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Oliver Twist (Critique)

Le Samedi 13 juin 2015 à 18 h 30 min | Par | Rubrique : Critique, Jeune public, Théâtre musical

Lieu : Théâtre de l'Epée de Bois - Cartoucherie de Vincennes -
Dates : Du 4 au 25 juin 2015, les jeudis, vendredis, samedis et dimanches.
Horaires : Jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 16h et 20h30, dimanche à 16h
Tarifs : 18 € / 14 € / 12 € / 7 €

oliver-twistD’après Oliver Twist de Charles Dickens.
Adaptation : Danièle Klein et Eric de Dadelsen.
Mise en scène : Olivier Mellor.
Avec Jean-Christophe Binet, Marie Laure Boggio, Marie-Béatrice Dardenne, François Decayeux, Dominique Herbet, Olivier Mellor, Adrien Michaux, Marie-Angèle Moreno, Rémi Pous, Stephen Szekely et en alternance Thomas Champlois et Léonard Jacquot.
Musiciens et chansons originales : Séverin « Toskano » Jeanniard, Cyril « Diaz » Schmidt, Romain Dubuis, Louis Noble, Boris Bénézit, Olivier Mellor.
Production : Compagnie du Berger et Compagnie Syma.

Oliver Twist est l’un des plus grands romans de Charles Dickens. C’est aussi une saga : l’histoire du destin d’un « orphelin universel », archétype de l’innocence perdue dans le Londres malfamé et crasseux de la fin du XIXe siècle.
On y croise des personnages drôles et sympathiques, plein de cette bonté victorienne, mais aussi des personnages sans scrupules, affreux, sales et méchants, qui baliseront le chemin de ce petit garçon chahuteur et violenté. Dans les yeux d’Oliver Twist, et sous la plume de Dickens, se reflètent les plus bas instincts des bas-fonds londoniens, et toute l’humanité perdue au profit de l’exploitation de l’homme par l’homme.
Marionnettes, musique et chansons se mêleront à cette aventure, car dans Oliver Twist, il y a avant tout et malgré tout le triomphe de la vie, et de l’amitié.
A partir de 8 ans.

Notre avis :

Même pour qui n’a pas lu le volumineux roman de Dickens, il est aisé d’imaginer la difficulté d’adapter pour la scène, dans un format d’une heure et quarante-cinq minutes, ce qui était à l’origine un feuilleton dont la parution des épisodes dans une revue mensuelle a duré deux ans. Il a donc fallu à Danièle Klein et Eric de Dadelsen tailler dans le vif, parfois au prix d’un resserrement et d’ellipses déroutants pour le spectateur qui découvrirait l’œuvre. De fait, on a parfois du mal, surtout en début de spectacle, à identifier qui est qui, et à relier les différents tableaux entre eux. Ajouter à cela les patronymes anglais, quelques dialogues noyés dans une amplification incertaine et le fait que des comédiens jouent plus d’un personnage – comme c’est la coutume dans ce genre de spectacle –, et la confusion s’installe !
C’est la seule vraie réserve que l’on puisse formuler à propos de ce spectacle qui vise haut en affichant vingt-et-un artistes multi-talents sur scène et propose une scénographie très aboutie, en particulier dans la fluidité des changements des décors (et ils sont nombreux !). Grâce à des lumières sensibles, des effets météorologiques efficaces et des décors simples mais évocateurs, c’est tout à fait l’époque victorienne que l’on nous donne à vivre dans sa dualité, celle des salons bourgeois où prévaut la morale et celle, poisseuse, d’un Londres plongé dans un fog persistant qui draine son contingent de voleurs peu fréquentables.
Si les dialogues sont entièrement parlés, la musique reste extrêmement présente, par les entraînants tutti d’ouverture et de fin, et par les intermèdes chantés pendant les changements à vue des décors qui donnent l’occasion aux protagonistes de s’épancher. Plus que par les paroles, on est immédiatement séduit par la diversité des styles – ballade, folk, marche, jazz, manouche, chanson à couplets, Brahms, requiem, rock alla Beatles –, et par l’engagement des musiciens – saxophones, contrebasse, piano, melodica, flûtes, guitares, percussions… – qui donne parfois l’impression qu’on est venu assister à une succession de mini-concerts privés dans un caveau.
Enfin, qu’on soit adulte ou enfant, comment ne pas être fasciné par ces marionnettes à taille humaine qui s’insèrent avec un naturel confondant dans la galerie des personnages et qui, à chaque dodelinement ou à chaque inflexion de voix de leurs manipulateur/trice, vous donnent l’étrange sensation qu’elles sont des êtres de chair et de sang ?
Il serait donc regrettable de passer à côté de ce spectacle, ambitieux et original par ses multiples formes d’expression (théâtre, chant, musiques, marionnettes), qui a le grand mérite de ne pas verser dans la facilité du genre tous publics et qui, par son histoire universelle et sa mise en scène incisive, séduira grands et moins grands.