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Philippe Tarride – Drôle de Zapping !

Le samedi 1 mai 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Philippe Tarride ©DR

Philippe Tarride ©DR

Philippe Tarride, comment vous est venue l’envie d’être danseur ?
Je crois que c’était écrit. Dès l’âge de 2-3 ans, mon grand-père me disait « Danse ! Danse ! » et je dansais, même si je faisais n’importe quoi ! Lorsque j’avais 10 ans, une copine de ma cousine est venue en vacances chez elle. Cette fille faisait de la gymnastique rythmique et sportive et pour nous épater, elle nous a fait un grand écart facial. Je l’ai regardée, complètement bluffé, subjugué, à tel point que j’en ai fait le tour comme si elle était une bête curieuse. Il paraît que je lui ai dit alors : « Un jour, moi aussi je saurai le faire, et ce sera génial ! ». Le processus s’est donc mis en marche… De nombreuses photos de famille de cette époque témoignent de mes essais en grand écart, ou alors je prends ma jambe avec ma main… C’était une obsession… En tout cas, maintenant, je fais le grand écart !

Quand avez-vous commencé votre formation ?
Vers 12-13 ans, j’ai hésité entre la danse et le ski… Forcément, je vivais dans les Pyrénées… Mon père ne tenait pas trop à ce que je fasse de la danse mais ma mère voulait que je m’occupe l’esprit et la danse s’est imposée. Une semaine où mon père s’est absenté pour chasser, ma mère m’a emmené à un cours de modern jazz… Au début, mon père était un peu réfractaire mais depuis mon premier spectacle, il est devenu mon plus grand fan.
J’ai suivi ensuite des cours à Toulouse, dans une école plus importante, où on m’a tout de suite dit « Si tu veux devenir danseur, tu peux ». Tout s’est accéléré vers 16 ans. D’un cours par semaine, je suis passé à un cours par jour. J’ai fait le Conservatoire de Toulouse puis je suis monté à Paris à 18 ans pour faire l’Ecole Rick Odums. Il a fallu que j’apprenne à gérer, en plus de la danse, le fait d’apprendre à me débrouiller tout seul. J’ai dit à mes parents que s’ils me laissaient faire ce que je voulais en terme de carrière, ils ne seraient pas déçus. Ils m’ont fait confiance et m’ont tout donné pour que j’y arrive. Mes parents m’ont vraiment poussé pour que je réussisse et je leur dois tout.

Arrivé à Paris, une de vos premières expériences professionnelles a été pour AB Productions…
Un jour, mon agent m’a appelé pour un casting pour Arte aux Studios de la Plaine Saint-Denis… Celle qui me fait passer le casting me demande si je souhaite auditionner pour des sitcoms, je refuse. En partant, une femme – qui s’avérait être la directrice de casting de AB Productions – m’interpelle autoritairement et me propose un « guest », une apparition, sur Hélène et les garçons en m’annonçant tout de suite le cachet. J’ai été incapable de prendre une décision et je lui ai dit d’appeler mon agent. J’ai finalement fait ce guest et trois mois plus tard, on m’a proposé de tourner deux jours pour Premiers Baisers… qui se sont transformés en vingt épisodes. J’étais le benêt de service et étant petit et maigre, j’étais toujours flanqué d’un grand et gros. On était les éléments comiques… C’était une très bonne école et on nous laissait une très grande liberté dans le travail.
Plus tard, j’ai fait Pour être libre avec les 2Be3. J’étais leur meilleur copain de Longjumeau… Encore une fois, j’étais avec un grand gros et comme à l’époque, j’avais des lunettes avec une monture en écaille, j’étais l’intello de service, un as de la chimie qui se prend des râteaux avec les filles… Cette expérience s’est un peu moins bien passée !

Vers la même époque, vous avez travaillé dans un univers complètement opposé, pour l’opéra La petite renarde rusée au Châtelet, sous la direction de Nicholas Hytner (metteur en scène de Miss Saigon, réalisateur notamment de La folie du roi George, Les sorcières de Salem…). Quel souvenir en avez-vous gardé ?
C’est la meilleure expérience de ma vie, tant d’un point de vue humain que professionnel. J’ai auditionné pour Jean-Claude Gallotta qui en était le chorégraphe et j’ai obtenu un rôle important. Tout d’abord, c’était absolument formidable de pouvoir travailler sur une création au Châtelet, pendant deux mois. Mais danser avec un orchestre de 180 musiciens est une expérience indescriptible… Quand tu danses et que tu suspends ton mouvement et que tu t’aperçois que la musique te suit… c’est unique !
Quant à Nicholas Hytner, c’est une homme extraordinaire, d’une grande qualité d’écoute, qui prend tout en considération. C’est vraiment un directeur d’artistes.

