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Loreleï Jacob lève le voile sur les rencontres Promusicals d’Auxerre

Le Lundi 15 février 2010 à 15 h 11 min | Par Rémy Batteault | Rubrique : Rencontre

Loreleï Jacob, fondatrice et directrice de l'agence Dazzling & Sparkling, s'occupe également de produire nombre de spectacles musicaux. En tant que présidente de la Fédération des Musicals, elle nous parle aujourd'hui des rencontres Promusicals, premières du genre.

AfficheProMusical-jpegComment pouvez-vous définir la manifestation Promusicals ? A quel public s’adresse-t-elle ?
La Fédération des Musicals organise, du 20 au 22 février 2010, les Rencontres ProMusicals, qui sont l’occasion pour les professionnels du théâtre musical, du spectacle musical et de l’opérette de se réunir pour tisser des liens et développer leurs réseaux. Notre public est également composé d’étudiants en formation post-bac spécialisée « comédie musicale ». Les rencontres se décomposent chaque jour en trois temps forts : des tables rondes, des ateliers de formation dans des domaines comme la voix, le théâtre, l’écriture, la composition, la danse, la production, des master-classes et des déjeuners et dîners. Vous pouvez trouver tout le détail de ce vaste programme sur notre site.

Quelles sont les différences avec les éditions des Musicals à Béziers puis Paris ?
Il règne ici une confusion que nous nous devons de clarifier : la Fédération des Musicals est un organisme à but non lucratif, collectif, dont la mission principale est de défendre le genre du théâtre musical. Elle est totalement autonome d’actions privées comme le Festival des Musicals à Béziers ou Paris ou encore « Musicals Magazine », ainsi que les trophées Marius. Elle n’a donc co-organisé aucun de ces événements.  Notre réel point commun est le plaisir d’être tous ensemble et la qualité des intervenants. Nos différences portent sur la construction de ce projet et ses contenus. Nous avons choisi de ne pas orienter cet événement vers la création, mais de plutôt l’axer sur des échanges, des formations pour réviser des classiques ou lancer des innovations et enfin repenser ensemble certaines méthodes de travail.

La ville d’Auxerre accueille nos Premières Rencontres ProMusicals. Après un an d’échanges réguliers, nous remercions chaleureusement M. le Maire, Guy Ferez, et trois de nos fervents supporters : Michel Morineau, adjoint au maire aux affaires culturelles, Juliette Didierjean, directrice des services culturels, et Patrick Bacot, directeur de la Cité des musiques, composée du Conservatoire de musique, de la Maison de la Danse et de la toute nouvelle scène de musiques actuelles, « Le Silex ». La mairie nous offre également le spectacle d’un de nos pairs, Jean-Luc Annaix. Deux de nos membres, l’école de comédie musicale Evi’Danse via Jocelyne Giani et le compositeur Gérard Layani, sont pour beaucoup dans ce projet en région et je les en remercie. Sans oublier la Cité des Musiques et les institutions comme SACD, SACEM, CNV, ADAMI, SPEDIDAM, Pôle Emploi Spectacle, conseils généraux ou régionaux, DRAC… Et ce n’est qu’un début. Nous avons nombre d’idées pour développer des événements l’année prochaine.

Quel est votre regard sur le monde du théâtre musical en France ?
Il est clairement en pleine mutation : le genre du « musical » séduit de nombreux publics à Paris, en région et le musical français commence à s’exporter plus régulièrement. Je crois que notre richesse en patrimoine musical et en création française est immense. Tant d’œuvres différentes, singulières, cela ne laisse pas indifférent. Toutefois, ce genre, adulé du public, tend à être déconsidéré par certains. La vague des opérettes d’il y a 50 ans a beaucoup nui au genre et un important travail de réhabilitation d’image est nécessaire au quotidien. Comment comprendre que seules environ 500 salles sur plus de 3 000 programment du théâtre musical ? On se rend très vite compte, en parlant avec les programmateurs aficionados du genre, qu’ils ont pris le temps de s’imprégner de cette culture, qu’ils ont constaté les effets positifs sur leurs publics : le théâtre musical, c’est bien de l’énergie positive à l’état pur qui est transmise à des spectateurs éprouvés par la crise et la grisaille du quotidien. Les créateurs français sont innovants, mais, à leur corps défendant, très tributaires du système D. En effet, les moyens manquent très souvent pour donner l’ampleur nécessaire à un projet. Je crois que la France ne manque pas d’ambitieux et grands rêveurs à l’univers unique, mais les finances ne suivant pas…

Quels sont les points à développer en France ?
A Paris, la situation des théâtres pose problème : nous manquons de lieux de création de 300 à 500 places et d’exploitation de 800 à 1 500 places louables à des prix raisonnables sur une certaine durée (60 dates minimum pour faciliter le bouche-à-oreille). Le Théâtre Sylvia Montfort est désormais dédié à la danse et aux arts du cirque, le Trianon vient d’être revendu et devrait être dédié, d’après la rumeur, au concert, actuellement très lucratif et en plein boom. Nous risquons donc de perdre encore une salle majeure dans le monde de la comédie musicale. La ville de Paris, en dehors du Châtelet, axé sur un ambitieux programme de productions étrangères, n’a pas de projet nous concernant sur cette mandature. On nous a clairement dit de travailler sur des projets à partir de… 2014 ! En résumé, nous devons faire du lobbying pour obtenir, comme tous les autres arts actuellement, des lieux dédiés par la ville de Paris mais aussi des théâtres en région qui souhaitent soutenir ce genre qui diffuse beaucoup d’énergie dans la ville. La Fédération des Musicals a donc mis en place quatre actions en cours de réflexion ou d’écriture, à savoir un livre blanc, un kit de sensibilisation (un support de conférences sur l’histoire du musical français et anglo-saxon), les rendez-vous du musical et une réflexion sur la création d’un Fonds de théâtre musical, sur le modèle des SOFICA dans le cinéma. Pour les étudiants désireux de s’initier à cet art, nous souhaitons créer une cellule d’échange de stages en France et à l’étranger ainsi qu’un week-end inter-écoles accueillant des étrangers.

En tant que spectatrice, quels sont les spectacles que vous préférez ?
Je sors trois à cinq fois par semaine au théâtre, avec bien entendu une majorité de musicals… Pendant le festival d’Avignon, selon les années et le nombre de pièces que je gère, je vois de 20 à 50 pièces et prend contact avec les 135 compagnies qui programment du théâtre ou spectacle musical. Je suis très éclectique dans mes choix : j’aime autant Le Chanteur de Mexico, West Side Story ou Welcome To The Voice au Châtelet, que Grease à Londres, Le Violon sur le Toit à Paris. Je suis une inconditionnelle de James Thierrée, Blanca Li, Alfredo Arias ou Erwan Daouphars.  Sans oublier un de mes danseurs favoris : Pierre Lamoureux, extraordinaire dans La Conférence des Oiseaux de Jean-Claude Carrière. J’aime des perles comme les créations de Cinq de Cœur, Chance d’Hervé Devolder ou Jusqu’aux Dents de Thierry Boulanger et Alyssa Landry, Du Shtetl à New York d’Isabelle Georges, Les Dessous entendus d’Alicia, Clinic produit par JMD Productions. Mais aussi le dernier concert de Liza Minnelli, les Puppini Sisters, Clarika, les Seagirls, mon ami Henri Courseaux, ma merveilleuse chanteuse Agnès Debord… Enfin, j’ai au programme Non, je ne danse pas ! cette semaine et, après les Rencontres, Spamalot !

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