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MyShowMustGoOn.com, site Internet consacré à la production communautaire du spectacle vivant

Le dimanche 21 février 2010 à 3 h 14 min | Par | Rubrique : Zoom

my-show-must-go-onPierre Michelin, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai commencé dans la musique en tant que musicien semi-professionnel, passionné de jazz. Très vite, j’ai eu envie de passer du côté de la production : j’ai travaillé dans les majors de disques. J’ai notamment été label manager de Sony Jazz, puis j’ai travaillé chez Warner. Très vite, je suis passé côté spectacle et j’ai travaillé pour différents producteurs : Gilbert Coulier en tant qu’administrateur de production. Sur Les Dix Commandements, j’ai découvert, plus que l’univers des tournées, la création, les coulisses du spectacle. J’ai continué avec Robert Hossein et Ben Hur au Stade de France. J’ai travaillé aussi sur de plus petits projets comme Camille C. en Avignon, le montage de Sol en Cirque… Depuis longtemps, j’ai cette affinité avec le spectacle en général, et le spectacle musical en particulier. Dernièrement, j’ai travaillé pour un groupe médias et l’opportunité s’est présentée de mettre en application mon idée. Et une fois qu’on a beaucoup travaillé pour les autres, on a aussi envie de réaliser ses propres projets et là, c’est l’occasion rêvée.

Comment vous est venue cette idée de MyShowMustGoOn ?

L’idée est d’abord venue du fait que j’ai des envies de production tout en n’ayant pas de moyens. En côtoyant professionnellement les fondateurs de MyMajorCompagny, je me suis dit que ce serait bien de décliner ce concept et de voir comment on pourrait l’adapter au spectacle vivant. Par étapes, je me suis aperçu que l’idée n’était pas de mettre un projet en souscription en essayant de lever des fonds très importants, sachant qu’un spectacle coûte très cher et beaucoup plus cher que l’enregistrement d’un album. Mais l’idée est plutôt de proposer un service mutualisé pour les producteurs, mais qui puisse aussi séduire les internautes.
L’idée est que le service soit gagnant-gagnant pour tout le monde.
Les producteurs, en général, ont besoin d’un point de financement. Un complément de trésorerie est toujours le bienvenu en phase de lancement ou d’amorçage d’un projet. Ils ont toujours besoin aussi de promotion additionnelle et on sait que, une fois que le marketing est lancé, le bouche-à-oreille est le premier vecteur, le cercle vertueux du succès. L’éclosion des réseaux sociaux est un formidable outil pour tout ça. Les souscripteurs sont donc les meilleurs ambassadeurs du spectacle.
Pour les internautes, on va s’intéresser plutôt aux gens qui ont déjà une passion ou un intérêt particulier pour le spectacle : on va leur proposer de leur donner un peu plus à voir, des informations de coulisses, comme vous mais d’une façon complémentaire. Et on va leur donner un certain nombre d’autres avantages : c’est le producteur qui décidera, selon sa production propre, quel genre d’avantages il souhaite livrer aux souscripteurs. La cerise sur le gâteau, c’est que le souscripteur pourra récupérer tout ou partie ou même plus que sa souscription puisqu’il devient, de fait, un coproducteur. Sa souscription est une avance de coproduction au même titre que les autres coproducteurs professionnels.

Pierre Michelin

Pierre Michelin

Il y avait trois difficultés à résoudre : la première, c’est la temporalité parce qu’un spectacle se construit sur une longue période et c’était difficile de mettre une souscription pour un projet qui ne verra le jour peut-être que deux ans plus tard. Pour résoudre ce problème, on a décidé de raccourcir le cycle et d’aller sur des projets qui sont déjà en route, qui se feraient avec ou sans souscriptions et qui sont à l’affiche rapidement. La contrepartie, c’est qu’on donne moins à voir sur la fabrication mais il y a plus de sécurité et on essaiera de corriger le tir petit à petit et d’avoir des projets sur le long terme avec les projets sur le court terme, en fonction des offres.
Le deuxième point, ce sont les montants à recueillir : il est évident qu’on ne peut financer la totalité du budget. L’idée est d’en prendre une petite partie, qui sera atteinte ou pas et qui sera une contribution pour les producteurs.
La troisième contrainte, la plus difficile, c’est un principe de droit important : la nullité des clauses contestatives. Aucun des contractants ne peut changer les règles du jeu en cours de route. Si on propose à un internaute d’avoir un millième d’un spectacle en achetant une part, on ne peut pas le modifier par la suite, même en cas de frais supplémentaires. Il faut donc prendre comme point de référence le budget qui correspond au risque absolu. En fonction de cette enveloppe de référence, même en cas de salles vides, on va fixer la valeur de la part et on va estimer un point mort. Les comptes sont établis au réel comme pour toute pièce de théâtre, c’est-à-dire qu’en fonction du prix moyen du billet, on espère un équilibre du spectacle à tant de spectateurs payants. Schématiquement : quand on arrive à cet équilibre – qu’on appelle le point mort – la souscription est remboursée. Si on la dépasse, on est remboursé et même on fait un bénéfice. Tant qu’on n’est pas à l’équilibre, on touche quelque chose mais moins que sa souscription. Finalement, le risque est très encadré. Il est compensé par l’avantage qu’on aurait pu avoir, l’avantage de venir au spectacle, avoir des informations exclusives, d’être coproducteur. D’un autre côté, on ne promet pas non plus de devenir millionnaires en achetant une part de souscription. Evidemment, on sait qu’on est dans une économie qui ne permet pas d’espérer multiplier par dix ses gains. On borne évidemment l’exploitation, pas forcément à une date précise mais à une fin de tournée qui serait éventuellement accolée au début d’exploitation. Donc on borne la période d’exploitation mais sur un spectacle potentiellement rentable, on pourrait dire que, en cas de succès, on pourrait doubler sa mise.