Vous avez plus tard intégré le spectacle Chicos Mambo.
Oui, j’ai reçu un jour ? le jour de mon anniversaire ! – un coup de fil de Philippe Lafeuille, un danseur que j’avais connu à Toulouse. De but en blanc, il me propose de venir travailler un mois à Barcelone, faire des télés, jouer le spectacle, avant de faire 70 dates à Paris… Le problème, c’est que je venais de commencer des répétitions avec Blanca Li pour Les Indes Galantes à l’Opéra de Paris… Je devais rendre le contrat à Blanca le jour même ! Je ne savais pas quoi faire… Je suis allé voir Blanca et je lui ai expliqué la situation et quand j’ai prononcé les mots « Chicos Mambo », elle s’est écriée « Vas-y ! C’est génial ! Va ! Va ! ». Elle m’a donc laissé partir. Cela a été une superbe expérience. On a joué le spectacle plus de 400 fois, en France, en Espagne, au Japon…

C’est sur ce spectacle que vous avez découvert votre potentiel comique ?
En fait, c’est avec Sur la route de Sienne de Madona Bouglione que j’ai exploité pour la première fois mon côté non pas comique mais androgyne. J’incarnais une Juliette tout de blanc vêtu(e) ! Chicos Mambo a été le point d’orgue. J’ai compris que par certaines positions de mon corps, parfois un simple coup d’épaule, j’arrivais à faire rire les gens. J’ai beaucoup appris car Chicos me laissait des plages d’improvisation qui me permettaient de tester des choses. J’ai découvert que le langage du corps pouvait être aussi fort que le langage parlé. Dans Chicos, on passait du coq à l’âne en trente secondes : mec, nana, diva, homme de Cro-Magnon… C’était un vrai défi de jouer autant de personnages complètement différents en si peu de temps.

Dans Zapping de Bruno Agati, vous exploitez encore cette veine comique mais en plus, vous chantez.
Oui, et je dois dire que c’est vraiment excitant. Le fait de chanter amène une autre dimension. Ce n’est pas la première fois que je chante sur scène mais pour ce spectacle, c’est quand même un autre défi et je remercie vraiment Manon Landowski, notre coach.
Cela faisait longtemps que j’avais envie de travailler avec Bruno Agati. Il a été un de mes premiers professeurs lorsque j’ai fait des stages à Paris. Je suis content qu’on en soit arrivé là avec ce spectacle et je dois reconnaître que Bruno m’a donne un joli rôle.

Vous avez aussi une grande expérience dans la danse contemporaine…
J’ai travaillé notamment avec Pascal Montrouge et Jean-Claude Gallotta . La danse contemporaine, c’est vraiment un trip différent. On explore le ressenti plutôt que le paraître.
Mais pour moi, le vrai déclic a été avec Anne Dreyfus, une grande chorégraphe qui a fait bouger beaucoup de choses dans le milieu de la danse contemporaine. Sans elle, je n’en serai jamais arrivé là sur le plan artistique. Généralement, les artistes connaissent leurs points forts. Personnellement, je sais que je peux être rigolo et que je sais bien lever la jambe par exemple ! Anne a vu ça tout de suite mais m’a demandé de rester immobile et de faire passer quelque chose. Je lui ai répondu que je ne savais pas faire ça. On a alors arrêté la répétition et on a parlé tous les deux. Elle m’a fait comprendre beaucoup de choses : que je pouvais faire passer d’autres émotions que le rire, que derrière mon côté Zébulon, il pouvait y avoir un côté mélancolique ou même trash. Elle m’a notamment fait danser en slip au milieu de vingt filles que je devais charmer. J’avais des capsules de sang dans mon slip que je faisais exploser au fur et à mesure… C’était très… contemporain !
Anne m’a dit que j’avais « un parcours atypique ». Je passe de AB Productions au contemporain pointu… et pourquoi pas ? Pour moi, c’est le même travail : c’est de la représentation, même si les ingrédients peuvent être différents. Une expérience peut servir l’autre. En tout cas, j’estime avoir eu énormément de chance dans mon parcours, et ce qui est sûr, c’est que je ne laisserai ma place à personne d’autre !

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