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Leslie Caron – Entre Hollywood et la Bourgogne…

Le lundi 1 juillet 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Leslie Caron ©DR

Leslie Caron ©DR

Qu’est-ce qui vous a poussé à ouvrir cet endroit ? Mon grand ami Jean Renoir était bourguignon par sa mère, qui venait du petit village Essoye. Lorsque nous nous voyions à Hollywood, il me parlait toujours de la Bourgogne. Pour moi, cette région possédait donc un charme mythique, légendaire. Je ne désirais qu’une chose, c’était trouver quelque chose là-bas. J’ai acheté la maison de campagne d’un ami, à 4 kilomètres de Villeneuve sur Yonne. Allant faire mes courses dans cette ville, je remarquais toujours ces quatre petites maisons bloquées sur le bord de l’Yonne. J’étais étonnée que personne ne profite de la perfection du site pour développer une activité professionnelle. Un jour, avec mon fils, nous avons repéré la pancarte « à vendre » sur la première maison. Nous avons demandé au notaire de pouvoir acheter les trois autres, l’engrenage était enclenché ! Il a fallu décider quoi en faire. Nous avons fait des études, c’était trop cher de restaurer ces ruines pour en faire des maisons privées, il fallait aboutir à une activité professionnelle. Au départ je voulais faire un festival de théâtre et de musique sur l’eau, mais la commune n’était pas intéressée et n’a pas débloqué d’argent. Les travaux de restauration étaient déjà entrepris. J’avais pris le parti de faire quelques appartements et un petit restaurant. Au final, nous avons fait une grande salle de restaurant et quatre chambres d’hôtel. En résumé, rien n’était prévu au départ de ce que nous avons maintenant. Je ne voulais même pas gérer cela moi-même, mais la personne que j’avais trouvée s’est désistée à la dernière minute, et voilà comment je me suis retrouvée à diriger l’établissement ! Me voilà copropriétaire d’une auberge qui désormais marche très bien et me donne beaucoup de plaisir.

Avez-vous abandonné l’idée d’organiser des spectacles ?
Pour la première fois, ce printemps, j’ai donné deux spectacles musicaux avec des amis, l’une chanteuse irlandaise, l’autre accordéoniste qui joue des tangos, du musette, et de la musique celtique. Je poursuivrai cette activité lorsque j’aurai le temps. Ce ne sera pas régulier. C’est beaucoup de travail. Le public local n’est pas entraîné à venir, il est assez frileux. Pourtant les spectateurs présents étaient plus que ravis. Personnellement, cela m’a fait un plaisir immense de faire le lien entre ce lieu et ma profession. Présenter des spectacles vivants fait vivre une ville. Mais, pour Villeneuve, c’est un peu à contre courant.

Cet endroit chaleureux, respire l’élégance, on se sent accueilli.
L’accueil nous a toujours importé, tout comme la qualité de la nourriture et des prix abordables pour ne pas être élitiste. J’y vais une fois par semaine. Tout au long de l’année, je reçois des Américains. J’aimerais avoir davantage de chambres et créer un centre de remise en forme, les clients américains et anglais afflueront encore plus ! Ils apprécient cet endroit rustique, sans artifice.

Parlez-nous un peu de votre carrière ?
… qui continue… Cela m’amuse toujours, donc je continue. Je viens de terminer le nouveau film de James Ivory.

Vous avez fait vos débuts avec Roland Petit ?
Je suis danseuse au départ. Gene Kelly m’a vu danser chez Roland Petit au théâtre des Champs Elysées et m’a engagée pour Un Américain à Paris. Quelques années plus tard, j’ai fait proposer Roland et sa troupe pour le film Daddy long legs, le producteur a accepté. Fred Astaire était amusé de connaître cette compagnie et de travailler avec elle. Après Lili, Roland Petit m’a proposé une tournée avec lui aux Etats-Unis. Il m’a dit : « tu dois en avoir assez d’être dans les studios de la MGM, vient donc avec nous ! « . Bien entendu, je ne pouvais décider seule. Le studio m’a accordé un congé de plusieurs mois qui m’a permis de faire cette tournée. Ensuite nous avons enchaîné avec deux films : La pantoufle de verre et Daddy long legs.

La MGM était-elle une prison dorée ?
Oui… Même si c’était moins méchant que je ne le voyais à l’époque. Je ressentais le studio comme quelque chose de très impressionnant, où tout était très contrôlé. Il faut dire que je ne connaissais pas les grands patrons personnellement, je ne me sentais pas la force de discuter, d’imposer. Je me sentais très jeune… Je me voyais comme la petite écolière tenue par les professeurs. Il faut dire que c’était une grosse usine, une grosse machine. Tous les directeurs de département s’accordaient pour vous donner un emploi du temps très strict. Au bout d’un moment je me suis aperçue que si je n’étais pas d’accord pour faire un film, il suffisait d’aller voir en privé les grands patrons pour discuter et les choses s’arrangeaient. Bien évidemment, on ne vous le faisait pas comprendre lors de votre arrivée dans le studio ! Il faut savoir également que votre agent n’était pas forcément votre ami. Il était plutôt du côté du studio alors qu’il était censé vous défendre… L’agent était véritablement l’instrument du studio.

