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Muriel Hermine – Freedom Opéra Gospel : Muriel Hermine libérée de l’eau !

Le mardi 1 avril 2003 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Muriel Hermine ©DR

Muriel Hermine ©DR

Pouvez-vous nous présenter votre nouveau spectacle Freedom Opéra Gospel ?
L’idée derrière le spectacle, c’est la tolérance et l’intégration face au racisme. C’est l’histoire de deux frères noirs, arrachés à leur terres africaines à l’époque de l’esclavage et transportés sur un nouveau continent. Face au racisme et à l’injustice dont ils sont victimes, l’un va choisir la révolte, l’autre l’intégration. Nous suivons le parcours de ces deux frères qui vont traverser les époques jusqu’à la nôtre et délivrer un message au monde qui nous entoure. L’histoire est bien sûr inventée, néanmoins elle s’appuie sur des moments historiques. Les deux frères subissent l’esclavage, puis acquièrent leur liberté mais ils se retrouvent confrontés à la ségrégation raciale. Un des tableaux fait référence à la victoire de Jesse Owens aux Jeux de Berlin (1936) sous les yeux de Hitler. Dans sa bataille pour se faire reconnaître, le frère rebelle a décidé d’utiliser son corps comme une arme de communication. Son combat sportif l’amène jusqu’aux Jeux de Berlin où il veut se faire reconnaître comme un homme à part entière. En définitive Freedom s’appuie sur l’histoire du peuple noir et du peuple blanc et de la cohabitation entre les deux.

D’où vous est venue l’idée de Freedom ?
L’idée m’est venue de la chanteuse Jo Ann Pickens qui tient le rôle de la narratrice dans le spectacle. Originaire du Texas, elle chantait du gospel dès l’âge de 6 ans. Elle a vécu la ségrégation quand, dans les églises, les blancs étaient en bas et les noirs en haut. Un jour elle a dit à sa mère :  » Regarde maman, on voit mieux qu’eux car on est mieux placé « . Avec son regard d’enfant, elle ne voyait pas la perversité de la situation. C’est cette histoire qui m’a donné envie d’écrire sur ce thème là. Puis le texte m’est venu très facilement il y a trois ans. Lorsque le résultat m’a paru suffisamment consistant, j’ai recherché le financement. A ce moment, j’ai réalisé que les gens n’étaient pas prêts à entendre cette histoire. On me disait que ce n’était pas pour le public français, que les blancs et les noirs, c’était très américain. La société française n’était pas sensée souffrir de ces maux. Freedom n’aurait pas pu voir le jour il y a deux ans. Depuis il y a eu le 11 septembre 2001 qui a traumatisé les gens et modifié leur regard sur le monde. Ensuite il y a eu l’élection présidentielle du printemps 2002. Une prise de conscience a touché toutes les couches de la société française, et les portes des producteurs se sont ouvertes.

Etre une ancienne championne de natation synchronisée ne vous a-t-il pas posé des problèmes pour développer ce projet ? D’autant plus que deux vos spectacles précédents se déroulaient dans l’eau.
Tout à fait ! On a de moi l’image d’une sportive et d’une femme de l’eau. Les gens ne comprennent pas immédiatement pourquoi je fais un spectacle sans eau. Mais il faut se rappeler que j’ai arrêté le sport de haut niveau il y a 12 ans. Je suis passée du sport-spectacle à l’eau dans le monde du spectacle. Maintenant, j’ai le sentiment de franchir la dernière étape. Je n’aurais pas pu passer directement du sport à la mise en scène . A présent, j’ai la possibilité de monter Freedom dans lequel il n’y a pas d’eau, mais on trouve dans ce spectacle toujours autant de beauté, d’imagination et de créativité. Un engagement s’en dégage également, chose qui n’existait pas forcément dans mes spectacles précédents davantage tournés vers l’esthétique. Avec Freedom, j’essaie de garder l’esthétisme tout en développant un vrai discours qui essaie de sensibiliser les gens, qui les heurte et les dérange aussi.

Vous semblez beaucoup aimer la comédie musicale, anglo-saxonne notamment.
C’est vrai, et j’ai voulu monter Freedom comme une comédie musicale anglo-saxonne. Il y a un véritable orchestre live de six musiciens. Sur la scène, j’ai demandé aux artistes qui ne sont pas danseurs de danser, de chanter, de jouer la comédie en étant justes et convaincants.

Dans cet esprit, comment avez-vous constitué la troupe du spectacle ?
Les artistes viennent de partout. Il y a bien sûr des Américains, mais aussi un Africain, des Anglais, et des Français bien sûr. Pour tout ce qui concerne le gospel, je me suis rendue dans un congrès de gospel, où se produisaient 400 chorales américaines. J’ai flashé sur l’une d’elles et l’ai engagée pour Freedom. Elle comprend dix chanteurs et chanteuses et apporte l’authenticité du gospel, qui je pense n’a jamais été chanté comme ça en France. Ca va exploser ! Pour le reste de la troupe, j’ai laissé venir les gens. Il m’est arrivé d’organiser un casting de 400 personnes. Or, au bout d’un moment, même si la 328e personne est géniale, vous ne pouvez plus vous en rendre compte. J’ai arrêté ce procédé, et j’ai exploré d’autres pistes. Pour ma recherche de profils : fragile, cassé, tel type de voix, tel timbre, j’ai laissé venir à moi les gens qu’on m’envoyait et j’ai écouté. J’allais voir des concerts de gospel, j’ai vu un récital Sondheim à Paris. Ca a pris du temps, mais comme j’avais ce temps, j’en ai profité pour peaufiner ce casting avec des artistes que j’estime extraordinaires même s’ils sont inconnus du public.

Qui a composé les chansons ?
Les textes ont été écrits par Jean-Jacques Thibaud, pour qui tous les mots doivent avoir un sens. Nous avons travaillé très étroitement afin qu’une continuité les lie. Parfois la chanson est moitié parlée et moitié chantée. Le public a ainsi le sentiment que ce « parlé » et ce « chanté » forment un tout et non pas deux choses séparées. A mon sens, c’est ce qui fait la qualité des comédies musicales américaines de Broadway. Je n’ai pas la prétention d’être à ce niveau, mais c’est vers quoi je veux vraiment tendre. Pour la musique, je me suis rendue compte qu’il était difficile d’écrire, pour un seul compositeur, une musique pour des blancs, des noirs, du gospel, du R&B, du jazz. C’est pour ça qu’il y a dix compositeurs. Encore une fois, j’ai exploré des pistes. J’ai reçu une centaine de chansons, parmi lesquelles vingt étaient vraiment très bien et que j’ai retenues.

Un dernier mot sur Freedom ?
Ca a été une vraie aventure !
Sur le monde qui nous entoure, j’ai le sentiment que les gens sont perdus car ils n’ont plus de repères. Comme si les adultes avait tué le rêve. Or celui-ci demande à revivre en chacun de nous. Si on peut rétablir ce rêve en regardant des spectacles quels qu’ils soient – mais entre autres Freedom – je pense que de grands moments sont à partager. Car ensuite notre comportement face à nos proches, nos amis, nos enfants, va changer. Les gens vont se positionner autrement, accepter la différence et évoluer par rapport à ça. Les gouttes d’eau de chaque personne qui se prennent en main vont rejoindre les autres gouttes d’eau des autres personnes, et puis un jour la balance changera. J’ai l’espoir face à ça.

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