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Lee Blakeley, metteur en scène de A Little Night Music

Le lundi 15 février 2010 à 14 h 42 min | Par | Rubrique : Rencontre

Lee Blakeley

Lee Blakeley

Lee Blakeley, vous êtes avant tout metteur en scène d’opéras. A Little Night Music est-elle votre première comédie musicale ? Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?
C’est ma première comédie musicale dans un cadre professionnel. J’ai mis en scène ma première comédie musicale quand j’étais étudiant et c’était Gigi. C’est probablement pour ça que j’ai eu l’idée de demander à Leslie Caron de jouer Mme Armfeldt ! (rires) On m’a proposé ce projet il y a quelques années, j’ai été très surpris qu’on m’invite à Paris pour rencontrer M. Choplin [NDLR : directeur du Théâtre du Châtelet]. Il avait entendu parler de mon travail. Tout s’est fait très vite, c’était une réelle surprise.
J’ai déjà mis en scène des grandes opérettes comme La Veuve Joyeuse, Die Fledermaus. Je suppose que  l’opérette et la comédie musicale ont des formes relativement proches, et particulièrement dans A Little Night Music qui est une ré-interprétation de l’opérette moderne.
Je suis très content de pouvoir travailler dans le musical et dans l’opéra. Je ne vois pas de séparation entre les deux : au final, on travaille avec un matériel dramatique. Mes mises en scène d’opéra sont concentrées sur la narration, la dramaturgie, les personnages, dans ce sens-là, c’est donc très proche du monde du musical. Il faut toujours garder en tête qu’on communique avec un public, qu’on doit le toucher, et qu’on raconte une histoire.

Quels types de musicals aimez-vous ?
Je suis très éclectique. J’adore Kander et Ebb : dramatiquement et musicalement, tout est extrêmement bien utilisé. On n’a pas le sentiment de superflu.
J’aime aussi beaucoup les musicals de Rodgers et Hart, comme Pal Joey. Les lyrics de Hart sont moins romantiques, plus sombres et c’est ça qui m’intéresse.
J’aime aussi les grands spectacles : Le Fantôme de l’Opéra, Les Misérables. J’ai hâte de voir Love Never Dies [NDLR : la suite du Fantôme de l’Opéra]. Je pense que ça sera intéressant. Je suis donc très éclectique !
Et puis bien sûr, je suis un grand fan de Sondheim et je suis complètement terrorisé à l’idée qu’il vienne à Paris voir le spectacle. On espère tous qu’on sert son œuvre dans le bon sens et qu’il sera heureux avec ce qu’on a fait !

Qu’aimez-vous à propos de Sondheim ?
Il est à la fois parolier et compositeur, ce qui fait que tout est extrêmement bien placé, bien choisi. Il n’y a pas de compromis dans la musique et le texte. Il ne met pas une priorité sur la musique ou sur le texte. Ils ont une part égale.
A Little Night Music est exceptionnel dans le sens où on est sans cesse confronté au monde intérieur des personnages. Dans beaucoup de musicals, les personnages se chantent des chansons aux uns aux autres. Mais ici, même dans un duo ou un trio, on voit ce qui se passe à l’intérieur de leurs pensées. Le fait de se plonger ainsi dans leur psychologie vous donne un espace pour jouer. La matière avec laquelle on travaille est géniale, donc, en tant que metteur en scène, ça vous aide énormément. Quand on a des œuvres « mineures » ou qui n’ont pas marché, on se dit qu’on peut les aider, trouver un angle pour les aborder. Avec Sondheim, mon travail est juste de laisser l’œuvre s’exprimer, de la présenter de la façon la plus honnête. C’est tellement bien écrit qu’on n’a pas besoin de la réinterpréter ! C’est une vraie joie.

Avez-vous un musical favori chez Sondheim ?
(longs rires) Je vais être diplomate. Il change de forme à chaque fois. Ce n’est pas comme les musicals de Rodgers et Hammerstein qui reposent sur un même format. Par exemple, avec Company, Sondheim a réinventé la forme et transformé notre perception du musical. A Little Night Music nous emmène ailleurs, dans une pastiche d’opérette, Sweeney Todd est plus opératique… Ils sont tous tellement incroyablement différents qu’il faut considérer leurs propres mérites.
Un de mes musicals préférés est Gypsy dont il a écrit les paroles… ce qui ne veut pas dire que je préfère ses paroles à  sa musique. Mais Gypsy est le musical des musicals. Avec toutes ses références au monde du spectacle, les gens de théâtre aiment tous Gypsy.
Mais je dois dire que j’adore A Little Night Music pour la richesse et la variété des personnages, la gamme des émotions humaines, la complexité qui traverse la pièce du début à la fin. Enfin, j’adore la partition de Sweeney Todd : c’est un chef d’oeuvre.

