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Les vingt ans d’Orphée-Théâtre(s) par son créateur : Jean-Michel Fournereau

Le vendredi 2 novembre 2012 à 10 h 22 min | Par | Rubrique : Rencontre

Quel bilan tirez-vous de ces vingt ans ?
Je me rends compte que nous avons travaillé comme des fous ! Imaginez : plus de 50 créations , le théâtre musical sous toutes ses formes, comédie musicale ou opéra… Parfois d’énormes spectacles avec 70 artistes sur scène, mais aussi de petites formes de cabaret et des spectacles de rue. Nous avons engagé des centaines d’artistes, co-produit avec de nombreux théâtres et compagnies, obtenu, en plus des aides du département Morbihan et Région Bretagne, des subventions du Ministère de la Culture ou d’Arcadi Île de France. Des tournées en France et en Allemagne (où j’ai fait ma formation, vécu et travaillé plus de dix ans). Ce sont vingt années incroyablement riches en rencontres, émotions, grandes joies (et parfois grands découragements !). Au tout début, nous avions créé avec mon frère Gilles et un ami, Pierre Kechkéguian, aujourd’hui directeur du Théâtre d’Auxerre, le Festival « Not’en bulles », qui a peut-être été le tout premier festival entièrement dédié à toutes les formes de théâtre musical, et dont vous avez parlé généreusement dans vos articles : plus de 7000 spectateurs sur quatre jours chaque été, dans notre petite ville bretonne d’Auray ! Le festival a vécu 17 ans , mené avec une énergie incroyable par une équipe de 40 bénévoles. Un peu plus tard, et parallèlement au festival, nous avons créé le Tremplin Jeunes Talents , qui a été parrainé, entre autres, par Marianne James, Jean-Luc Revol, Alain Surrans, Anne Baquet, Isabelle Aboulker, Jérôme Pradon, Pierre Jacquemont, Stéphan Druet, etc. Depuis trois ans, nous avons préféré arrêter le festival (trop lourd à gérer) pour mieux faire tourner nos créations. Ce fut un bon choix, qui nous a , entre autres , ouvert les portes de l’Opéra de Paris !

Quelles sont les oeuvres majeures, celles qui ont le plus compté et pour quelle raison ?
Gianni Schicchi, un opéra de Puccini avec marionnettes, par exemple : cinq ans de préparation, des journées d’auditions, une recherche usante de partenaires financiers… le pari fou de faire manipuler des marionnettes (de 70 cm à 2 mètres !) par des chanteurs d’opéra, et à l’arrivée, un spectacle accueilli partout avec un enthousiasme fou, et donc l’Opéra de Paris ! Mais surtout, ultime récompense pour le metteur en scène/directeur artistique que je suis : la troupe réunissait  de jeunes chanteurs que j’avais accompagnés pour certains sur plusieurs années dans notre festival, et presque tous sont maintenant encensés par les professionnels et la presse , débutant de superbes carrières à l’Opéra Bastille, Opéra Comique, grands festivals internationaux… Pour les musicals, notre fierté a été de monter de grands spectacles (L’homme de la Mancha, Un violon sur le toit, La petite boutique des horreurs, etc.) avec toujours un orchestre et pas de bande son, allant, pour Anges et démons de Laurent Couson et Dorine Hollier, à 15 musiciens pour douze solistes chanteurs.

En vingt ans, la situation concernant le théâtre a-t-elle changé ?
Nous étions  des « pionniers », surtout en Bretagne. Le « théâtre musical », ça ne disait pas grand chose et, à part Starmania , le musical n’avait pas franchement de succès. Et puis voilà, année après année , les initiatives se sont développées partout : Diva, Regard en Coulisse, le festival des musicals à Béziers , les concours et tremplins divers, le travail de nombreuses compagnies , 42e rue sur France Musique, l’évolution du Châtelet délaissant le classique pour les grands succès de Broadway, l’arrivée de Stage Entertainment et le virage Roi Lion, en parallèle les « grosses machines commerciales » …  Les propositions se sont multipliées, le public a grandi , le terme « théâtre musical » apparaît de plus en plus dans les brochures de programmation,  Stephen Sondheim n’est plus complètement inconnu… et , pour beaucoup, ça console de : « Aimer, c’est c’qu’il y a de plus beau ! »

