du showcase, Eric et Benjamin continuent à développer leurs projets. « Notre boulot en tant qu’auteurs, c’est d’écrire et de nous exposer, explique Benjamin. En attendant, nous travaillons avec une équipe incroyable et nous espérons que la route de Quitter Paris continuera après les lectures des 13 et 20 Janvier. »
« Notre route à nous continuera car nous avons toujours notre grande pièce épique à faire grandir à New York cette année et plein d’autres projets dans la musette, conclut Eric. »

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