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Olivier Breitman – Profondeur et humanité

Le samedi 1 décembre 2007 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Olivier Breitman ©DR

Olivier Breitman ©DR

Comment se sont passées les répétitions ?
On a beaucoup travaillé ! J’imaginais que deux mois et demi pour monter un spectacle, c’était confortable, mais en fait, ce n’était pas de trop ! On n’a pas arrêté, on a vraiment travaillé du matin au soir tous les jours. Comme on n’est pas tout le temps tous sur scène, j’imaginais qu’on aurait des petits moments de pause… mais non ! Donc ça a été très studieux mais en même temps, c’était passionnant. Quand je rentrais chez moi, je me couchais avec l’impatience que le réveil sonne pour pouvoir répartir en répétitions.

Julie Taymor est venue à la fin des répétitions pour travailler directement avec la troupe. Comment s’est passé le travail avec elle ?
C’est un spectacle qui a été créé il y a dix ans : j’imaginais qu’on allait rentrer dans des marques, des places fixées d’avance et que notre marge de manoeuvre allait être très réduite. Ce qui m’a surpris de la part de Julie Taymor – et de la part de toute l’équipe créative ? c’est que dès les premières répétitions, elle nous a fait travailler en atelier, en recherche, comme si elle montait le spectacle pour la première fois, avec l’expérience de dix ans, bien sûr, mais en essayant de chercher ce qui fonctionnait le mieux avec la langue française, la culture française, et les interprètes qu’elle avait sous la main. C’est quelque chose qui a été très appréciable et je n’imaginais pas du tout ça. Je pensais qu’on aurait été beaucoup plus contraint, alors qu’on a eu malgré tout une marge de création d’interprète.

Pouvez-vous nous décrire votre personnage et la façon dont vous l’avez appréhendé ?
Mon personnage, c’est le méchant, l’affreux, l’épouvantable, l’ignoble… mais c’est un très beau méchant. C’est un cadeau de pouvoir interpréter ce personnage. Par rapport au dessin animé, c’est très différent. Julie Taymor a développé certains personnages, dont Scar et Nala. Scar a un côté encore plus shakespearien. Il a cette cicatrice qui lui a donné son nom, mais elle lui a rajouté une canne, il boîte, il a un corset. Et Julie Taymor m’a dit : ?Scar a le complexe de Richard III. Il est faible, il est laid, et son frère est grand, beau et a le trône.’ C’est sur cette frustration, cette douleur, qu’est basée sa méchanceté. Ce travail a été passionnant : il s’agissait de trouver les raisons humaines de sa méchanceté. Ce n’est pas juste un méchant. Le metteur en scène délégué me disait : « Il ne faut pas jouer le grand méchant loup. Ce n’est pas Guignol ! » Il faut trouver l’intériorité et la profondeur du personnage, pas juste faire les gros yeux pour faire peur.

Quel est votre moment préféré ?
Pour mon personnage, le moment que je préfère est la toute fin, quand il perd pied et se fait abattre par Simba. On sent qu’il est déséquilibré, et à la fin, il bascule complètement dans la folie.
Sinon, le moment que je préfère dans le spectacle est le départ de Nala, « Terre d’ombres », qui est une chanson absolument sublime et dont l’interprétation de Léah me donne des frissons à chaque fois que je l’entends.

Comment s’est passé le travail de manipulation du masque ?
C’était complexe mais passionnant. On avait des séances où on passait des heures entières devant le miroir pour essayer de comprendre comment fonctionnait le mécanisme ou pour voir l’image que ça donnait. On pouvait se filmer et regarder après pour voir comment faire évoluer le masque. D’habitude, j’ai beaucoup de mal à me regarder moi-même, mais là, c’était différent car il s’agissait de comprendre comment se comportait le masque physiquement, essayer de trouver à l’intérieur comment on peut prolonger ses propres muscles pour faire bouger le masque, en donner l’illusion en tout cas.

Si je ne m’abuse, vous avez également une expérience dans le théâtre traditionnel japonais. Est-ce que ça vous a servi dans votre travail sur ce spectacle ?
En effet, j’ai travaillé avec un metteur en scène japonais qui s’appelle Junji Fuseya des éléments de différentes techniques traditionnelles. Ce que j’ai appris avec lui me sert tout le temps. Ce sont des techniques de base de théâtre, de stylisation. Ensuite, on dose la stylisation, même dans un spectacle naturaliste : on est sur scène, pas dans la vie donc il y a stylisation.
C’est sûr que ça m’a servi davantage sur ce spectacle-là car Julie Taymor elle-même s’est inspirée des arts indonésiens (Bali, Java) et même du bunraku japonais. Ce qui m’a beaucoup surpris également quand j’ai commencé à travailler avec elle, c’est que j’ai entendu quasiment le même discours que celui que j’entendais dans mon petit théâtre parisien avec mon japonais. C’est une recherche de théâtre universel qui se base simplement sur la vie humaine. Quand Julie Taymor dit : « les choses principales à retransmettre c’est la vie, l’amour, la mort », c’est mot pour mot ce que m’a enseigné Junji Fuseya. Et je ne m’attendais pas à voir ça dans un spectacle de Broadway, cette profondeur et cette recherche d’humanité…

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