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Panique à bord, le making of – La croisière… répète

Le samedi 1 septembre 2007 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

Vincent Heden et Ariane Pirie dans Panique à Bord © Geneviève Krieff

Vincent Heden et Ariane Pirie dans Panique à Bord © Geneviève Krieff

«Ceux qui n’ont jamais vu le spectacle, merci de ne pas rire, le premier rire est une drogue addictive dès première utilisation, cela va perturber les comédiens pour la suite.» C’est avec ses mots que la metteuse en scène Agnès Boury s’adresse aux quelques personnes venues assister ce dimanche soir d’août à un filage – répétition en costumes de toute la pièce – de Panique à Bord, la nouvelle comédie musicale de Stéphane Laporte (livret et paroles) et Patrick Laviosa (musique). Las, il ne faut pas longtemps pour que la consigne devienne intenable. Les zygomatiques sont chatouillés dès l’entrée des comédiens, et notamment celle de la toujours hilarante Ariane Pirie (vue entre autres en Dieu et la Sorcière dans Créatures ou en directrice du centre dans Les Hors la loi).

Les six comédiens enchaînent donc les scènes et les chansons sous l’oeil attentif, et parfois inquiet des auteurs, de la chorégraphe et ce soir-là, de l’éclairagiste, qui prend des notes. On remarque les costumes réussis de Jef Castaing, en particulier ceux qu’il fait porter à Christine Bonnard, tour à tour carmélite, fausse infirmière ou vraie « aquagymeuse ».

Panique à bord relate sur le ton de la franche comédie – Stéphane Laporte parle d’une « farce » – les tribulations de trois couples, qui ont embarqué à bord d’une croisière sur le Titanas, chacun pour des raisons très différentes. Il y a d’abord une mère et son fils (Christine Bonnard et Vincent Heden), venus arnaquer les passagers les plus naïfs, un couple picto-charentais en quête de nouveaux frissons (Gilles Vajou et Angélique Rivoux), et la chanteuse du bateau et l’un des membres de l’équipage (Ariane Pirie et Jacques Verzier), la première cachant un lourd secret, le second préparant de noirs desseins.

Pour trouver les origines de Panique à Bord, il faut remonter à 2003 et à Simenon et Joséphine, la première oeuvre du duo Stéphane Laporte / Patrick Laviosa. Ce dernier se souvient : « On a su immédiatement qu’on allait retravailler ensemble. Après avoir fait quatre ou cinq chansons, et une en particulier qui paraissait vraiment bien, tout le monde nous disait qu’on allait bien ensemble. On s’est alors dit qu’une fois terminé le travail en cours, il faudrait réitérer l’expérience. A peine Simenon et Joséphine terminé que Stéphane avait déjà une autre idée. Il y avait notamment un thème musical dont on ne s’était pas servi, je savais déjà que ça pourrait resservir. Il m’a envoyé trois pages et m’a demandé ce que j’en pensais. J’ai dit banco ! » Les lectures successives ont été très prometteuses puisque Panique à Bord a reçu en janvier 2005 le tout premier prix SACD du Festival des musicals de Béziers et par la suite le prix de la Fondation Beaumarchais.

Un spectacle familial
Une « famille ». Le mot est sur toutes les bouches. Et c’est peu de dire que l’équipe de Panique à bord est en effet très « familiale », parfois au sens propre à l’image de Gilles Vajou et Angélique Rivoux époux sur la scène comme à la ville. Toutes et tous ont pratiquement déjà travaillé avec un ou plusieurs autres, que ce soit lors de Simenon et Joséphine (les auteurs, Jacques Verzier, Angélique Rivoux), Un violon sur le toit (Stéphane Laporte à l’adaptation, Vincent Heden, Christine Bonnard), Créatures (Patrick Laviosa, Ariane Pirie, Agnès Boury) ou Souingue (Jacques Verzier et Gilles Vajou). On est donc bien loin des « six degrés de séparation », pour reprendre le titre d’une célèbre pièce de Broadway. Conséquence logique, l’ambiance de travail s’en ressent. Comme le résume Patrick Laviosa avec son humour habituel : « Si on se ramasse, au moins on se sera bien amusés entre nous ! ». Et le plaisir se lit sur le visage de tous ceux qui sont présents à cette répétition. Une réplique bien placée et/ou bien dite fait immanquablement rire ou sourire les auteurs, qui, pourtant, ont dû déjà l’entendre des dizaines de fois. Et ce soir-là en particulier, les comédiens ont eux-mêmes bien du mal à résister aux nombreux fous rires d’Ariane Pirie.