Comment le tarif de la mise est-il défini ?
Ce qu’on propose, ce sont des parts fixes à 25 euros. Pourquoi 25 ? Pourquoi pas ? Et si on observe les autres sites de production communautaire, dans la musique ce sont souvent des parts à 10 euros. On s’est dit qu’on allait s’adresser à des gens peut-être plus adultes et cela se confirme : les gens ont majoritairement entre 35 et 54 ans et ont cette habitude d’aller au spectacle. Donc 25 €, c’est le prix d’un billet. Après, ce sont des multiples : sur certains spectacles, on va dire que l’investissement minimum, c’est deux parts, ce qui est fixé avec le producteur professionnel. Dans d’autres cas, c’est déjà bon avec 25 euros. C’est au cas par cas. Et si on souhaite investir beaucoup plus, on le peut, par multiples de 25.

Vous avez actuellement quatre spectacles ?
Trois en souscription  et un en développement, qui est La fabuleuse histoire de Bollywood. « En développement », c’est l’étape précédente à la souscription qui va s’ouvrir prochainement pour ce spectacle qui a été joué en France en décembre dernier, qui a déjà eu presque 50 000 spectateurs ici. Le producteur a décidé de continuer les tournées de ce spectacle indien en Zéniths et Palais des Sports au printemps, puis une exploitation en théâtres en 2011. La raison pour laquelle on n’est pas encore en souscription est qu’il doit finaliser le cadre économique de sa tournée. Dès qu’on sera prêts, on pourra lancer la souscription pour ces deux tournées 2010/2011.

Comment choisissez-vous vos spectacles ?
Au départ, j’ai sélectionné des spectacles soit en fonction d’envies, ce qui était notamment le cas pour Non, je ne danse pas ! que j’avais vu deux fois en lectures, que j’ai adoré. Je connaissais les interprètes. Là, c’est un vrai coup de cœur, sachant que même si le cast n’est pas très connu, le spectacle de qualité contenterait les souscripteurs. Les premières critiques de la presse et réactions du public le confirment. C’est encore long pour en faire véritablement un succès mais c’est là que le concept prend finalement tout son sens, que les souscripteurs en parlent autour d’eux, font vendre des billets. Et là, l’affaire est gagnée. On montre la force du concept. Les internautes ne sont pas encore nombreux mais j’espère qu’ils le seront de plus en plus.
Les autres spectacles, ça s’est fait de proche en proche, soit en consultant des producteurs, comme Nicolas Féru, promoteur local qui a produit African Footsprint et La fabuleuse histoire de Bollywood, qui a tout de suite été séduit par l’idée. On s’est dit qu’on allait commencer par ce catalogue et en allant à la Pépinière voir Non, je ne danse pas !, ils m’ont parlé du spectacle avec Mélanie Laurent, Promenade de santé, et pourquoi pas faire un package pour vendre les deux aux souscripteurs.
L’idée pour les prochaines semaines est de continuer à aller vers des spectacles déjà en exploitation. Finalement, le besoin est là, dans ces spectacles en amorçage et ce n’est pas contradictoire avec la vision à long terme du site.
Parallèlement, on va sélectionner sur certains critères : diversité des genres, la potentialité de rentabilité : vis-à-vis de la promesse qu’on fait aux internautes, l’idée n’est pas de se substituer à des subventions. L’idée est d’arriver en complément sur des structures déjà professionnalisées avec une exploitation programmée dans un cadre précis. Il ne faut pas que les porteurs de projets comptent sur nous pour financer ces projets. En tout cas, pas aujourd’hui. Après, évidemment, il y a un choix subjectif, une politique éditoriale de production. On évoluera à l’écoute des producteurs et des internautes.

Comment vous rémunérez-vous ?
En ce qui concerne la rémunération, MyShowmustgoon doit aussi gagner de l’argent : on retient une commission sur les souscriptions de 15 %. C’est un coût qui apparaît sur le budget global. C’est un intéressement qui est également prélevé quand les souscripteurs récupèrent leur part. MyShowmustgoon est une entreprise de spectacles avec les licences 2 et 3 d’entrepreneurs du spectacle ce qui apporte un cadre relativement sécurisé pour le producteur professionnel avec qui on signe un contrat et les souscripteurs. On se positionne comme une société de production avec un mode particulier de financement et de promotion.
Pour conclure, tout est ouvert. On a un concept de base. On a besoin de reconnaissance et nous seront à l’écoute des internautes et des producteurs pour évoluer en fonction.

Quel regard portez-vous sur l’économie du spectacle musical en France ?
Ma position ne me permet pas vraiment d’analyser globalement. Mon parcours professionnel a toujours été du côté du spectacle privé donc je maîtrise mal le secteur subventionné. De mon point de vue, les aides publiques ont de toute façon tendance à s’amenuiser. Le service que nous proposons est un moyen complémentaire d’aider à la création. En ça, j’ai l’impression qu’on est dans le vrai. Quant au prix des billets que beaucoup considèrent trop élevé, quand on connaît le prix des salaires, le coût d’un spectacle, des salles, des droits d’auteur et des différentes taxes, on voit la fragilité du système. L’équilibre du spectacle l’impose. Soit il y a des aides privées, publiques, des sponsors, soit il faudrait reconnaître que le prix des billets ne peut diminuer.

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