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Pierre-François Martin-Laval : sacrée perf !

Le vendredi 19 mars 2010 à 10 h 10 min | Par | Rubrique : Rencontre

Pierre-François Martin-Laval en Roi Arthur dans <i>Spamalot</i> (DR) Bernard Richebe

Pierre-François Martin-Laval en Roi Arthur dans Spamalot (DR) Bernard Richebe

Comment est né le projet français de Spamalot ?
P.F. Martin-Laval (PEF) : Pascal Guillaume a eu l’idée de racheter les droits de Spamalot pour la France. On est allés voir ensemble la version espagnole par la troupe des Tricicle. J’ai accepté tout de suite de participer au projet car les Monty Python et la comédie musicale sont des rêves de gosse que je pensais inaccessibles. J’ai démarré le casting et l’adaptation très vite. On a rencontré Maurice Molina [NDLR : directeur du Théâtre Comédia, le plus musical-friendly] qui a accepté de nous héberger et même de nous produire entièrement.

Les règles d’adaptation d’un show de Broadway sont strictes. En tant que créatif, ne vous êtes-vous pas senti trop contraint ?
Pour dire la vérité, j’ai commis une erreur qui m’a aidé à me sentir très libre : je n’ai pas lu le contrat qui stipulait que l’adaptation devait respecter l’original, sauf divergence culturelle majeure. Donc j’ai écrit en étant vraiment moi-même, j’ai même ajouté des scènes manquantes du film. Bon évidemment, j’ai dû revenir sur certaines choses au milieu des répétitions, mais 90 % de ce que l’on voit sur scène a été écrit de façon très naturelle. Dans ce qui a pu passer à travers les mailles du filet, je pense par exemple avoir plus développé l’histoire d’amour un peu cucul entre Arthur et la Dame du Lac que la version originale. Dans les transpositions culturelles, j’ai remplacé les références à l’univers de Broadway, insignifiantes de ce côté-ci de l’Atlantique, par des clins d’œil aux succès connus à Paris : Le Roi Lion, Roméo et Juliette, Zorro et aussi Starmania. Je me suis bien amusé à faire cela.

Parlez-nous un peu de l’humour absurde des Monty Python ?
Les Monty Python sont plus que des maîtres ; ils incarnent un courant de pensée, voire de poésie. Ils font partie des artistes au-dessus de moi dont je me considère un peu comme un enfant : Roland Dubillard, Jacques Tati, Les Branquignoles, Chaplin, Les Marx Brothers et Pierre Richard évidemment. Les Monty Python me passionnent par leur illogisme et par cette bêtise bien assumée, puissant ressort comique dont la version française regorge. Rien que le titre, Spamalot, ne veut rien dire : beaucoup de spam (« pourriel ») ou beaucoup de mortadelle en boîte [NDLR : « Spam » est une marque de viande en conserve américaine], mais le simple fait qu’il raille le nom de l’illustre château de Camelot suffit à en faire quelque chose de drôle. Le spectacle use du décalage entre l’idéal chevaleresque des livres d’histoire et la bêtise, la couardise, la naïveté des personnages sur scène, le tout dans l’esprit potache qui me caractérise.

Quel rôle préférez-vous, celui d’interprète ou de metteur en scène ?
Ma plus grande fierté sur ce spectacle a été de constituer la bonne équipe, d’être arrivé à ce magnifique résultat en assumant des choix pas toujours conformes aux habitudes de la comédie musicale. On m’a mis en garde contre les uns, trop connotés télé-réalité, ou contre les autres, pas assez reconnus dans le milieu de la comédie musicale, alors que je cherchais avant tout de bons acteurs. En fait, je réalise un triple rêve avec Spamalot puisque j’adapte, je dirige et je joue une comédie musicale, une position idéale pour donner le meilleur de soi-même. Face à un bide, quand la salle ne réagit pas alors qu’elle est censée rire, ou à des longueurs – oui, il y en avait aux premières représentations ! – je ressens encore plus de détresse que le reste de la troupe, ce qui me motive d’autant plus pour retravailler les scènes. En particulier, on a beaucoup modifié le deuxième acte qui manquait de rythme et intéressait apparemment plus les acteurs que les spectateurs. Eh bien, on me dit qu’il est meilleur que le premier acte aujourd’hui !

Quel but vous donnez-vous quand vous chantez ?
Je ne cherche absolument pas à me prouver que je peux chanter. Au contraire, je suis conscient d’être meilleur en me concentrant sur mon interprétation plutôt que sur la pureté des notes. En plus, Arthur est un baryton bien dans les graves dont on ne voulait pas transposer la partition donc je savais que je ne ferais jamais des miracles. Je me contente de chanter juste et dans le rythme sans chercher à faire le chanteur. Je me fais même engueuler par Gaëlle [NDLR : Pinheiro, la Dame du Lac] si je m’oublie et tente de tenir des notes au-delà de mes moyens.

Pouvez-vous nous raconter quelques anecdotes drôles en coulisses ou sur scène ?
On passe beaucoup de temps ensemble donc forcément il y a une grande complicité dans la troupe. On essaye de ne pas trop se faire de blagues sur scène pour ne pas se déconcentrer. Bon évidemment, il y a toujours quelques mains aux fesses discrètes… Tous les soirs à 20h29, on se place en cercle en coulisses et je demande à quelqu’un de passer au centre pour faire une annonce. Puis on jure tous : « ce qui se passe à Camelot reste à Camelot » et la pièce démarre. C’est notre petit rituel. Dans les gags imprévus, on peut citer Olivier Denizet dont on avait changé le texte évoquant un Cacolac au lieu d’un Coca-Cola et qui a fini par demander un Coca-colac.

Spamalot a-t-il ouvert en vous une vocation pour la comédie musicale ?
J’ai toujours aimé la comédie musicale, la complémentarité entre textes et chansons. Quand Le Roi Lion démarre et que Rafiki pousse son cri, j’ai la chair de poule. Je connaissais déjà bien les classiques, West Side Story en tête, et j’ai découvert à Londres des plus récentes comme Wicked. Depuis Spamalot, on m’a déjà fait une nouvelle proposition d’adaptation que j’étudie sérieusement. Et j’ai aussi quelques idées d’écriture personnelle. Mais ce sera pour plus tard car j’ai envie de continuer aussi longtemps que possible avec Spamalot à Paris et en province si l’on arrive à trouver les conditions viables d’une tournée pour un spectacle gourmand en ressources logistiques et techniques.

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