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Oliver Twist (Critique)

Le samedi 24 septembre 2016 à 1 h 09 min | Par | Rubrique : Critique

Lieu : Salle Gaveau - 45 rue la Boétie - 75008 Paris - M° Miromesnil.
Dates : Du 23 septembre 2016 au 31 décembre 2016.
Horaires : Vendredi et samedi à 20h30. Samedi à 15h. Dimanche à 14h.
Tarifs : De 14 € à 89 €.

oliver-twistD’après l’œuvre de Charles Dickens.
Auteurs : Christopher Christopher & Shay Alon.
Mise en scène : Ladislas Chollat.
Chorégraphes : Avichai Hacham & Emmanuelle Roy.
Costumier : Jean Daniel Vuillermoz.
Concepteur lumière : Alban Sauvé.
Assistant mise en scène : Eric Supply.

Spectacle en français, surtitré en anglais.

Londres. XIXème siècle. Oliver Twist a 15 ans. Échappé d’une maison de redressement puis d’une famille de croque-morts qui l’achète pour une bouchée de pain, il part à la recherche d’une famille qu’il pense perdue…
En ville, il ne fait pas bon vivre sans protection, ni toit, ni argent. Enrôlé par une bande de voleurs aux mœurs douteuses, Oliver y est nourri et vêtu en échange de quelques tours de passe-passe que le vieux Fagin, pingre et stratège, lui inculque.
Dickens, jeune voleur espiègle et rusé, et Nancy, demoiselle au grand cœur, lui apportent aide et soutien dans sa quête de famille. Après une arrestation pour un vol qu’il n’a pas commis, Oliver fait la connaissance de M. Brownlow, un vieil homme riche qui a pour seule compagnie sa servante, Rosa. Cette rencontre pourrait bien changer sa vie à jamais… À la force de ses rêves, il a changé son destin.

Notre avis : Des mélodies interprétées en direct, au fil d’une œuvre de théâtre, un rythme soutenu, des artistes complets… L’on avait presque oublié ces dernières années, en France, sur quoi repose un grand spectacle musical, digne de ce nom. Certains même n’y croyaient plus… Et voilà qu’Oliver Twist a surgi. Et qu’il est étincelant.
Création originale et inédite, ce spectacle –muri discrètement depuis un an et demi- est d’un niveau rarement vu à Paris, tant il réunit, sans la moindre fausse note, tous les éléments d’un musical de Broadway et une distribution de très haute volée. A en faire pâlir beaucoup.
C’est sur la scène de la salle Gaveau, -qui accueille pour la première fois un spectacle musical- que se déroulent les péripéties du jeune orphelin à la recherche de son père, tirées du chef d’œuvre de Dickens. Et d’emblée, dès l’ouverture, la qualité est là. Qui ira crescendo. La partition accroche l’oreille, le jeu des comédiens accroche le regard, et le public est embarqué. D’abord à l’orphelinat, puis dans les rues de Londres, dans le repaire de Fagin enfin, où Oliver a été recueilli. Chaque tableau est un régal, chaque scène, une nouvelle émotion. Entre rires et douceur. Fidèle aux différents univers du récit, le parallèle entre la pauvreté crasse des bas-fonds de Londres et la douce quiétude d’un appartement bourgeois est formidablement mis en scène. Trappes et décors en hauteur permettent de passer instantanément d’une séquence à l’autre, transformant le temps clin d’œil, l’atmosphère et les sentiments. Que quelques projections complètent minutieusement. La finesse de cette mise en scène, astucieuse et jamais vue n’est pas le fruit du hasard. Elle est signée Ladislas Chollat. L’homme de Résiste a une fois de plus rempli son pari : le spectacle est partout sur scène, les chorégraphies sont bien intégrées, les attitudes sont étudiées, le rythme est tenu, qui alterne joyeux chorus, numéros dansés et solo émouvant. Chollat attrape le public et le tient en haleine jusqu’au dénouement. Initiateur du projet, (avec Christopher Delarue, auteur du livret) Shay Alon a composé des mélodies riches et variées, jouées en direct par six musiciens. Autour d’un thème récurrent, dans la plus pure tradition de Broadway, ses compositions et les titres prennent naturellement leur place parmi le récit, respectant là aussi les codes des musicaux anglo-saxons… « C’est une belle journée » fait swinguer le deuxième acte, « Fastoche » est franchement un clin d’œil au cabaret et « Ce qu’il faut faire » interprété par le jeune héros sous des flocons de neige est poignant.

