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Making of Le Roi Soleil – Un show royal rock’n baroque

Le jeudi 1 septembre 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

La troupe du Roi Soleil ©DR

La troupe du Roi Soleil ©DR

A un mois de la première, l’effervescence règne dans la grande salle du Palais des Sports. Toute l’équipe du Roi Soleil, consciente de l’enjeu, s’affaire et ne ménage pas ses efforts sous l’oeil attentif de Dove Attia et Albert Cohen, les deux producteurs du spectacle.

Un décor majestueux « made in Opéra »
Après Les Dix Commandements et Autant en emporte le vent, c’est le troisième gros spectacle musical qu’ils produisent. « Avec un budget à peu près équivalent (6 M pour la pré-production et 4M pour l’exploitation au Palais des Sports), nous allons faire plus et mieux. On sait mieux gérer, mieux maîtriser le planning, c’est le métier qui rentre ! » se réjouit Dove Attia qui se trouve en partie rassuré par le succès des singles et de l’album et par les 130 000 places déjà vendues. Néanmoins on le sent nerveux et fébrile. « C’est le plus lourd des trois tant sur le plan artistique que technique ! » s’exclame-t-il en nous faisant découvrir les deux immenses structures mobiles qui se trouvent sur la scène. En nous approchant, nous ressentons une agréable odeur de bois. « C’est normal » nous explique Dove, « tout le décor est entièrement en bois ! ». Ces deux structures, qui se déplacent et s’ouvrent, ne sont qu’une partie du décor dont la conception a été confiée à Alain Lagarde, grand décorateur à l’Opéra de Paris. Des projections seront effectuées sur des toiles en PVC cristal transparent, la superposition de ces toiles permettra de créer des effets de perspective en particulier pour les jardins de Versailles. Dove Attia nous confie les difficultés techniques d’un tel décor au Palais des Sports où il n’existe pas de cintres, ni de profondeur de scène, mais apparemment l’équipe technique emmenée par François Chouquet ne manque pas d’imagination pour relever ce défi. « On ne peut pas produire un tel spectacle si on n’a pas les meilleurs en France à chaque poste, c’est tellement difficile » affirme le producteur alors que la troupe s’apprête à démarrer la répétition.

Place à la comédie
Une jolie musique baroque retentit. On pourrait la penser d’époque et pourtant il s’agit d’une composition originale pour le spectacle. « Nous tenions à ce qu’il y ait une vraie cohérence musicale dans les enchaînements, les harmonies, les tonalités, les tempo » nous explique Dove Attia. La lumière s’éteint et un comédien entre en scène, il s’agit de Molière qui, dans un petit monologue, introduit la première scène du spectacle : la Fronde. La présence de comédiens dans ce genre de production, c’est une première en France ! Ils sont quatre à interpréter plusieurs rôles uniquement parlés (Anne d’Autriche, Mazarin, Molière, Scarron, la Voisin…). « Nous avons tenu à ce qu’il y ait une véritable dramaturgie, qu’on puisse comprendre le spectacle sans connaître toute l’histoire avant. Nous avons travaillé un an et demi sur l’écriture du livret, on en a fait 18 versions ! » s’exclame Dove Attia, « il y a au moins 20% de comédie, les chanteurs de la troupe ont suivi un entraînement intensif pour assurer au mieux dans les scènes de comédie aux côtés de ces comédiens confirmés et talentueux». Et reconnaissons que pour le peu que nous en avons vu, le résultat est assez probant.

