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Making of Titanic – Et vogue le paquebot !

Le mercredi 20 décembre 2000 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

La troupe devant le Titanic ©DR

La troupe devant le Titanic ©DR

Février 1999 – Jean-Louis Grinda, Directeur Général de l’Opéra Royal de Wallonie se trouve à Los Angeles pour la création d’une co-production de La Traviata. Profitant d’un soir de relâche entre la générale et la première, il va voir un musical de passage dans la ville : Titanic. Et alors c’est le choc. « Je me suis dit que c’était tout à fait un spectacle pour une maison d’opéra. Dans la formidable musique de Maury Yeston, il y a un tel souffle lyrique, et puis ça nécessite beaucoup de personnes sur scène et un grand orchestre ». Enthousiaste, Jean-Louis Grinda ne perd pas de temps et se procure immédiatement les droits qu’il obtient sans trop de difficultés.

Une nouvelle version spécialement pour l’Europe
La première chose à faire c’est adapter le livret et les lyrics (paroles des chansons) en français. Jean-Louis Grinda a déjà une première expérience puisqu’il a signé l’adaptation du livret de Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie). Et il tient à travailler sur le livret de Titanic car estime-t-il « quand on monte un musical, je crois qu’on ne prend bien connaissance des personnages qu’en l’adaptant soi-même, on comprend beaucoup mieux les situations, ça permet de clarifier beaucoup de choses ». Mais pour les lyrics, il préfère confier l’adaptation à un spécialiste. C’est par l’intermédiaire de Suzanne Sarquier, agent littéraire et représentante entre autres de Maury Yeston, qu’il rencontre Stéphane Laporte, passionné de comédies musicales et qui a déjà à son actif de nombreuses adaptations tant de musicals que de pièces de théâtre anglo-saxonnes. Le courant passe bien, comme le confie Jean-Louis Grinda « on s’est très bien entendus, ça a été un vrai bonheur ». Stéphane Laporte nous explique les difficultés propres à l’adaptation de lyrics « Il faut retrouver un ton qui est particulier à chaque personnage parce que les chansons dans le théâtre musical n’appartiennent idéalement qu’aux personnages qui les chantent, ce ne sont pas des chansons de variété qu’on peut mettre dans la bouche de tout le monde. D’autre part, il faut respecter, non pas les rimes originales, mais le schéma de rimes, ce qui permet d’avoir une fluidité des paroles. Et puis, il y a le fameux accent tonique ! La langue française a beaucoup d’accents toniques, quand ils sont mal placés, on met du temps à comprendre et du coup on loupe le vers suivant et ça fait boule de neige ». Il n’oublie pas de préciser que le principal piège à éviter est de coller de trop près à l’original, « il faut en faire son oeuvre ». L’adaptation des lyrics de Titanic demande deux mois et demi de travail à Stéphane Laporte, mais nous dit-il « j’ai encore revu certains textes pendant les répétitions, parfois même sur une suggestion d’un comédien ». Jean-Louis Grinda est ravi du résultat, « Stéphane a fait des lyrics éblouissants ». Quant au livret, ils font chacun leur adaptation de leur côté et se retrouvent deux jours à la campagne pour les mettre en commun.

Il s’est agi ensuite de réfléchir aux décors et aux costumes qui, pour Jean-Louis Grinda, sont à la base même de cette production. En tant que metteur en scène, il avait des besoins bien précis « j’imaginais le spectacle dans son ensemble, dans son concept global ». Il demande donc des choses bien précises au décorateur Eric Chevalier et au costumier Michel Fresnay et, souligne-t-il, « ils me les ont restituées au centuple, merveilleusement bien ». Rien qu’en matières premières, il estime le coût à 1,3 millions de francs (français). Tous les décors et costumes ont été fabriqués dans les ateliers de l’Opéra de Liège. « Si j’avais du sous-traiter à des ateliers privés, c’est une production qui aurait coûté entre 8 et 10 millions, et encore je ne parle pas du cachet des artistes qui sont très nombreux sur Titanic ! ».

Jean-Louis Grinda fait lui-même sa distribution. Il reconnaît que pour un metteur en scène c’est une grande chance. Mais pour Titanic, c’est un travail particulièrement difficile car « il y a trente rôles principaux, même si certains sont un peu plus importants que d’autres, il y a bien trente rôles à distribuer ». Alors les auditions commencent. « J’ai choisi chaque élément de la distribution en fonction de sa personnalité et j’ai voulu garder un peu ma « famille » d’artistes de Chantons sous la pluie (Isabelle Georges, Joël Mitchell,…) parce que je savais qu’on reprendrait ce spectacle à Paris juste après Titanic. Je voulais qu’on soit ensemble, qu’on fasse une sorte de troupe qui va se produire après à Paris ». On le sent très ému quand il évoque ses comédiens, il rajoute encore « on est vraiment une équipe, on se fait confiance, c’est primordial, on sait ce qu’on a envie de faire mais surtout ce qu’on n’a pas envie de faire ! ».

Plus impressionnant que la version de Broadway !
Mettre en scène un tel spectacle, ce n’est pas une sinécure ! Jean-Louis Grinda l’admet bien volontiers. C’est d’ailleurs un travail qu’il n’a pas fait seul, il a retrouvé sur la mise en scène de Titanic, Claire Servais qui avait déjà collaboré avec lui sur Chantons sous la pluie. Les répétitions n’ont commencé que le 15 novembre, soit un mois seulement avant la première ! Ce fut un travail intensif, « il fallait garder sous pression 80 personnes (comédiens solistes et choeurs) en permanence ». L’exercice sur Titanic est particulièrement compliqué car « il y a tellement de scènes différentes qui s’enchaînent, qui se superposent, tellement de morceaux de bravoure, qu’il faut toujours savoir où on va ». Mais au moins, Jean-Louis Grinda n’a pas été contraint de reproduire à l’identique la mise en scène de la production originale de Broadway. « J’ai eu carte blanche de la part de nos amis américains. Maury Yeston a été très clair, il m’a dit « Jean-Louis, fais ce que tu veux, mais informe-moi quand même, que je ne découvre pas quand j’arrive qu’il manque la moitié de la partition ! ». Une nouvelle mise en scène s’imposait par le simple fait qu’on passait de 38 personnes sur scène à Broadway à 80 à Liège ! Le résultat, comme le confirme le metteur en scène, n’a plus grand chose à voir avec l’original, « à part quelques images du début avec la passerelle d’embarquement ». Même s’il a apporté quelques petites modifications sur la structure des scènes, Jean-Louis Grinda l’affirme « je n’ai pas touché à l’intégrité de l’oeuvre ».

A quelques heures de la première de Titanic, Jean-Louis Grinda semble complètement détendu. Mais il fait remarquer qu’il n’y a eu avant qu’une générale publique, contrairement à Broadway ou à Londres où il y a toujours au moins quinze jours de previews (avant-premières) qui permettent d’élaguer, de rectifier certaines choses. « Nous on n’a pas le choix, il faut que ça marche tout de suite ! »
A priori, seules dix représentations de Titanic sont prévues à Liège jusqu’au 31 décembre. Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire. Alors Titanic bientôt à Paris ? Jean-Louis Grinda n’exclut rien « certaines personnes sont intéressées mais pour l’instant rien n’est fait. Mais bien sûr, je souhaite que ça se fasse, surtout pour les artistes qui se sont beaucoup investis ». En attendant une future escale parisienne, on peut déjà annoncer que Titanic sera à l’Opéra d’Avignon, co-producteur du spectacle, en décembre 2001. Et vogue le navire…

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