Cette scénographie habile et ces mélodies formidables ne seraient rien sans la distribution de choc d’Oliver Twist. Et le niveau de cette troupe est peut-être ce qui est le plus remarquable. Rarement cast aura été à ce point impressionnant. Omniprésents –chacun occupant plusieurs rôles, tous sont saisissants de justesse et de conviction dans leur jeu comme dans leur voix. Aucun ne semble secondaire, aucun n’est présent à moitié. A l’inverse, tous chantent, dansent et interprètent avec un égal talent et une réelle aisance. Ils n’occupent pas la scène, ils la font vivre. Dans des rôles hauts en couleur, ciselés pour chacun, tout droit sortis de cette Angleterre du début du 19ème siècle. Une fois n’est pas coutume, tous se doivent donc d’être cités : Arnaud Léonard, Catherine Arondel, Gilles Vajou, Jeff Broussoux, Hervé Lewandowski, Marina Pangos, Sébastien Valter, Théa Anceau, Jennifer Barre, Juliette Behar, Xavier Ecary, Lucile Bourdon. A leurs côtés, le trio Prisca Demarez, David Alexis et Benoit Cauden atteignent sans doute avec leur personnage un niveau de performance inédit, se hissant, par leur talent, à la hauteur des plus grands. Ils entourent Nicolas Motet dont c’est le premier grand rôle sur scène. Tout juste âgé de seize ans, le jeune chanteur est l’Oliver Twist rêvé de Dickens. A l’aise du début à la fin, il signe une entrée vocalement fracassante dans le théâtre musical.
Ajouterons-nous enfin, mais est-ce nécessaire, combien les moindre détails de ce spectacle sont soignés à l’extrême : les costumes sont superbes, le maquillage et les accessoires sont plus vrais que nature, les gestuelles précises, les effets visuels ingénieux. Rien n’est laissé au hasard.

Pas de hasard, beaucoup de précisions, de qualité et de talents. Voilà sur quoi repose un très grand spectacle musical, comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Oliver Twist en est un, et c’est un événement. Tout simplement.

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6 commentaires
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  1. ça donne envie.
    Et merci de n’avoir pas écrit « en live » mais « en direct ».

  2. Hum, si je comprends bien cet article, les numéros musicaux sont en Français ce qui est forcement frustrant pour ceux qui aiment la comédie musicale et connaissent Oliver…

  3. Désolé, Catherine, mais cette version de l’histoire de Charles Dickens est une création 100% française. Ce n’est pas une adaptation de la pièce de Lionel Bart. Ce n’est donc pas étonnant que les chansons soient en français, puisque les créateurs sont francophones. Pour une présentation française de « Oliver ! », il faudra attendre (et au passage, il y a une version française de cette oeuvre, puisque le film a été entièrement doublé, comme l’ont été « La Mélodie du Bonheur » ou « My Fair Lady » lors de leur sortie en France).

  4. En effet Catherine, le spectacle Oliver Twist proposé à la Salle Gaveau est une création originale dont les chansons en français ont été écrites par Christopher Christopher et Shay Alon. Merci à Gérard pour toutes ses précisions!

  5. Merci pour cette critique qui donne envie. A votre avis, des enfants de 7 et 9 ans peuvent-ils apprécier le spectacle ?

  6. Je trouve votre critique très indulgente. Je lis partout « Un spectacle « à la Broadway » » Je me demande si ces gens ont déjà vu un spectacle à Broadway, car je trouve qu’on est en l’occurrence très très loin de la « Broadway Quality ». Le livret est pauvre (on a l’impression qu’il a été écrit en 2 heures) on ne comprend pas grand chose aux chansons interprétées à plusieurs, (et pourtant j’étais au premier rang de corbeille) le jeune Oliver est quand même trop vieux pour le rôle et si vocalement, il s’en sort bien en général (sauf les notes basses qui sont couvertes par l’orchestre) il grimace beaucoup, bafouille, n’articule pas assez dans les moments dialogués, et joue assez mal les moments de faiblesse, on dirait plutôt qu’il surjoue l’ivresse, l’espace scénique de la Salle Gaveau est trop étriqué, ça se bouscule, les décors ne sont pas toujours très bien conçus (l’omniprésence des affreuses tentures et du linge qui sèche chez Fagin même quand l’action se déroule « chez les bourgeois »), des anachronismes dans les dialogues (« super », « j’hallucine », « vachement », « tu sais quoi ? ») parfois proches de dialogues de sitcom. des maladresses dans les paroles de chansons (« Il est interdit de rien laisser » pour dire : »Interdit de laisser la moindre miette dans les assiettes »), la prosodie maladroite, quelques grossièretés inutiles, etc… Les chorégraphies sont parfois limite, la présence d’Oliver sans le dernier tableau avant l’entracte n’est pas logique, puisqu’il vit à présent chez son protecteur, bref, il faut beaucoup d’indulgence pour se laisser convaincre. Certains noms ont été changés (on se demande bien pourquoi) l’histoire est modifiée, ce ne sont plus des enfants orphelins mais des jeunes délinquants, etc… Il s’agit donc davantage d’une adaptation libre d’Oliver Twist.
    La comédie musicale OLIVER ! existait déjà, avec des personnages, des chansons et un livret nettement supérieurs, je me suis vraiment demandé pourquoi n’a-t-on pas repris cette œuvre-là au lieu de créer ce nouveau musical bien en-dessous, et à tous les niveaux, de la version de Lionel Bart dont on sortait en chantonnant les airs.

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