Une troupe qui répète sans relâche
Passé le prologue, le baroque laisse place à un tempo rock. De tous les coins de la salle, la troupe figurant le peuple en colère se précipite sur la scène. Merwan Rim (qui joue le Duc de Beaufort, à la tête des insurgés) interprète la première chanson du spectacle, « Contre ceux d’en haut ». La mélodie est accrocheuse et efficace, nous apprendrons plus tard par un proche qu’elle est signée de…Dove Attia lui-même ! Sur scène la troupe se démène, mais pas suffisamment au goût de Stéphane Jarny, l’assistant metteur en scène et chorégraphe de Kamel Ouali absent ce jour-là. Il interrompt la scène et s’adresse à la troupe avec calme et fermeté: « On va la refaire parce qu’on n’y croit pas. Là, je vois un ballet bien propre mais l’humeur du spectacle et l’énergie n’y sont pas. C’est de la figuration passive. N’oubliez pas les raisons pour lesquelles on fait ce tableau. Aujourd’hui on répète pour essayer d’améliorer, de passer un cran au-dessus ». Sur le plateau, personne ne moufte, l’ambiance est à la concentration. Malgré la fatigue (près de dix heures de répétitions par jour, six jours sur sept), la troupe recommence la scène plusieurs fois avant d’enchaîner sur la suivante où Isabelle, fille du peuple, (interprétée par Victoria Petrosillo) pleure ses compagnons tués lors de la Fronde en s’adressant à Dieu (« Qu’avons-nous fait de vous ? »).

Surprise : des musiciens live sur scène !
Premier mouvement de décor, les deux structures figurant jusque là des façades d’immeuble, sont déplacées et s’ouvrent pour laisser place à l’intérieur d’un salon où l’on assiste à la rencontre du poète Scarron avec Françoise d’Aubigné (future marquise de Maintenon et deuxième épouse secrète du Roi Soleil). C’est là que nous découvrons pour la première fois les quatre musiciens (deux violons, un violoncelle et un clavecin) qui vont intervenir régulièrement tout au long du spectacle pendant les scènes de comédie et qui accompagnent quatre chansons dont celle interprétée par Cathialine Andria (Françoise d’Aubigné) pendant cette scène. Là encore, quatre chansons accompagnées juste par quatre instruments acoustiques, c’est du jamais vu dans les grosses productions de spectacles musicaux « à la française ». Le contraste avec les chansons sur bande est saisissant. Et il y a fort à parier que, comme le dit Dove Attia particulièrement satisfait du résultat, « les gens vont adorer ce quatuor pour l’atmosphère, l’attention et l’écoute qu’il provoque ». Le revers de la médaille c’est que techniquement c’est difficile à régler. Contrairement aux spectacles précédents, on ne peut pas laisser défiler la bande son du début à la fin. Là, il faut l’interrompre chaque fois qu’intervient le quatuor acoustique. Les « cut » doivent se faire à la seconde près pour que les enchaînements soient le plus harmonieux possible.

La « Kamel touch »
La répétition se poursuit toujours sous l’oeil attentif et sans concession de Stéphane Jarny. Après un dialogue grave et très explicatif entre Anne d’Autriche et Mazarin, nous arrivons à la scène du sacre du jeune Louis XIV. Emmanuel Moire (le Roi) apparaît de sous la scène par une trappe et démarre la chanson « Etre à la hauteur » seul sur le plateau. Pendant la chanson, il est rejoint par le reste de la troupe pour la cérémonie du couronnement, puis il s’élève au-dessus de la scène et la troupe exécute une chorégraphie très originale avec des touches de danse baroque. Dove Attia en profite pour nous confier tout le bien qu’il pense du travail de Kamel Ouali : « Je persiste à dire que Kamel est le meilleur en France pour ce genre de spectacle, il a une vision de l’espace incroyable, il me surprend à chaque fois. Il s’est fortement impliqué dans ce spectacle, dès la phase d’écriture du livret ». Après avoir répété plusieurs fois la scène suivante difficile à régler (chant, chorégraphie particulièrement acrobatique, et scène de comédie) entre le Roi et Marie Mancini (Anne-Laure Girbal), Stéphane Jarny annonce la pause bienvenue, il est déjà 18h40, mais ce n’est pas fini, dans vingt minutes, on reprend !

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