Gilles Vajou et Jacques Verzier dans Panique à Bord © Geneviève Krieff

Gilles Vajou et Jacques Verzier dans Panique à Bord © Geneviève Krieff

Des rôles « sur mesure »
Certains rôles ont été écrits « sur mesure », notamment celui de Madeleine, pour Angélique Rivoux, qui incarne selon ses propres mots « une Madame tout le monde qui s’ennuie dans sa vie privée sentimentale et qui aspire à découvrir les fantaisies du sexe. » Et la comédienne de poursuivre : « Elle et son mari décident de partir en croisière pour essayer de se dégoter une troisième personne qui donnera du piment à leur vie sexuelle. Elle a très envie d’autre chose que sa petite vie de provinciale. »
Le registre très burlesque de Panique à bord a beaucoup séduit Angélique : « Le burlesque est une écriture sur le rythme, les ruptures. En lisant la pièce, j’ai pensé à une série américaine. C’est un humour particulier. Si on n’est pas dans le bon timing, on peut facilement faire échouer la réplique. » Celle que l’on a vue récemment dans Jusqu’aux dents en profite pour rendre hommage au travail de la metteuse en scène Agnès Boury : « Elle a une oreille vraiment juste pour le rythme et le timing. Et sa direction est très précise, tout en laissant la liberté au personnage. »
Gilles Vajou, de son côté, décrit son personnage de garagiste poitevin comme « un homme à tout faire et tout essayer. Il est amoureux de Madeleine, sa femme. Et pour lui faire plaisir il est prêt à la suivre dans son aventure. » « Son souci, explique-t-il, est qu’il est narcoleptique. Donc ça n’arrange pas les affaires de sa femme. Mais il se rebelle. Il a même son acte héroïque, mais je ne peux pas vous en dire plus. » Le comédien est également heureux du ton de la pièce. « J’adore rire et faire rire », dit-il.
Son compère de Kiss me, Kate ou Souingue, Jacques Verzier, lui, reconnaît avoir eu plus de mal dans ce registre. « Je l’ai dit à Stéphane Laporte : j’avais très envie de voir Panique à Bord, mais je n’étais pas sûr d’être capable de le jouer. Je n’ai pas l’habitude de ce type de pièce. J’ai eu un petit moment de mou, mais ça va beaucoup mieux. C’est en train de vraiment prendre forme. » Son personnage, Edouard, a subi de grosses transformations pendant les répétitions, comme l’indique Jacques Verzier : « Il n’est plus schizophrène, il est juste dingue. Avant il était dingue + schizophrène + voyeur + mégalomane + terroriste, ça faisait beaucoup ! Donc on a un peu gommé, un peu simplifié. »
Les autres comédiens sont également à la fête. Christine Bonnard, qui retrouve dans la première partie du spectacle les habits de bonne soeur qu’elle portait dans Nonnesens, semble particulièrement en verve. Vincent Heden, qui joue Kévin, son fils, sort quant à lui de son registre habituellement très sage en incarnant un gigolo/arnaqueur à la recherche du grand amour. Et Ariane Pirie dont le rôle – et l’un des costumes – fait penser à celui de Reno Sweeney dans le Anything Goes de Cole Porter reste égale à elle-même, quoiqu’un peu plus sobre qu’habituellement – du moins dans un premier temps ! Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de ce séjour à bord du Titanas une croisière explosive, dans tous les sens du terme.

Le stress avant la première
A mesure que le jour de la première se rapproche, l’angoisse monte. C’est le cas pour Patrick Laviosa, qui accompagnera les comédiens au piano lors des représentations : « Comme d’habitude, j’arrive dans la période où j’ai l’impression que ça va être la fin de ma carrière parce que c’est le spectacle le plus mauvais que j’aie jamais fait. Mais c’est comme ça à chaque fois. Donc je sais maintenant qu’il ne faut pas que je m’en inquiète trop. Une semaine avant le début de Créatures on était tous à se dire « Ce n’est pas grave, on va tous déménager dans le Sud et élever des chèvres. » et puis en fin de compte ça a été un triomphe… Même chose pour le Cabaret des hommes perdus.»
Même inquiétude du côté de Stéphane Laporte et d’Agnès Boury. « On n’est pas rendus ! », s’exclame le premier à la fin du filage, « on n’est pas rendus », lui répond en écho la metteuse en scène, quelques rangées plus haut dans la salle.
Quelques instants plus tard, l’auteur reprend confiance. « Il y a encore beaucoup de travail, mais ils sont efficaces. », glisse-t-il avec un sourire en désignant les comédiens. Nul doute que toutes et tous seront prêts à embarquer à bord du Titanas à la date prévue.
Début de la croisière le 5 septembre au Vingtième Théâtre.

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