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Les bonnes

Le dimanche 27 mars 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Critique, Spectacles divers

Lieu : Théo Théâtre - 20 rue Théodore Deck 75015 Paris - Métros Convention, Porte de Versailles ou Boucicaut
Dates : du 19 février au 8 mai 2005
Horaires : samedi à 17 h, dimanche à 19 h
Tarifs : 19 ?, adhérent : 15.5 ?
Informations supplémentaires : 01 45 57 92 74

Pourquoi monter à nouveau Les bonnes, la plus jouée des pièces de Genet ? Parce qu’elle est anti-bourgeoise. Cette caste n’a rien perdu de sa suprématie depuis 1947, date d’écriture de la première version de la pièce. Le parti pris de la compagnie du Théâtre de Sarah accompagne l’auteur sur son terrain de chasse favori. Cette mise en scène collective montre les deux soeurs, deux bonnes, comme au travers d’un trou de serrure. Claire et Solange, domestiquées par leur employeur, se laissent aller à leurs jeux favoris. Le temps d’un saut dans l’imaginaire, et sans autre public qu’elles-mêmes, elles changent de peaux, de parfums, de parures, dans la chambre de leur maîtresse. Cette Madame qui les fascine et qu’elles détestent s’apprête à être mise au ban de la bonne société, suite à l’emprisonnement de son époux.
Plutôt que d’accentuer le manichéisme qui nuit parfois aux représentations théâtrales de la lutte des classes, ce travail nouveau creuse les rapports fascinés, sensuels, presque lesbiens des deux soeurs. Madame est clairement un fantasme. Celle des deux employées qui endosse son rôle ou sa tenue devient un objet de désir palpable. C’est joué avec souplesse et humanité dans la première partie de la pièce et surtout, c’est crédible. L’apparition de Madame, mi dédaigneuse mi-détruite, laisse monter les haines recuites et les envies de meurtre, avec une interprétation souveraine qui n’étouffe pas l’inimitable prose de Genet. L’espace scénographique, entre la rondeur d’une piste de cirque et les candélabres d’une chapelle, soulève encore le propos. Enfin, un chant d’amour venu d’une seule voix souligne et réactive le texte sans s’y mélanger. Il ajoute dans ce flux politique un piment d’amertume ou une tendre caresse. L’ensemble place ces bonnes là au point culminant de l’utilité théâtrale.

Luc Biecq

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