Recherchez

Laurent Viel – Sur les traces de mai 68

Le mardi 1 novembre 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Laurent Viel ©DR

Laurent Viel ©DR

Pouvez-vous nous présenter votre nouveau spectacle ?
C’est le deuxième spectacle que je monte avec Les Palétuviers, la compagnie fondée par Marc Wyseur et moi-même. Nous l’avons conçu à deux. Notre projet consiste à mêler témoignages et chansons pour décrire un moment de vie. Notre premier spectacle, La mémoire qui chante, évoquait l’ensemble du 20ème siècle à travers les propos de personnes âgées qu’on entendait en voix off et des chansons que nous interprétions sur scène en rapport avec ce qui était raconté. Cette fois, on a eu envie de s’intéresser tout particulièrement à la période de mai 68. C’est une période qui nous faisait rêver parce que les gens descendaient dans la rue en masse en croyant que ça ferait avancer les choses. Il me semble que ces utopies manquent un peu au monde d’aujourd’hui. On a donc rencontré des personnes qui avaient été au coeur de l’action et on a construit un spectacle suivant la même formule que La mémoire en faisant alterner ces témoignages avec un choix de chansons. Il s’agit pour nous de se souvenir de cette période et de réfléchir aux échos qu’elle peut trouver aujourd’hui. On a vu une trentaine de personnes et on a sélectionné des chansons qui dataient de la fin des années 60 ou qui avaient une résonance avec ce qu’on avait envie de raconter.

Combien de temps vous a t-il fallu pour arriver au résultat final ?
L’idée est née il y a un an et demi – deux ans. Concrètement, les interviews ont commencé en septembre 2004 pour s’achever en décembre de la même année. On s’est mis à sélectionner les chansons entre janvier et février. Le travail musical a débuté entre avril et juin. C’est là qu’on a décidé ce qu’on allait faire des chansons. Ce qui nous intéressait, c’était de les faire voyager dans des rythmes et dans des périodes et de les mêler les unes aux autres. En juillet, je suis entré en studio pour préparer les arrangements avec Frédéric Mercier (j’avais conçu les arrangements vocaux avec Agnès Fourtinon) et enregistrer la bande son. Puis on a construit le spectacle en résidence, à la Scène Nationale du Creusot, en septembre. Marc Wyseur et moi avions commencé à écrire un synopsis sur le papier mais on a fini de le peaufiner en répétition car c’est là que tout se construit vraiment. Il faut savoir qu’on est arrivé avec beaucoup plus de matière qu’il n’y en a finalement dans le spectacle, aussi bien au niveau des chansons que des interviews.

Comment avez-vous choisi les artistes qui apparaissent sur scène ?
On retrouve sur scène les mêmes artistes que dans La mémoire qui chante, à savoir Agnès Fourtinon, Stéphanie Richard, Marc Wyseur et moi-même. Cette fois, on est rejoint par un musicien alors que le précèdent spectacle était uniquement soutenu par une bande. Vu la forme du projet, ce n’était pas gênant, mais c’est un vrai plus d’avoir quelqu’un pour nous accompagner. On a choisi un accordéoniste, Thierry Bretonnet, parce que l’instrument emblématique de l’époque c’est plutôt la guitare électrique. L’accordéon avait un parfum un peu bal-musette, un peu ringard. Ca nous amusait d’utiliser l’instrument mis au ban de cette période. Et c’est intéressant de voir comment rendent des morceaux de Jimmy Hendrix ou des Doors à l’accordéon. Nous aimons procéder par contrastes. A un moment donné, nous évoquons la guerre d’Algérie. Pour cela, nous avons pris une chanson de 1962 au texte extrêmement faible. Il s’agit de « Tous mes copains » de Sylvie Vartan. C’est complètement désuet, yéyé. A l’entendre dans un autre contexte, , cette petite chanson anodine prend une dimension émotionnelle super forte. On aurait, sans doute, été moins efficace avec une chanson au texte fort qui aurait immédiatement imposé quelque chose. Là, on n’impose rien. Les choses sont suggérées, voire décalées.

Le thème mis à part, quelles différences y-at-il entre ce nouveau spectacle et le précédent?
La mémoire qui chante était une succession de chansons liées par une dramaturgie. Pour Que reste-t-il… , on est plus dans du théâtre musical. On y chante mais on essaye de ne pas être chanteur, on essaye de gommer tout ce qui peut-être de l’ordre du numéro. Cette fois, c’est nous qui disons les textes inspirés par les témoignages et le passage du parlé au chanté se fait par le jeu théâtral. L’ensemble est aussi beaucoup plus écrit. La plupart des spectacles musicaux que j’ai vu et aimé comme Catimini ou Lucienne et les garçons sont extrêmement bien faits mais fonctionnent vraiment comme une succession de petits numéros. On avait envie d’un spectacle qui raconte quelque chose. On avait envie de se servir de mai 68 pour raconter l’homme, pour montrer que les utopies, même si elles n’aboutissent à rien, nous construisent, qu’elles sont un moteur.

