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Michel Fau, l’insaisissable

Le samedi 19 mai 2012 à 10 h 01 min | Par | Rubrique : Rencontre

D’où est venue l’idée de ce récital emphatique ?
Olivier Mantéi et Olivier Poubelle, directeurs des Bouffes du Nord m’ont donné une carte blanche pendant quinze jours. Alors j’ai choisi de mettre en scène tous mes délires autour des chanteuses d’opéra et des tragédiennes en un hommage affectueux et grotesque en fait. Frédéric Franck a coproduit le spectacle. Le public a très bien réagi, j’ai donc la possibilité de venir deux mois au théâtre Marigny sur l’invitation de Pierre Lescure et Stéphane Prouvé à la rencontre d’un autre public, plus mélangé peut-être. Cela dépasse la plaisanterie entre collègues théâtreux. Mon travail se partage entre la bouffonnerie et une réelle admiration, une vénération pour ces gens là qui sont devenus aujourd’hui un peu raisonnables, un peu chic. Moins de personnalités dévastatrices hantent les scènes, toujours sur le fil du sublime et du grotesque. Je pense qu’une vraie tragédienne lyrique ou dramatique doit être sur ce fil. J’ai eu la chance de jouer avec des tragédiennes comme Christine Fersen, Francine Bergé, Geneviève Page, Nada Strancar : des femmes hors du commun.

Vous souvenez-vous de la première fois où une diva vous a impressionné ?
Oui, très facilement. C’était à la télévision en 1979. Mes parents m’avaient laissé seul, adolescent. J’ai vu Lulu de Berg retransmis de l’Opéra de Paris avec Teresa Stratas qui était une bête de scène, une actrice survoltée. J’avais été tellement troublé par cette représentation et surtout par sa présence que je n’en avais pas dormi de la nuit, sans savoir si ça m’avait plu ou pas.

Comment est né votre personnage ?
Après avoir mis en scène des chanteurs, j’ai vu comment ils travaillaient. Pour l’opéra par exemple, à mes yeux ils doivent faire preuve d’une grande virtuosité. Ce sont comme des trapézistes ou de grands sportifs. Il faut bien se rendre compte de la prouesse que représente l’interprétation de ces partitions redoutables, sans micro. C’est quasi surhumain. Si, en plus, ils intègrent de la folie dans leur jeu nous atteignons les sommets de l’art. J’aime les acteurs fous, délirants mais j’aime aussi qu’ils soient très brillants techniquement, un peu animal de cirque. A l’heure actuelle, pour un acteur de théâtre ce n’est pas évident tant les spectacles sont cadrés, raisonnables. Aujourd’hui, il suffit de se mettre dans tous ses états, ça ne suffit pas pour moi, c’est ce que je propose dans ma quatrième version de l’interprétation de Phèdre… En outre, j’ai une grande admiration pour les meneuses de revue. Le travail est très important, je les admire, même si on définit cette catégorie comme plus futile. Ai vu la dernière revue, en 2003, aux Folies Bergère, c’était très émouvant (avec plumes et escaliers). J’ai créé l’Impardonnable Revue, au Rond Point, une parodie dans laquelle je jouais avec une très grande danseuse et danseur : je changeais de costume à chaque tableau, c’était épuisant. J’ai donc réduit à deux costumes pour ce spectacle, mais je sors lessivé de chaque représentation !

Mathieu El Fassi vous accompagne au piano.
Il est rare, formidable. Je n’aurais pas fait le spectacle sans lui. C’est un grand pianiste, il a de l’humour sans faire le malin. Il m’accompagne véritablement, c’est très agréable. Il est brillant donc on peut se permettre de petits écarts. Et il est patient !

Quelles sont les réactions du public ?
Les comédiens et musiciens sont touchés par le spectacle tout comme un public bien plus large, ce qui, à mon tour, me touche beaucoup. Je ne m’attendais pas à cet accueil, sans savoir que ça amuserait autant les gens. Mais j’ai aussi des rejets violents, il ne faut pas croire ! Le spectacle met en abîme tous les codes de jeu. Cela doit déstabiliser ceux qui pensent qu’il existe un « jeu légitime », ce qui n’est pas le cas pour moi. Aucun genre n’est supérieur à mes yeux. Ensuite, il faut tenter d’exceller dans les différents styles. Le travestissement peut heurter des gens aussi. Ce que j’aime c’est aller à fond dans l’artifice et trouver sa vérité et sa profondeur. On sait que c’est faux, mais ça marche. J’aime les masques.

Quels sont vos projets ?
J’aime les contrastes. Je suis tragédienne ce soir, d’ici quelques mois je jouerai du Montherlant dans une pièce très violente. Je refuse de me laisser enfermer. Et en 2013 je mets en scène Ciboulette, l’opérette de Reynaldo Hahn à l’Opéra Comique. J’imagine quelque chose de très festif, luxueux, acidulé, drôle et naïf avec plein de références et d’hommages. Je ferai une apparition à la fin, sans doute une comtesse. J’ai le temps d’y réfléchir.

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Un commentaire
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  1. Merveilleux Michel Fau. Comme je suis impatiente de voir ce qu’il fera de cette Ciboulette! Merci à lui d’en avoir accepté la mise en scène!

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