Comment décririez-vous votre mise en scène de  A Little Night Music ?
Grande ! (rires)

Pas plus grande que les mises en scène d’opéra dont vous avez l’habitude ?
En fait, il ne faut pas faire grand juste pour faire grand. Ici, au Châtelet, on me donne l’opportunité de m’amuser avec un classique du musical et lui donner le traitement qu’il mérite. Et on peut le faire dans ce type de théâtre car il peut soutenir ce genre de production. Actuellement, le théâtre musical souffre légèrement du syndrome : « on peut faire ça pour moins d’argent ». On perd la qualité de la musique en réduisant les orchestrations, et les gens qui découvrent une œuvre pour la première fois ne savent pas forcément que telle partie aurait dû être jouée par un hautbois plutôt qu’un violon, par exemple. Ici, on a la possibilité de jouer la musique telle qu’elle a été écrite. Je sais donc que la musique va être riche, pleine. Et donc visuellement, ça doit suivre.
Nous sommes partis du matériel original, nous avons revu le film de Bergman, nous avons picoré des choses ici et là sans pour autant en être esclaves, car Stephen Sondheim et Hugh Wheeler [NDRL : auteur du livret] n’en étaient pas esclaves eux-mêmes.
Je suis très intéressé par les deux univers très différents des deux actes. J’ai vraiment voulu mettre l’accent sur ça au niveau visuel, avec les créateurs de décors et de costumes. Le premier acte, ce sont des intérieurs : des chambres, des théâtres et encore des chambres. Au deuxième acte, nous allons à la campagne et là, l’espace s’ouvre, et tout est possible. Sur cette production, nous avons travaillé afin que ces deux univers contrastent et qu’on n’ait pas l’impression d’être tout le temps dans le même endroit. Il y a donc des moments de réelle intimité mais également, dans la grande tradition du musical, il y a des moments de grand spectacle. On essaie de faire  en sorte que les grands numéros ne surviennent pas de façon inopinée mais que tout soit connecté.

Vous avez une distribution très éclectique, avec des artistes qui viennent du lyrique, du musical, ou encore Leslie Caron qui vient…
… du Paradis ! (rires)

Comment la distribution s’est-elle faite ? Comment fonctionne-t-elle ensemble ?
Quand le Châtelet m’a demandé de faire la mise en scène, ils m’ont dit qu’ils voulaient Lambert Wilson dans le rôle de Frederik, j’ai dit : très bien, casting magnifique. Puis, on a travaillé étroitement pour le reste de la distribution. Pour Mme Armfeldt, je me disais : c’est une courtisane sur ses vieux jours, qui repense à son passé.  Et puis, on sait que Mme Armfeldt a eu un passé glorieux, et Leslie aussi. Et je ne voyais pas qui d’autre que Leslie pouvait comprendre cette tradition du théâtre musical. On l’a contactée et elle a dit oui !
Ensuite, il faut équilibrer l’univers sonore. Le quintette est le lien entre le public et l’histoire et il chante une partition très complexe. Je voulais donc de très bons chanteur lyriques qui puissent jouer la comédie également. Le mélange de leurs voix porte le spectacle vers cette qualité proche de l’opérette.
Quant à Greta Scacchi dans le rôle de Désirée, elle peut chanter, elle ne se contente pas de parler. Son « Send In The Clowns » n’est pas lyrique, mais il est très sincère.
Et puis, il y a Petra [NDRL : la servante] qui a son propre univers musical. Nous avons donc choisi Francesca Jackson qui vient du théâtre musical.  Son approche technique est complètement différente.
Et tout ça coexiste très bien car il y a l’univers terrien de Petra, celui, aérien, classique, du quintette, et il y a les acteurs. Cela donne la notion de classes qui existe dans la pièce, cela ajoute une richesse qu’on n’aurait pas eue si on n’avait choisi que des chanteurs lyriques. Il ne faut surtout pas oublier que dans le théâtre musical, il faut avoir des comédiens ! La priorité n’est pas toujours la beauté de la voix, ce qui compte c’est la communication et raconter l’histoire.

N’est-ce pas frustrant de ne jouer que six représentations ?
Si ! (rires) En même temps, je comprends : c’est une œuvre qui ne fait pas encore partie du répertoire. Je trouve ça très courageux de la part de M. Choplin de la présenter au public parisien, mais il faut penser aussi en termes commerciaux : il vaut donc mieux commencer par six ! Et si vous désirez plus, nous reviendrons peut-être plus tard ! Qui sait ? La production existe maintenant.
De toute façon, que vous montiez un spectacle pour une représentation ou pour un an, vous voulez qu’il soit le meilleur possible. Pour moi, c’est la même somme de travail au départ, et ce travail s’achève le soir de la première.

Est-ce votre première mise en scène à Paris ? Et qu’attendez-vous du public parisien ?
Honnêtement, je ne sais pas. Nous avons fait des choix « chics et sophistiqués » et c’est la réputation que les Parisiens ont ! C’est élégant, j’espère que ça trouvera un écho ici.
Et puis, il y a cette idée, en Angleterre, que les Français n’aiment pas la comédie musicale. Je ne pense pas que ce soit vrai. Quand on voit ce qu’a proposé le Châtelet : West Side Story, The Sound of Music, on a l’impression qu’il y a une soif de musicals. Je vois des affiches du Roi Lion dans toute la ville… Je crois qu’il y a ici une réelle passion pour ce genre.

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