Quels principaux souvenirs gardez-vous du tournage d’Un Americain à Paris ?
Ce fut physiquement très dur, le studio n’avait pas de danseuse classique, Cyd Charisse ne faisait plus de pointes depuis longtemps. Les horaires étaient démentiels, déjà durs pour les danseurs modernes, alors pour les danseurs classiques… J’arrivais assez faible des restrictions de la guerre. Lorsque je suis partie pour Hollywood, on ne mangeait pas encore à sa faim à Paris. C’était un steak par semaine, et encore. Alors que l’entraînement de danseuse exige que l’on en mange deux… par repas ! J’en ai même pris au petit-déjeuner, le corps l’exige. J’avais besoin de vitamine, de fer. J’ai conservé cette habitude. Je mange au moins trois steaks par semaine, sinon ça ne va pas. C’est comme cela que j’ai conservé mes forces tout en restant mince. Je recommande donc ce régime. Les jeunes ne savent plus se nourrir. On fait des bêtises incroyables en allant manger dans des fast-food. Pour nous, la nourriture était une question de survie, j’ai gardé cet état d’esprit. J’ai appris, j’ai même étudié, comment me nourrir pour avoir des forces et manger très sainement. Je conserve une peur bleue de la nourriture qui me ferait du mal.

Durant cette expérience hollywoodienne, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
Des rencontres merveilleuses. J’ai eu la chance de travailler avec les plus grands : Vincente Minnelli, Fred Astaire, Gene Kelly, le producteur Arthur Freed. Des personnes exceptionnelles par leur rigueur, leur talent, leur perfectionnisme. La barre était très haute, mais j’y étais habituée avec Roland Petit.
Les studios pensaient avant tout au rendement. Ainsi ils ont pu briser des talents inouïs comme Judy Garland, une femme adorable. Lorsqu’on est en face d’une femme de cet acabit, avec cette voix, ce charisme, survoltée et fragile et qu’on veut en tirer des performance énormes, il faudrait qu’il y ait presque un docteur par personne. Regardez les équipes de foot, les joueurs sont très suivis. Les studios auraient dû faire cela. J’ai été lancée là dedans, j’avais 19 ans et besoin que l’on me protège, mais il n’y avait personne pour le faire. On tombait facilement malade, on faisait des excès. Judy Garland a été bourrée de pilules pour la faire dormir puis pour la réveiller… Les studios ne protégeaient personne : pas par cruauté, mais parce que cela n’était pas prévu dans le programme.

Vous avez travaillé à deux reprises avec Vincente Minnelli ?
Vincente Minnelli avait tellement de charme… Adorable, irrésistible de gentillesse et de tendresse, avec l’âme d’un enfant, une âme ensoleillée, charmante. Il était toujours très bien habillé avec un style bien à lui, confortable mais élégant. Je déplore aujourd’hui l’aspect des metteurs en scène sur le plateau : on pourrait les confondre avec les techniciens, ils sont négligés et ce n’est pas joli à regarder. Tandis qu’à cette époque, les hommes étaient cravatés, les chemises étaient faites sur mesure, c’était un style de vêtement que chaque metteur en scène portait qui en faisait un être que l’on pouvait admirer, respecter.
Des coiffeurs venaient régulièrement sur les plateaux, ainsi que des marchands de bijoux. C’est ainsi que j’ai acheté ma première bague avec mon premier salaire. Des colporteurs vendaient des colifichets. Parfois le metteur en scène vous offrait un petit quelque chose comme votre initiale en or, une petite broche… Tout cela se passait dans la gentillesse, les ouvriers sur le plateau jouaient, ils misaient sur le basket et autres, sans parler des jeux qu’ils faisaient pendant les temps morts. C’était très famille, vivant, animé. On se connaissait tous. Les électros, machinos étaient protecteurs avec les stars qui étaient gentilles. Je garde des souvenirs émus de cette atmosphère familiale, extrêmement courtoise.

Vous intéressez-vous toujours à la forme musicale ?
Pas véritablement, j’ai tourné une page. Abandonner mes chaussons de pointe fut très douloureux. Je ne voulais pas avoir de regrets ni souffrir de sentir que je n’étais plus suffisamment en forme pour la danse. J’ai arrêté pendant très longtemps d’aller au ballet. J’allais voir les comédies musicales de Broadway qui avaient un grand retentissement, mais elles n’avaient pas ma préférence. En effet, j’étais davantage attirée par les pièces dramatiques. Je voulais en faire partie, une nouvelle voie s’ouvrait à moi. Je voulais être une actrice « sérieuse » et quitter la comédie musicale. D’ailleurs je vous rappelle que, lorsque vous regardez ma filmographie, je n’ai tourné que cinq comédies musicales et une quarantaine de films non musicaux ! J’ai également tourné quelques séries télé comme guest-star, mais c’était surtout pour garder la main. Malheureusement, elles sont souvent plus diffusées que les films de qualité… Fort heureusement, la chaîne Turner Classics diffuse ces films rares, cela me permet de rester jeune dans le coeur des gens, c’est merveilleux pour moi.

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Un commentaire
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  1. J’ai un ami très cher qui a bien connu Mme Leslie Caron, ayant entrepris une grande partie des travaux de LA LUCARNE AUX CHOUETTES, dont les magnifiques lustres qu’il a créés et installés. Il s’appelle Marc, peut être s’en souviendra t elle ?

    Il m’en parle souvent et en garde un magnifique souvenir.
    Je ne sais pas si celà est possible, mais j’aimerais le mettre en contact avec Mme Leslie CARON par le biais
    d’un site qu’elle possède peut être.
    Je vous remercie beaucoup.

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