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Le tour de France de Gregory Benchenafi

Le dimanche 19 novembre 2017 à 11 h 08 min | Par | Rubrique : Rencontre

Sept ans après sa révélation dans « Mike, laisse nous t’aimer », l’artiste est en tournée avec le spectacle « Souvenirs, souvenirs » qu’il a écrit et qu’il met en scène. « Je revis depuis que j’écris » a confié à Regard en Coulisse celui qui sera aussi à l’affiche des futurs Parapluies de Cherbourg.

Grégory Benchenafi (c) DR

On vous avait quitté avec Mistinguett, qu’avez-vous fait depuis ?
Après la reprise au Comédia, jusqu’en janvier 2016, j’ai beaucoup écrit, et me suis produit dans de nombreux festivals d’opérette, à Aix-les-Bains, Nice, ou à Marseille, au Théâtre de l’Odéon. J’ai également été beaucoup sur les routes, lors de deux tournées avec la compagnie Trabucco. Je repars de nouveau avec elle, cet automne, partout en France, pour un spectacle que j’ai écrit et que je mets en scène : Souvenirs souvenirs.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette compagnie ?
Franck Trabucco et son père l’ont créée, il y a trente ans, avec, à l’époque, l’objectif d’offrir au « troisième âge » de belles et grandes tournées, telles celles d’Annie Cordy, de Marcel Amont, ou la dernière des «rois de l’opérette», Merkes et Merval. Aujourd’hui, ce sont évidemment de nouveaux spectacles, attirant un public rajeuni, mais il y a toujours ce souci de proposer du vrai théâtre musical, pour tous, partout en France, là où les autres ne vont pas forcément. Cette compagnie est sans doute la dernière à fonctionner en totale autoproduction sur quarante dates.

On vous a donc demandé d’écrire et de mettre en scène le spectacle pour la tournée d’automne-hiver…
On m’a simplement donné le titre : Souvenirs Souvenirs. Je trouvais trop facile d’écrire un énième spectacle sur les idoles. Je me suis plutôt dit, ‘racontons une histoire – celle de deux meilleurs amis travaillant dans un garage –, mettons-y de l’amour, des rebondissements, du suspense… et deux heures de chansons françaises. Des grands titres, que j’ai choisis car ils font avancer mon récit, même s’ils sont loin d’avoir été créés pour cela. J’ai réarrangé des chansons anciennes que le grand public connait et je les ai modernisées. Elvis, Bécaud, Voulzy, Sylvie Vartan, Aznavour… plus d’une vingtaine au total. Cela permet de faire redécouvrir les textes ou d’oser des versions décalées. Cette année, nous avons ainsi un « Rock Collection » totalement inattendu.

Et pour l’histoire ?
J’ai beaucoup travaillé. Je ne voulais pas d’un show qui n’en a que le nom, où l’on case deux phrases et puis on chante un tube de Johnny. Au contraire, j’ai écrit des personnages avec de vraies personnalités, des sentiments, et une histoire avec des ressorts de comédie de boulevard, parsemée de petits moments d’émotions. En les alternant, pour ne pas avoir un tunnel de rires ou de larmes. Mais je n’ai pas la prétention de dire que j’écris des choses extraordinaires. Je veux juste que les gens prennent du plaisir, qu’ils s’attachent au récit, s’y projettent, et quittent la salle heureux. Certains spectateurs nous attendent d’une année sur l’autre ! Le passage de la Compagnie Trabucco est devenu dans la plupart des villes, un vrai rendez-vous. Et nous accueillons tous les publics, de 7 à 77 ans, y compris ceux qui sont tenus éloignés des spectacles –pour des questions d’horaire ou d’éloignement–, comme les personnes hospitalisées, handicapées et qui peuvent venir avec le personnel hospitalier. On renoue avec la mission initiale de la compagnie : aller à la rencontre de tous.

La troupe de Souvenirs Souvenirs (c) DR

Qui retrouve-t-on sur scène ?
Une troupe composée de Roland Karl (Roméo et Juliette, tournée asiatique), Chiara di Bari (Hair, le Journal d’Adam et Eve, Roméo et Juliette, tournée italienne), Julie Wingens (Chance, Le Petit Prince…), Lys Nordet (Il était une fois l’opérette, Piaf), Jean-Louis Dupont, Régis Olivier (Blanche-neige et moi, Hansel et Gretel…), et moi-même pour certaines dates. On part à l’ancienne, en tour-bus, pour quarante spectacles.

Des spectacles en après-midi, et en province, vu de Paris cela peut faire sourire… et donner l’image de quelque chose de ringard…
Notre production a trente ans d’existence, cela impose déjà le respect. Et puis, notre troupe ne manque pas de talents… Mais je comprends ces a prioris : nous jouons en semaine, l’après-midi… le raccourci est rapide que c’est « juste » un « petit spectacle » pour la province. Je veux me battre contre ce cliché. Nous proposons de la qualité, autant qu’ailleurs. Les 30.000 spectateurs qui se sont déplacés l’an dernier sont d’ailleurs déjà nombreux à avoir réservé pour cette année. Mais je laisse chacun se faire une opinion en venant nous voir ! Je me dis souvent que nous faisons ce que faisait Molière : partir à l’aventure et jouer là où l’on veut bien de nous.

Que vous apporte le fait d’écrire ?
Gamin, je me mettais très souvent sur le toit de la maison de mes parents, en rentrant de l’école, et j’écrivais. Des histoires, des poèmes, des chansons. La vie et un certain formatage inévitable m’ont fait rentrer dans des cases. Je ne me sentais pas légitime d’écrire, j’avais peur du regard des autres. Aujourd’hui, mes priorités ont changé, je suis devenu père de famille, et ce regard ne m’importe plus. Je revis depuis que j’écris et que je peux m’exprimer à travers l’écriture ou la mise en scène. N’ayant fait ni école de théâtre, ni de comédie musicale, certains codes me manquent surement, et je suis conscient que je n’ai pas la culture théâtrale des gens du métier, mais il y a une chose que je sais, c’est comment on fait pour toucher les gens. Ceux qui sont dans la salle, mais aussi toute la troupe que je dirige et accompagne. Leur confiance est un bonheur.

Mais vous n’oubliez pas la scène…
Surtout pas ! En ce moment, nous sommes en pleines répétitions des Parapluies de Cherbourg. Je tiendrai le rôle de Roland Cassard, aux côtés de Camille Nicolas, Jasmine Roy, Marie-Catherine Baclin, Gaétan Borg, Franck Vincent, Julie Wingens… La première est le 15 décembre à Charleroi en Belgique. C’est une création inédite, qui promet d’être très surprenante au niveau scénique, avec une alternance scènes et vidéo filmée en direct.

Finalement, prenez- vous plus de plaisir sur scène ou dans l’ombre ?
Les deux évidemment. Michel Bouquet disait : « Je ne suis qu’un acteur, le métier réservé aux moins doués des artistes ». Notre métier, c’est donner du plaisir aux gens et en recevoir. Aucun artiste ne fait des choses sans avoir besoin d’amour en retour, ou alors il se ment à lui-même. Écrire ou jouer, c’est un bonheur pour moi.

Souvenirs-Souvenirs.
Du 3 novembre au 31 janvier 2018, dans toute la France.
Réservations : points de vente habituels, et toutes les dates sur http://www.compagnietrabucco.com/automne2017.html

Les Parapluies de Cherbourg
Dès le 15 décembre 2017, en Belgique et en France.
Toutes les informations sur: lesparapluiesdecherbourg.com

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