Comment est née l’aventure Triwap et quelles sont les caractéristiques de ce groupe ?
Jean-Michel Fournereau : Emmanuel m’a présenté son trio il y a un peu plus d’un an, dans un festival où ils se produisaient en concert. J’ai tout de suite été emballé par leurs chansons, leurs arrangements et le charme incroyable qui rayonnait sur scène. Nous avons alors imaginé ensemble de transformer le concert en véritable spectacle théâtralisé. Ma compagnie a porté la production, je leur ai proposé une scénographie et j’ai travaillé avec eux la mise en scène, leur jeu d’acteur et inclus quelques scènes de liaison. Est né le spectacle Triwap : Et si on s’en mêlait ?!, présenté tout l’été à guichets fermés au festival Off d’Avignon … Alors , je vous présente « mes garçons » et les laisse répondre ! Voici « le grand blond », Emmanuel Lanièce (voix/piano/guitare), un des lauréats de notre Tremplin , « le grand brun » Martin Pauvert (voix/contrebasse/guitare/piano) et … « l’un peu moins grand » Pierre Leblanc (voix/trombone/flûte) ..
Pierre : L’aventure a débuté il y a trois ans à Paris, mais nous nous connaissons depuis dix ans, nous étions à la fac de Rennes…
Emmanuel : Nous sommes tous les trois musiciens de formation « classique » : Conservatoire, Maîtrise. Nous nous sommes très vite trouvé des affinités musicales, aussi bien pour les styles que pour les références.
Martin : Ce qui a fait la force de ce trio dans un premier temps c’est que l’on avait des goûts musicaux communs (jazz, salsa, funk, variété, classique), des « références » communes (Trénet, Nougaro, Montand, avec qui on avait « grandi ») bien que nous venions d’univers différents. Chacun de nous a beaucoup appris au contact des deux autres, en s’imprégnant de leurs univers.
Pierre : On peut dire que c’est « comme ça », sans s’en rendre vraiment compte, qu’est né Triwap, le plaisir de chanter à trois voix, de réarranger des standards que nous aimions, de composer des chansons en se moquant avec tendresse des petits travers de nos semblables mais aussi et surtout de nous-mêmes.
Emmanuel : C’est la polyvalence des musiciens qui fait la force de ce projet. L’éclectisme des genres (classique, swing, latino, chanson) nous amène à créer un « genre »… Une particularité dans l’harmonie et la polyphonie vocale et l’arrangement instrumental dans un esprit acoustique et humoristique. L’interactivité avec le public a une place très importante dans l’ écriture des chansons.

Quels sont vos projets ?
Jean-Michel Fournereau : Tout d’abord , le succès de Triwap nous entraîne en tournée vers de prestigieux festivals, et nous espérons bien entendu prolonger l’aventure à Paris, qui débute au Ciné 13 Théâtre. J’encourage les garçons à écrire de nouvelles chansons, et nous ferons également appel à de nouveaux auteurs. Mais Orphée-Théâtre(s) portera aussi de nouveaux projets : il y a par exemple l’adaptation d’un roman en cours (nous lancerons bientôt de nouvelles auditions pour former la troupe), de nouvelles co-productions avec des ensembles prestigieux, notamment en Bourgogne, de nouvelles aventures avec le Tigerpalast à Francfort, une Madame Butterfly… et le prochain anniversaire : mes 50 ans, dont 30 sur scène, dirigé, entre autres, par : Jean-Luc Revol, Didier Ruiz, Harry Kupfer, Eberhard Streul, Vincent Vittoz, Eric Chevalier, Jean-Louis Benoît , Julie Taymor /John Stefaniuk…
Pour en savoir plus sur Triwap, consultez leur site.

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