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Marie-Louise Duthoit – Une diva sous les palétuviers

Le jeudi 1 décembre 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Marie-Louise Duthoit ©DR

Marie-Louise Duthoit ©DR

Marie-Louise Duthoit, quel est votre parcours ?
J’ai commencé par le piano en parallèle à mes études. Après le bac je me suis concentrée sur la musique. C’est en fac de musicologie que j’ai découvert le chant et… ma voie ! Du coup j’ai abandonné le piano… Le hasard des rencontres m’a permis de travailler assez rapidement avec les gens du baroque, tout d’abord dans les choeurs. Une belle période parsemée de belles rencontres avec des chefs plus talentueux les uns que les autres. Toutefois, j’ai la conscience que rien n’est jamais acquis. Alors j’ai poursuivi mes études et obtenu un premier prix à l’unanimité avec félicitations du jury, première nommée au CNR de Paris dans le département de musique ancienne (rires). A Versailles où se trouvait le centre de musique baroque, j’ai collaboré au studio baroque, destiné à perfectionner de jeunes professionnels. Ensuite je me suis produite comme soliste, toujours dans des oeuvres baroques. J’ai chanté dans de nombreux oratorios, et à quelques exceptions prêts, la place du théâtre était quasi inexistante et cela me manquait. Je travaillais dans des conditions formidables, mais j’ai choisi au bout de plusieurs années de sauter le pas, avec le désir d’autres choses, d’autres expériences. Ce fut donc un pari que de laisser cette voie pour en trouver une autre. Cela ne s’est pas fait sans angoisse ni remise en question.

Le chant ne s’est imposé à vous que durant vos études ?
J’ai toujours chanté, à tel point que mes parents, qui ne sont pas du tout dans ce milieu, m’ont proposé d’apprendre la musique. Ils ont remarqué que j’avais une bonne oreille, que je chantais juste, mais ils n’ont pas eu le réflexe de me faire pratiquer le chant, d’autant que nous habitions en campagne, ce qui ne facilitait pas les choses. C’est une attirance liée à l’enfance. Par la suite, en travaillant le piano, j’ai toujours été attirée par l’opéra. Un prof, directeur d’une école de musique vers chez mes parents, m’a permis de commencer le chant. J’ai donc décidé de franchir le pas et de trouver un enseignement qui me convienne. Mais c’est le hasard qui m’a orienté vers le baroque.

Vous passez de l’univers de la musique baroque à des choses plus légères ?
Une certaine maturité, tant vocale que mentale, m’a poussé à découvrir d’autres territoires. La comédie musicale représente le top. Le regret que j’ai est de ne pas avoir commencé l’apprentissage du spectacle musical plus tôt, j’aurais adoré savoir faire des claquettes par exemple. Enfin il n’est jamais trop tard… Et la scène, j’adore ! J’en ai besoin. J’ai commencé par travailler avec Vincent Tavernier dans plusieurs productions du festival des Malins plaisirs de Montreuil sur mer. Quant à Loïc Boissier de la compagnie des Brigands, je l’ai rencontré à l’époque où je travaillais avec Marc Minkowski, il était administrateur. Nous avions sympathisé et nous nous sommes retrouvés comme confrères, puisqu’il s’est mis au chant, sur une production mise en scène par Vincent Tavernier, dirigée par Benjamin Lévy : La fiancée du scaphandrier de Claude Terrasse. Et de fil en aiguille me voilà dans Toi, c’est moi ! Et je suis ravie car je découvre ce milieu, je chante, je joue la comédie et je danse, bref un rêve devient réalité !

Vous vous consacrez entièrement à cette aventure ?
Mon attention est focalisée sur toi, c’est moi, mais toutefois, je continue mon travail personnel : jamais rien n’est arrivé, il faut toujours évoluer et tenter de nouvelles choses. C’est pourquoi le théâtre m’attire aussi, le tour de chant également, je tente de me trouver prête pour toutes ces disciplines. Par ailleurs j’ai toujours adoré écrire, et je ne laisse pas cette discipline de côté. Je suis très ouverte d’esprit, mais une chose me révulse : ce sont les catégories dans lesquelles on tente de mettre les artistes. Une chose est sûre : professionnellement je suis dans une phase exaltante car tout ce que j’ai appris par le passé me sert. Tout est utile.

