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Laurent Couson – Ange et démon

Le lundi 1 mai 2006 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Laurent Couson ©DR

Laurent Couson ©DR

A peine trente ans et déjà une carrière importante… Quand donc avez-vous commencé ?
A six ans ! Aussi loin que je m’en souvienne la musique a été ma grande passion. Mais curieusement, j’ai abordé la musique par la thérapie, car j’ai été un enfant un peu… difficile ! Enfant, je n’écoutais que de la musique classique, et ai commencé à composer dès l’âge de 10-11 ans des pièces que j’appelais déjà symphonies et requiems ! J’ai donc naturellement fait des études musicales classiques au conservatoire de Tours, puis à celui de Paris et ensuite à l’Ecole Normale Supérieure de Musique. Ma passion et mon engagement dans les diverses disciplines musicales m’ont fait obtenir plusieurs premiers prix alors que j’étais encore relativement jeune. Je n’ai fait que des classes théoriques (composition, analyse, orchestration), mais j’ai en parallèle eu une formation de trompettiste. En ce qui concerne le piano que je pratique le plus aujourd’hui, aussi bien pour la composition que pour l’interprétation sur scène, je suis complètement autodidacte.

Vous avez donc plus tardivement abordé le monde du théâtre…
Oui mais j’ai toujours été très intéressé par la littérature, le cinéma et le théâtre. Lors d’un séjour à New York où j’ai participé à la création d’une oeuvre off-Broadway (Zev), j’ai découvert le théâtre musical américain et cela a été un choc pour moi. Des compositeurs comme Stephen Sondheim, John Kander ou Cy Coleman sont arrivés à faire une synthèse extraordinaire de plusieurs genres musicaux pour créer leurs propres styles qui sont très personnels et originaux, tout en intégrant à leur recherche la composante textuelle et théâtrale. Je trouve que dans le domaine de la musique classique et de l’opéra, le travail de la théâtralité n’a pas été très poussé. La création est un peu trop tournée vers la richesse mélodique et harmonique et pas assez vers l’alliance avec la dramaturgie. Le rapport avec la musique seule ne m’inspire pas autant que le dialogue avec un texte, un metteur en scène, des comédiens, etc. Mon premier emploi a été à Radio France où j’ai surtout travaillé sur de la musique contemporaine. Lorsque je leur ai proposé de créer une comédie musicale, ils étaient plutôt inquiets car pas du tout habitués à envisager la théâtralité de la musique… Mais cela s’est finalement fait et c’est ainsi que j’ai créé Anges et Démons.

Avez-vous, comme l’immense majorité des compositeurs de comédie musicale, intégré la forme jazz dans votre travail ?
Bien sûr. D’ailleurs ma rencontre avec Didier Lockwood a été déterminante dans ma carrière. Il m’a propulsé dans le monde du jazz et m’a même permis de réaliser mon premier disque. J’ai ensuite été l’arrangeur et le directeur musical de plusieurs artistes dans ce domaine : Dee Dee Bridgewater, André Ceccarelli, etc.
J’ai également abordé le monde du cinéma qui m’intéresse particulièrement car il permet de synthétiser des genres musicaux très différents ; j’ai ainsi composé la musique des films les plus récents de Claude Lelouch (Les Parisiens, Le courage d’aimer).

Et vos autres oeuvres pour la scène ? Vos partenaires ?
Avant Anges et Démons, il y avait eu Vampires au Trianon, mais on va dire que je cherchais encore des choses… J’ai travaillé ensuite avec Bruno Agati sur Zapping. Nous allons d’ailleurs très prochainement retravailler ensemble pour une nouvelle adaptation de la pièce qu’il avait montée il y a quelques années : La mère qu’on voit danser. Je joue en ce moment Mon frigo me trompe avec Rémi Cotta qui en est également l’auteur. Rémi est un artiste complet aux talents multiples. Il est musicien, chanteur, auteur, costumier, décorateur, et pour moi c’est important, car son processus de création englobe plusieurs domaines relatifs à la scène. Je me sens sur la même longueur d’onde, car je considère que mon métier de compositeur doit également englober toutes les phases de la création musicale : l’écriture mélodique, l’harmonisation, l’arrangement, l’orchestration, le développement, etc. Le théâtre musical en France manque cruellement de ce type de compositeur, et cela peut handicaper la création. Il est fondamental qu’il y ait de la création, la recherche permanente d’une identité musicale, en particulier dans le domaine du théâtre car on ne peut se contenter de reprises ou de répliques de ce qui a déjà été fait.

Compositeur, est-ce un métier difficile ?
Oui ! Car c’est la solitude absolue. La solitude du musicien enfermé chez lui pendant des semaines entières, seul face à son piano… C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle j’aime être de plus en plus sur scène. Mon prochain spectacle, que j’écris en ce moment, Monsieur Luxure, sera interprété par moi-même, accompagné de mes musiciens. Mais je ne pense pas être un acteur dans l’absolu, c’est-à-dire que je ne me vois pas interprétant sur scène un texte ou une musique dont je ne sois pas l’auteur.
La seconde forme de solitude est plutôt le sentiment d’abandon dans lequel se trouvent beaucoup d’artistes en France. Il y a un véritable problème de la création où l’innovation fait toujours très peur, que ce soit au niveau des institutions publiques qu’à celui du mécénat privé. Le souci de la rentabilité est de plus en plus le moteur des choix artistiques. Les milieux professionnels ne savent plus reconnaître le talent. On en arrive parfois à ne plus pouvoir créer, car on consacre une grande part de son énergie à courir de tous les côtés, essayer de convaincre des tas de gens, à prouver que la recherche et la création doivent être soutenus, gérer des auditions, essuyer des refus, etc. A un moment donné, il n’y a vraiment plus de bonheur, et on est près de tout abandonner… Je peux très bien comprendre que de grands artistes, quel que soit leur domaine, finissent par quitter la France.

Vous avez quand même des projets en préparation ?
Bien sûr… Mis à part Monsieur Luxure dont je vous ai déjà parlé, je viens de terminer Portrait d’un Ange, adaptation originale du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde écrite par Jonathan Kerr et que nous espérons monter très bientôt.

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