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La Fabrique (Critique)

Le mardi 11 juin 2013 à 9 h 00 min | Par | Rubrique : Critique, Théâtre musical

Lieu : Vingtième Théâtre - 7, rue des Plâtrières - 75020 Paris.
Dates : Du 21 juin 2013 au 28 juillet 2013.
Horaires : Du mardi au samedi à 19h30. Le dimanche à 15h.
Tarifs : 20 €.

De Hugo Horsin.

Mise en scène : Hugo Horsin.

Avec Wohan Azzam, Etienne Belin-Debray, Marie-Alix de Bagneaux, Clément Brondel, Florent Chesné ou Alexandre Faitrouni, Kevin Dargaud, Pauline Deshons ou Laura Turcatti, Hugo Horsin, Julie Lavergne ou Eva Zink, Morgane Nairaud, Camille Bernon ou Tatiana Spivakova.

Une pièce burlesque, musicale, poétique, polyglotte, clownesque, tendre, familiale, industrielle, sonore, russe, farfelue, super, kitsch, cocasse, percussive, percutante, chinoise, festive, mécanique, ludique, artisanale, pas vue à la télé (mais bientôt), décalée, lumineuse, volumineuse, tout public…

Il était une fois, une usine. Un lieu mécanique, automatique et en plastique. On y suit les déboires d’une dizaine d’ouvriers surveillés par une directrice dont le pouvoir lui monte un peu trop à la tête. Les jours se ressemblent, un air de « vélo, boulot, dodo » et le travail à la chaîne déteint dangereusement sur les employés. Lorsque l’un d’entre eux les motive à pousser la chansonnette durant une pause-déjeuner, les travailleurs goûtent alors à un soupçon de liberté… Mais jusqu’à quand ?

Notre avis :

Difficile de ne pas être séduit par ce spectacle qui, tout empreint de modestie, avec peu de décors, quelques accessoires mais beaucoup d’inventivité, véhicule une profonde humanité et dont le propos prend tout son relief, à l’heure où l’actualité regorge des difficultés du monde de l’industrie, de la délocalisation des usines et des conséquences sur les employés. Ces derniers sont représentés ici déshumanisés par le travail à la chaîne et tyrannisés par une patronne aux allures de Soviet suprême. Devenus les anti-héros de cette fable, ils se réfugient, dès qu’ils sont sans surveillance, dans la musique, dernier havre de bien-être – puis de contestation – dans une atmosphère misérabiliste et oppressante. Sous son aspect un peu minable, et malgré des karaokés désastreux et des chorégraphies pathétiques, leur groupe vocal trouve pourtant sa justesse et sa justification car elle leur offre un espace d’expression et une occasion de retrouver leurs personnalités.

On rit volontiers des décalages entre les personnages, de leurs attitudes, de leurs emportements : chacun a sa nationalité, son histoire, ses manies. On savoure les citations et les reprises de succès internationaux (Billie Jean, Waterloo en… suédois, Sunny, Je ne veux pas travailler…), les sautillements passagers (The Bare Neccesities du Livre de la Jungle) et les moments de poésie bercés par le Clair de Lune de Debussy. Hormis les chansons et les truculentes interpellations d’un faux maître de cérémonie indien, le texte est quasiment absent : à peine quelques onomatopées et quelques monologues dans diverses langues du monde ou des sabirs non identifiés viennent compléter un langage plus universel, celui du corps. L’expression passe avant tout par les regards, les mimiques, le mime, le clown, les rythmes, les bruits récurrents, les tours de magie…

Si la succession des tableaux est certainement amenée à évoluer vers encore plus de fluidité, les comédiens, tous formidables, campent déjà leurs personnages avec beaucoup de conviction et de franchise. Un spectacle drôle à découvrir, sincère, qui rappelle, si c’était nécessaire, combien la musique fait du bien.

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