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Nini (Critique)

Le mardi 10 septembre 2013 à 16 h 09 min | Par | Rubrique : Critique, Spectacles divers

Lieu : Théâtre Michel - 38 rue des Mathurins - 75008 Paris - M° Havre Caumartin.
Dates : Du 26 septembre 2013 au 04 janvier 2014.
Horaires : Du mardi au samedi à 19h.
Tarifs : De 9 à 26 €.

niniAvec : Sandra Gabriel
Mise en scène : Gil Galliot
Chorégraphie : Philippe Bonhommeau
Musique : Pascal Lafa
Décors : L’Usine à 5 pattes
Costumes : Candice ArnouilParis, Octobre 1943.

Au Cabaret du Tire-Bouchon le rideau s’ouvre comme chaque soir sur Nini, personnage haut en couleur, doté d’une gouaille sans pareille et qui, sous la forme d’une revue, se raconte et met sa vie en scène en chantant et dansant devant un parterre de vert-de-gris et de noceurs. Nous sommes en pleine occupation allemande…

Nini, reine de la nuit et femme hors-norme tombe amoureuse de Hans, un sous-officier de la Wermacht sans se soucier de son statut d’occupant, puisqu’il occupe son cœur avec bonheur… Un jour viendra pourtant où le spectateur subjugué d’un soir, viendra frapper à sa porte pour lui demander des comptes et lui faire payer son insouciance et ce trop-plein de liberté.

Saluée unanimement par la critique, Nini évoque un sujet jamais abordé au théâtre. Du rire le plus léger à l’émotion la plus poignante, cette création théâtrale traite à la fois de la place de l’artiste pendant l’Occupation et de l’amour interdit d’une femme avec l’occupant. Un texte contemporain porté par l’énergie du cabaret, la performance d’une comédienne et le réalisme d’images filmées (originales et d’archives).

Notre avis :

Octobre 1943, la France est aux mains des allemands. Paris est occupé et l’Histoire vit des heures sombres. Parmi les lieux où l’insouciance est reine, restent les cabarets de la capitale, dont le « Tire-Bouchon » où Nini chanteuse et danseuse vedette nous accueille en cette nuit d’occupation.
Oublié le Théâtre de l’Archipel. En quelques instants, quelques notes de musique, et un décor tout simple, le public est plongé au cœur de la Seconde guerre mondiale, au royaume de Nini dont les généraux Allemands raffolent de la voix… et des charmes.
Incarnée par Sandra Gabriel, Nini se raconte alors en textes et en mélodies. Dans une ambiance festive et coquine, elle chante son enfance, sa famille, son arrivée à Paris, ses rêves secrets… La gouaille d’autrefois, le son de l’accordéon, quelques vraies-fausses images noir et blanc, tout est réuni pour que le public accompagne aussitôt l’héroïne dans son récit.
Le récit est plein d’humour. Avec une poignée d’accessoires, la vedette ressuscite tour à tour son maître d’école, sa mère et sa grand-mère, spécialistes du plus vieux métier du monde ou son meilleur ami que la beauté des soldats ne laisse pas indifférent…
Mais la guerre entraîne toujours des blessures. Avec tendresse puis une formidable émotion, Sandra Gabriel joue alors cette Nini tombée folle amoureuse d’un officier Allemand. Son drame : car donner son « cul aux vainqueurs, plutôt que son cœur aux vaincus » n’est pas du goût de tous dans cette période tragique. Son amour est incompris, interdit. Nini n’est plus coquine, elle devient touchante. Le récit se fait plus grave, la chanson plus noire et le rire devient sanglot.
70 ans après l’Occupation, il fallait de l’audace pour monter un tel spectacle, dont l’issue dramatique rappelle ce qui fut une réalité et tranche de façon violente avec le reste du spectacle.  Drôle, attachante et émouvante, Sandra Gabriel parvient magnifiquement à évoquer un épisode douloureux de notre histoire. C’était osé. C’est réussi.

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