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Les Tony Awards 2005 – De Spamalot à Light in the Piazza

Le mardi 7 juin 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

The Light in the Piazza ©DR

The Light in the Piazza ©DR

New York est la cité des anges du théâtre et du musical. Ici, les étoiles ne sont pas frappées sur le pavé de la 42ème rue, elles sont sur scène, devant un public nombreux, huit fois par semaine pendant des mois, des années parfois. Broadway est au spectacle sous les projecteurs ce que Hollywood est au spectacle par projecteurs. Hollywood a ses Oscars, Broadway a ses Tonys. Et ce dimanche 5 juin, dans le mythique Radio City Hall, s’auto-congratulait le gratin de professionnels du live entertainment.

Ici comme ailleurs, le téléspectateur est invité à consacrer un peu de son temps de cerveau disponible pour participer à la fête, où sont servis les traditionnels discours de remerciements, longs et confidentiels. Que peut-on donc retenir de la saison 2005 pour les musicals ?

A l’issue de cette 59e cérémonie, le grand vainqueur est un show presque passé inaperçu pour les non initiés. Programmé au Lincoln Center, ce qui marque son exception culturelle, hors du brouhaha commercial de Times Square, The Light in the Piazza est comme un havre de paix sur Upper West Side, une douce carte postale animée de Florence dans les années 50. Ne cherchez pas ici les claquettes, le razzle dazzle et le swing ; l’univers est plutôt formel, artistique et lyrique, à deux pas de l’opéra. Outre le meilleur premier rôle féminin et la meilleure partition, le show rafle tous les Tonys techniques : éclairage, orchestre, costumes, décor.

Spamalot est le Poulidor des Tonys 2005. Gavé de nominations (14), il n’en concrétise que trois, dont celle du meilleur spectacle, la plus convoitée pour des raisons commerciales. Il s’agit d’un remake en musique du film Sacré Graal, par Eric Idle, l’un des Monthy Python lui-même. Les critiques suggèrent que l’humour médiéval de bon aloi tombe en ruines et que les chansons sont façonnées à la mode Broadway au marteau à enclume. Autant dire, la délicate lumière de la renaissance italienne n’a point atteint cette place là !

Le dernier Tony prestigieux est attribué à l’un des deux premiers rôles masculins de Dirty Rotten Scoundrels, le seul pour 11 nominations ! Le spectacle met en scène des escrocs spoliant des femmes sans défense, croient-ils. Là encore, il s’inspire d’un film de cinéma et plaque une partition originale sur un scénario qui l’est moins. Du coup, les acteurs ont beau être brillants, cela sonne un peu comme une pièce de théâtre entrecoupée d’interludes de chansons de variété. Les quelques touches qui font la magie de Broadway manquent : dialogues articulés tout en chanson et artistes complets à la fois acteurs, chanteurs et danseurs. Malgré tout, ils étaient deux nominés, professionnels d’égale mesure, mais dont l’un avait un rôle moins extravagant que l’autre. Le jury aura considéré que la récompense devait aller au plus… tony-truand de la paire !

Enfin, un spectacle transfuge de Off-Broadway avait fait sensation l’an dernier : l’extraordinaire Avenue Q ! Cette année, l’exploit faillit être récidivé par un autre transfuge encensé par la critique : The 25th Annual Putnam County Spelling Bee. Ce show au titre incompréhensible pour une personne de culture non américaine – comme tout le reste de la pièce d’ailleurs – tourne en dérision l’une des compétitions les plus célèbres du pays : le Spelling Bee, un concours national d’orthographe à mi chemin entre la dictée de Pivot et le Concours Général. Spelling Bee reçoit le Tony du meilleur livret, car il est bon d’encourager les créations, et celui du meilleur second rôle masculin. Cependant, le spectacle manque de charme et restera hermétique à bon nombre de spectateurs européens de passage.

Il reste à mentionner La Cage aux Folles, Tony des meilleurs revival et chorégraphie. Pour nous autres Français, La Cage et son French Cancan à plumes et poils peuvent sembler un revival de trop. Son challenger, Sweet Charity, la production la plus médiatisée du moment, aurait été un choix plus original. La vedette, Christina Applegate, habituée des feuilletons télévisés, nous a tenu en haleine pendant des semaines. La pauvre s’était cassé le pied lors d’une avant-première à Chicago. Le show fut annulé, puis relancé sur l’insistance de l’artiste, décidée à braver le destin, à l’instar de son personnage dans la pièce. Tant et si bien qu’elle finit nominée pour le Tony du meilleur premier rôle féminin. Mais le rêve s’arrête là, puisque Sweet Charity n’obtient rien. Certes, Applegate n’a pas la stature d’un premier rôle sur Broadway, mais son ingénuité, ses maladresses et sa ferme volonté la rendent extrêmement crédible dans le rôle de Charity. Tout le reste de la production est un sans fautes.

Alors, si l’on vient passer quelques jours à New York, tant que l’Euro reste fort, que peut-on donc aller voir sur Broadway ? Eh bien à moins que vous soyez adeptes des salons où l’on discute uniquement des pièces à la mode, allez donc voir les Tonys des années précédentes : Avenue Q, Chicago, Hairspray, The Producers et Wicked. Ces derniers étant encore pris d’assaut par des hordes de fans inconditionnels, vous pouvez vous rabattre sur le mal aimé Sweet Charity, grand perdant des Tonys mais merveilleux spectacle multicolore !

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