Vous avez travaillé dans le cadre du théâtre subventionné. Quelle y est la place de la chanson ?
La chanson est un peu le parent pauvre du théâtre subventionné. Malraux disait que c’était un art mineur. En disant ça, je pense qu’il a fait beaucoup de mal à la chanson, même s’il a fait par ailleurs plein de belles choses. Il y a un grand nombre de résidences théâtre, de résidences danse mais pour la chanson on ne trouve pas grand chose. La chanson n’est pas considérée comme une part importante de la culture et nous, nous avons envie de montrer que si, on peut raconter plein de choses avec des chansons.

Vous appréciez le mélange du théâtre et de la chanson. Etes-vous attiré par la comédie musicale ?
J’aime la comédie musicale et je vais voir ce qui se fait à Paris. C’est vrai que j’aimerais bien faire ça. Mais j’en reviens toujours au même débat. Si je fais une comédie musicale, il faut qu’elle raconte quelque chose. Je n’ai pas encore vu Un violon sur le toit qui, je pense, a un propos fort. J’adore Créatures. Je trouve que c’est très bien foutu, très ludique. Mais ce que j’aime, moi, c’est Les parapluies de Cherbourg, West Side Story, bref, des comédies musicales avec une vraie histoire et où les chansons racontent aussi quelque chose. J’ai travaillé sur un projet formidable qui correspondait vraiment à ce qui me plaît. Ca s’appelait Quand la guerre sera finie. On a présenté ça sous forme de lecture plusieurs fois mais ça n’a jamais vu le jour autrement. Au niveau musical, ça a été une très belle expérience.

Vous chantez en solo, comment en êtes-vous arrivé à vous lancer dans des aventures collectives ?
Par le biais du théâtre. J’ai commencé par la chanson mais ce qui me plaisait au départ, c’était surtout de chanter des musiques. Je pouvais chanter n’importe quoi si la musique me plaisait. Puis, à un moment donné, j’ai senti que quelque chose clochait. Par hasard, j’ai assisté à la présentation d’un cours de théâtre où ils jouaient Lucrèce Borgia de Victor Hugo. J’ai pris une claque et j’ai passé une audition pour rentrer dans ce cours. C’est là que j’ai découvert Koltès, Tchekov, Shakespeare, Molière, Sophocle. Et c’est là aussi que j’ai découvert le travail collectif. J’aime l’idée de chercher ensemble. Aujourd’hui, j’ai besoin de travailler avec des gens même dans mon parcours solo. Je compose en association, je travaille avec des musiciens, avec une équipe. Et puis il y a eu cette merveilleuse rencontre avec Marc Wyseur, qui lui vient vraiment du théâtre. On est très différent dans notre façon d’être et de travailler mais on se complète formidablement bien.

Où en êtes-vous de votre carrière solo ?
J’ai sorti un album en avril. C’était un album d’aboutissement. Il y avait là des chansons qui existaient depuis trois-quatre ans. Aujourd’hui, je commence à préparer un nouvel album. Je dois entrer prochainement en création et, si tout se passe bien, il est prévu une résidence chanson au Creusot, sur la Scène Nationale, pour fin 2006 ou début 2007. Je suis en train de choisir les chansons et je me demande si, cette fois, je ne vais pas me mettre vraiment dans un rôle d’interprète. Pour mon premier disque, j’ai écrit certains textes. Beaucoup d’autres ont été écrits par Xavier Lacouture, mais j’amenais toujours une idée précise de ce que je voulais. J’ai aussi beaucoup composé et j’ai l’impression d’avoir fait un truc très introspectif, très centré sur moi. Maintenant, j’ai très juste envie de me mettre au service de belles chansons.

Partager cet article

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter
Tags : , ,

Un commentaire
Laisser un commentaire »

  1. […] “Les Palétuviers” (Laurent Viel, Agnès Fourtinon, Isabelle Bal et Marc Wyseur) interprètent “Les Play- Boys” de Lanzmann et Dutronc, une chanson de leur spectacle intitulé “Un siècle de chansons et nous”. […]

Laisser un commentaire