Matthew Bourne – De Swan Lake à Edward aux mains d’argent
Le Mercredi 1 octobre 2008 à 0 h 00 min | Par Rémy Batteault | Rubrique : Rencontre
Matthew Bourne revient à Paris pour présenter son nouveau ballet adapté du célèbre film de Tim Burton : Edward aux mains d'argent. Le chorégraphe, également metteur en scène de comédies musicales, nous parle de ce nouveau projet.

Matthew Bourne ©DR
Pourquoi avoir choisi Edward aux mains d’argent et pourquoi l’avoir adapté en ballet et non pas en comédie musicale ?
Je suis fan autant du film que de Tim Burton, depuis des années. Je me sens attiré irrésistiblement par le personnage d’Edward. C’est un personnage qui inspire la sympathie, tellement il est charmant, tendre et drôle. J’ai toujours pensé que la nature très théâtrale du film et de ses personnages pourrait parfaitement s’incarner dans un spectacle sur scène avec de la danse, et non pas des chansons. L’une des raisons est que c’est ce que nous savons faire de mieux avec ma compagnie. Nous aimons raconter des histoires sans l’aide de paroles. La musique, oui, et plutôt deux fois qu’une, mais pas de dialogues ou de textes chantés. Quand je travaille sur des comédies musicales, c’est toujours pour d’autres personnes, jamais pour ma propre compagnie.
Le film utilise beaucoup la suggestion, on ressent énormément d’émotions diverses. Quels ont été les défis d’adaptation les plus difficiles à relever ?
Ils se situent principalement sur un plan pratique ou physique. Comme vous le notez le film suggère énormément de choses, tout comme Edward, personnage quasiment muet. C’est une de ses grandes réussites. Tous ces éléments se traduisent presque naturellement par la danse, le mouvement. Donc créer l’atmosphère, mêlée aux différents personnages, ce fut passionnant et amusant. Le plus grand défi… ont été les mains d’Edward ! Danser avec de longs ciseaux au bout de vos doigts n’est déjà pas simple quand on est seul, mais avec un ou une partenaire, cela devient mission impossible. A tel point que l’interprète de Kim a commencé les répétitions avec d’énormes lunettes, on était à deux doigts du casque intégral ! De cette manière, Edward ne pouvait pas lui crever un oeil. D’autres scènes comme celles des arbres taillés ou celles de la coiffure nous ont donné du fil à retordre une fois sur le plateau. Mais j’ai le sentiment que, au final, nous nous sommes plus amusés qu’angoissés avec ces soucis qui ont véritablement stimulé notre imagination. J’espère que le public parisien appréciera.
Ce spectacle tourne dans le monde entier. Des différences majeures existent-elles entre un public et un autre ?
On va penser que j’ai des origines normandes, mais je vous répondrais par : « oui et non ». Certains publics sont, par nature, bruyants et très participatifs durant le spectacle. D’autres sont plus calmes, très attentifs. Mais tous, en fin de compte, semblent apprécier le spectacle. Pour tout vous dire, une séquence à la toute fin du ballet est très émouvante et me tire toujours une larme. J’ai beau la connaître par coeur, je n’y coupe pas.
Vous avez dirigé une comédie musicale comme Mary Poppins. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
J’adore les comédies musicales, et ce n’est pas récent ! J’ai toujours eu suffisamment de chance pour travailler sur les meilleures. Mary Poppins, puisque vous en parlez, fut une expérience extraordinaire. My Fair Lady reste un souvenir fantastique et cette année je retourne dans le monde de la comédie musicale avec Oliver !, spectacle sur lequel j’ai déjà travaillé voilà quelques années. Il me tarde de m’y replonger. Je dois dire que j’apprécie énormément travailler avec des acteurs, les aider à améliorer leur manière de bouger, exactement comme je tente d’aider les danseurs à devenir de meilleurs acteurs.
En tant que spectateur, qu’attendez-vous lorsque vous découvrez un nouveau ballet ou un musical ?
Je souhaite avant tout me faire plaisir. Je crois beaucoup en la magie du vrai divertissement. Ma curiosité m’incite à toujours découvrir de nouvelles choses, si possible qui n’ont jamais été faites auparavant. J’aime être à l’affût de l’innovation. Pour cette raison je tente d’aller au spectacle sans aucun a priori, l’esprit ouvert. Je m’attends toujours à être agréablement surpris et lorsque ça m’arrive, je vis des moments que je n’oublie jamais.
