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Leslie Caron, exquise Madame Armfeldt

Le samedi 13 février 2010 à 16 h 58 min | Par | Rubrique : Rencontre

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Leslie Caron © Marie-Noëlle Robert

Connaissiez-vous l’univers de Stephen Sondheim ?
J’en avais beaucoup entendu parlé, mais je n’ai jamais vu aucune de ses comédies musicales sur scène. On en parlait en Amérique avec une telle révérence que je savais que c’était un grand bonhomme. Ensuite, j’ai reçu la partition, j’ai commencé à travailler avec un professeur et me suis alors aperçue que sa musique est très savante, très riche et compliqué à apprendre. Les rythmes sont cassés, syncopés. C’est quasiment de la musique classique, évoquant Stravinsky, Bernstein. Très riche et très beau, avec un pouvoir d’envoûtement qui fait que l’on peut sans nul doute interpréter un rôle chanté écrit par Sondheim pendant des années sans jamais se lasser. Chaque air est ravissant.
Au Châtelet nous ne jouons que six fois. Il faut dire que réunir tellement de merveilleux chanteurs comme ceux de la troupe – je ne parle pas de moi ! – s’avère complexe. Familiers des opéras, ils parcourent le monde en permanence. Je mesure toute la chance qui est mienne de partager l’affiche avec eux.

Comment définiriez-vous votre personnage ?
C’est une vieille dame qui a tout à fait réussi sa carrière de courtisane. Elle est devenue cynique sur le monde et surtout sur les hommes qui sont sur terre pour être plumés par les femmes habiles. Elle aimerait bien que sa fille et sa petite-fille fussent assez intelligentes pour le faire, comme elle. Elle s’amuse dans sa grande maison avec ses domestiques et manipule ses invités. Le fond de l’histoire est l’incroyable désordre dans la vie privée de tous ces personnages, leurs parcours amoureux compliqués. Elle essaie de remettre de l’ordre dans tout ça par le biais du vin spécial supposé ouvrir les yeux de tous ceux qui sont aveugles et ignorent le sens de leur vie. Sous une forme de légende, cette longue nuit d’été va sourire trois fois. Le premier sourire est celui envers les enfants qui ne savent rien et doivent apprendre où est leur place. Le suivant concerne les jeunes adultes qui ne font que des bêtises et l’ultime annonce la mort, la sienne. Elle est capricieuse, exigeante, dominante, gâtée par la vie.

Elle apparaît comme assez antipathique au début du spectacle ?
Non, je ne le joue pas ainsi. Dans l’air d’ouverture : « Remember », on l’imagine jeune valsant avec trois prétendants puis elle devient une vieille dame dans sa chaise roulante. Je la considère réaliste : à cette époque les femmes avaient deux choix, soit se marier avec un époux volage, soit être une gourgandine, une femme entretenue au risque d’être abandonnée. Elle prévient sa petite fille de la situation et aimerait que sa fille cesse d’être actrice et partir dans des tournées minables. L’humour prévaut dans la pièce et dans la psychologie du personnage. Elle n’est pas dure et rigide, je la souhaite avec plus en second degré, possédant un ton un peu désinvolte.
A la fin de sa vie, elle a le grand regret de ne jamais avoir véritablement aimé puisqu’elle vit dans le souvenir du comte croate qu’elle avait rejeté car il ne lui avait offert qu’une minable bague en bois. En revanche ses sentiments étaient purs, mais elle ne s’en est pas rendu compte à temps. A la toute fin de sa vie, elle a ce regret déchirant de ne pas avoir aimé.

Comment avez-vous travaillé ce rôle ?
C’est la première fois que je chante une vraie chanson, aussi longue puisqu’elle raconte toute la vie de Madame Armfeldt. J’ai commencé à travailler très tôt, n’ayant pas fait de comédie musicale depuis Grand Hotel en Allemagne voilà vingt ans. Le Châtelet a été très sympathique en me présentant une répétitrice musicale formidable qui m’a dépouillé la partition. Quant au texte, je l’apprends depuis plusieurs mois. Durant les répétitions nous nous applaudissons mutuellement à la fin de chaque numéro, mes partenaires sont tellement talentueux, c’est du beau travail. Lee Blakeley est un metteur en scène merveilleux, très talentueux et habile ! Il m’a eue en me disant « Leslie, aujourd’hui nous répétons votre valse ». J’étais estomaquée : « Je viens de subir une opération de la hanche, ce n’est donc pas possible ! ». Il m’a rassurée et mes quelques pas de danse en ouverture du spectacle me font un bien fou, à tel point qu’ils m’ont remis le dos en place ! Plus besoin d’aller chez mon ostéopathe… La comédie musicale doit posséder des pouvoirs magiques. Finalement j’aurais pu jouer le rôle sans chaise roulante ! D’ailleurs cet accessoire est là parce que mon personnage aime avoir son domestique tout prêt d’elle et à la fin, elle se déplace à pied avec une canne. Cela fait partie de ses caprices pour pouvoir mener tout le monde à la baguette.

Dans quel état vous trouvez-vous à quelques jours de la première ?
J’ai le sentiment d’être sereine… mais dans un état second ! J’ai encore des trous de mémoire qui proviennent d’un trac soudain. Jeune, en jouant Orvet que Jean Renoir avait eu la bonté d’écrire en pensant à moi, je ne ressentais pas le trac car j’étais protégée par sa présence, en famille. Je me suis demandée si ma mémoire allait être constante, cela constitue une véritable peur. Finalement je m’aperçois que cela tient vraiment à la confiance en soi. L’échange avec le public me permettra de surmonter ces moments délicats. J’ai retrouvé une certaine  confiance en moi grâce à la longue tournée que je viens de faire, tant en Angleterre qu’aux Etats-Unis, pour promouvoir mon livre autobiographique : Thank Heaven. D’un naturel timide, je me suis aperçue que les gens ne m’ont pas oubliée et de leur bienveillance à mon égard. Je me sentais très à l’aise avec le public, le contact s’établissant facilement. Pour moi c’est nouveau, j’avais la peur du public, je ne l’ai plus. Par ailleurs je n’ai pas entretenu, et je le déplore, une carrière au théâtre, ce qui m’a beaucoup manqué. Avec cette comédie musicale, le rythme est soutenu : nous répétons de 15 heures à minuit environ. Les airs de A Little Night Music trottent dans ma tête lorsque je me retrouve à la maison, je ne peux jamais m’endormir avant trois heures du matin… Sans doute l’heure où la nuit commence à sourire !

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Un commentaire
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  1. Par pitié faites la chanter juste. Faites qu’elle se souvienne de son texte. Faites qu’elle entre dans le personnage. Une femme ovationnée ce soir simplement par son nom, mais dans cette production elle est loin de faire des étincelles ( elle n’est pas la seule effectivement).

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