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Mel Brooks – Un « producteur » heureux !

Le mercredi 15 mars 2006 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Mel Brooks ©DR

Mel Brooks ©DR

Vous souvenez-vous de votre premier contact avec Broadway ?
Et comment ! J’étais gosse et mon oncle m’avait emmené voir Anything Goes de Cole Porter. Je me souviens très précisément de cette représentation. Moi, un gosse de Brooklyn, j’ai failli tomber du deuxième balcon lorsque Ethel Merman a fait son entrée ! Quel tempérament, quelle voix et quelle femme. Le seul fait d’entendre les premières notes de « You’re The Top » me replonge dans ce merveilleux souvenir. Ce fut le déclic pour moi : j’ai su que j’avais trouvé mon futur métier. Vous vous rendez compte : on travaille pour un spectacle avec des filles superbes et à moitié nues, on écrit de la musique, des paroles, on donne du rythme à tout cela et on tente par dessus tout de séduire le public. Qui ne voudrait pas d’un tel métier ?

Encore aujourd’hui, qu’est-ce qui vous plait le plus dans une comédie musicale ?
J’adore être installé dans la salle, et me laisser submerger par la musique qui monte de la fosse. A chaque ouverture d’un musical j’ai conservé la même sensation : la chair de poule. La comédie musicale au théâtre est un métier d’exigence : on ne peut tolérer la médiocrité, cela se voit immédiatement et c’est la catastrophe. C’est d’ailleurs ce qui m’a plu dans le travail de Susan Stroman : une grande professionnelle, chorégraphe talentueuse et metteur en scène inspirée.

D’où vous est venue l’idée des Producteurs, votre premier film ?
Dans ma jeunesse, j’ai travaillé pour un Max Bialystok, j’étais un peu Leo Bloom, avec très vite le désir de devenir auteur. A partir de certains souvenirs, j’ai tout d’abord écrit un roman. Comme il comportait beaucoup de dialogues mon éditeur m’a conseillé d’en faire une pièce, mais je ne voyais pas comment tout faire tenir dans le bureau de Max. C’est alors que j’ai rencontré un producteur de cinéma qui a trouvé que l’histoire ferait un bon film. Il m’a donné ma chance et ayant juste une exigence : que je change le titre. Il n’imaginait pas les façades des cinémas arborer « Un printemps pour Hitler » !

On y entendait déjà deux chansons…
Effectivement ! Je ne pensais pas que, 30 ans après, Les producteurs aurait une seconde jeunesse. C’est David Geffen qui m’a soufflé l’idée. J’avais une expérience de jeunesse à Broadway puisque j’avais tout d’abord écrit des sketches pour une revue musicale : Leonard Sillman’s New Faces of 1952, quelques années plus tard j’ai écrit le livret de Shinbone Alley, un musical avec la féline Eartha Kitt et au début des années 60 j’ai écrit celui de All American. Cela m’a donc permis de me replonger dans mes jeunes années, comme une cure de jouvence en somme. Je ne me sentais toutefois pas capable d’écrire les musiques. C’est Jerry Herman, qui a été pressenti pour travailler sur le projet, qui m’a dit qu’il fallait que je le fasse, ayant entendu préalablement les différents titres que j’avais écrits pour mes films. Quel compliment… Je n’avais plus qu’à m’exécuter ! Dans mon film, comme vous l’avez relevé, j’avais déjà composé « Springtime for Hitler » et « Prisoners of Love », il ne me restait donc plus que quelques titres à écrire !

Retrouver un casting aussi efficace que Zero Mostel et Gene Wilder était un pari ambitieux ?
Oui, mais il est toujours agréable de voir que le vivier de talents se renouvelle et que de nouveaux artistes vous procurent des joies aussi belles, même si elles sont différentes, que les comédiens que vous avez engagés sur un premier projet. De plus, mon exigence pour la comédie, et le timing qu’elle implique, n’a pas changé : je suis in-tran-si-geant ! J’aime dénicher les actrices et acteurs qui possèdent ce fameux « funny bones », ce sens inné du comique, qui font qu’ils exploseront, tant sur une scène que sur un écran. Pour le cinéma, j’avais en préparant mon film tendance à être plus coulant quant au choix des comédiens. Andreas Voutsinas, qui interprétait Carmen Ghia et est un grand directeur d’acteur, me disait : « on ne peut pas dire ‘ou’ mais ‘aussi' », par exemple « ne choisis pas ce comédien parce qu’il sait chanter ou danser, mais parce qu’il maîtrise les deux disciplines ». Je me suis très vite rendu compte qu’il avait raison. Contrairement à Max Bialystock, j’aime être entouré des meilleurs !

Parlez-nous de votre implication, en tant que producteur, dans le show de Broadway puis dans le film ?
J’ai fait tout le casting des rôles principaux pour Broadway. Il ne fallait pas se tromper. J’ai hésité un moment pour Matthew Broderick. Je l’avais vu dans How To Succeed In Show Business, il m’avait bien plu mais il devait toutefois me convaincre de sa capacité à interpréter un rôle aussi comique que celui de Léo Bloom. Je suis ravi de sa composition, d’autant qu’il se révèle très bon chanteur, c’est la première fois qu’il chante autant ! Nathan Lane, je l’ai vu dans de nombreuses pièces. Il succède brillamment à Zero Mostel, qui était une figure dans le monde du théâtre. Nathan sait tout faire, il a une belle voix ample et sait parfaitement bien bouger. Quant à Uma Thurman, elle a rejoint l’équipe du film et nous a tous impressionnés par ses capacités à chanter et danser. Elle s’est glissée avec beaucoup d’humour dans le rôle de la secrétaire délurée. Pour l’adaptation cinématographique, je suis presque tous les jours sur le plateau. Je suis producteur, alors forcément : je surveille ! Mais je n’en avais nullement besoin : Susan Stroman m’a épaté, elle a parfaitement su diriger son équipe, avec humilité. C’était son premier film, et pas une production minimale tournée dans un appartement autour d’un oeuf dur.

Vous semblez avoir un amour pour les musicals ?
J’adore ! J’adore…

Si vous deviez en choisir une, quelle serait votre chanson favorite ?
C’est une torture que vous venez d’inventer ? Je n’ai pas une mais des chansons que j’aime beaucoup. Et je ne mentionne pas les miennes ! Alors on pourrait considérer (Mel Brooks commence à chanter) « Heaven, we’re in heaven… our hearts beat so that I can hardly speak » de Irving Berlin, et j’aime aussi « Night and Day » de Porter, « You were never lovelier, never ever divine » de Kern… et
« Embraceable You » de Gershwin. On s’est fait un mini Broadway à Paris !

Vous auriez pu jouer Max à Broadway ?
Oui, mais je ne peux pas jouer dans une production pour laquelle on a besoin de mon regard extérieur, aider à polir les choses, mettre en place. Je ne peux pas faire deux choses à la fois. Mais ça m’aurait plu, c’est certain !

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