Parlez-nous de votre rôle.
Honorine est une riche personne qui a un neveu dont elle a la tutelle et qui profite largement de sa fortune. Même si elle l’adore comme son fils, elle trouve qu’il exagère et décide de le mettre au pas en l’envoyant travailler dans une de ses plantations de canne à sucre aux îles Princesse. Mais ce neveu fort débrouillard a un meilleur ami, le très désargenté Patrice Duvallon, qu’il va embobiner pour se faire passer pour lui : il pourra donc continuer à vivre tranquillement tandis que son ami aura la vie de forçat. Mais Honorine s’en vient sur l’île et met les pieds dans le plat. Elle est veuve depuis 18 ans, a du caractère et l’on découvre que c’est une sacrée coquine ! Le rôle est très agréable car elle a un certain âge, ne se fait pas dire les choses deux fois et mène tout son monde à la baguette. Dans le même temps elle est pleine de fantaisie, de drôlerie. Son neveu pense la rouler mais en fait elle est maîtresse de la situation, cette Honorine est très sympathique ! Sur l’île Princesse elle courtise deux hommes et peu importe le flacon, pourvu qu’elle ait l’ivresse, y compris sous les palétuviers !

Vous interprétez donc la fameuse chanson du duo des palétuviers ?
La première fois que j’ai entendu cet air, il était interprété par Marie Laforêt. J’étais petite et j’écoutais en boucle la cassette. Ce duo me faisait beaucoup rire. Jamais je n’aurais pensé l’interpréter un jour. Ensuite j’ai découvert « l’original » par Pauline Carton, un grand moment ! Cela me fait un petit quelque chose de chanter ce duo mythique. En fait, les autres airs étaient connus à l’époque, seuls les palétuviers ont traversé les années. Je dois ajouter que nous interprétons la chanson dans son intégralité, en l’occurrence avec trois couplets et non deux comme on peut le trouver dans les enregistrements. Et avec mon partenaire Gilles Bugeaud on s’amuse comme des fous, on le chante et le danse.

C’est une production imposante, comment cela se passe pour vous ?
Nous sommes dix sur scène et autant dans la fosse. Le planning est compliqué à faire, mais tout se passe bien. Comme nous sommes heureux de faire ce spectacle, tout semble simple. Chacun y met du sien, nous allons tous dans la même direction, ce qui est rare. Il n’y a pas un personnage principal ce qui crée une émulation particulière. Je baigne dans un esprit de compagnie, de troupe, c’est très agréable. Aucun ne cherche à tirer la couverture à soi, chacun se respecte, et du coup sur le plateau c’est pareil. Cela ne gomme pas les difficultés du quotidien, mais si je devais résumer je dirais que tout est souriant et limpide.

Quelles sont vos comédies musicales favorites ?
Ce qui m’attire c’est le répertoire anglo-saxon que j’ai découvert grâce aux films : tous ces comédiens qui chantent et dansent me fascinent. Enfant je n’allais jamais voir de comédies musicales. Par ailleurs, comme j’ai travaillé dans un milieu très différent, je n’ai pas suivi toute l’actualité française dans ce domaine. J’ai donc beaucoup de choses à découvrir, ce qui me ravit.

Quels sont vos projets ?
Je vais tourner un récital que j’ai monté avec Nicolas Ducloux, le pianiste des Brigands : Drôles de dames, des extraits d’opérettes et quelques opéras sur plusieurs caractères féminins : de la gourmande, à la romanesque, en passant par la femme de caractère… Je fais participer le public, je m’amuse bien car je ne fais pas que chanter. Après cela une tournée d’un opéra de Boildieu en Hollande est programmée, j’ai également le projet pour l’année prochaine d’adapter du Barbier de Séville de Rossini pour l’opéra de Limoges, je dois travailler sur le livret et être assistante du metteur en scène Philippe Labonne, qui a plus l’habitude aux acteurs qu’aux chanteurs. De nouvelles aventures qui m’exaltent. Et puis j’ai créé un spectacle : Folie, fureur et déraison qui traite, sous forme musicale et théâtrale, de la folie à travers l’aventure d’une femme.

Comment vous sentez-vous à quelques semaines de la première ?
Je ne suis pas très traqueuse, je suis surtout excitée : j’ai envie d’y être, que les spectateurs viennent s’amuser avec nous !

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