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Pippin – L’étrange et inattendu destin de Pépin, fils de Charlemagne, vu par Schwartz et Fosse

Le dimanche 4 janvier 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Pippin - Enregistrement original de Broadway ©DR

Pippin - Enregistrement original de Broadway ©DR

Musical de Stephen Schwartz (musique et lyrics) et Roger O. Hirson (livret).
Chorégraphie et mise en scène de Bob Fosse.
Créé le 23 octobre 1972 à l’Imperial Theatre de New York (1 944 représentations).

Chansons
Magic to Do ; I Guess I’ll Miss the Man ; War Is a Science ; Glory ; Simple Joys ; No Time at All ; With You ; Spread a Little Sunshine ; Morning Glow ; On the Right Track ; Kind of Woman ; Extraordinary ; Love Song ; Corner of the Sky ; Finale.

Synopsis
Un narrateur s’intéresse, non sans ironie, à la vie de Pippin, un des fils de l’empereur Charlemagne. Pippin, arrivé à l’âge adulte, s’interroge sur le sens qu’il va donner à sa vie. Il s’essaie à la vie de soldat mais entre en conflit avec son père dont il conteste la manière d’exercer le pouvoir. Puis, il découvre le charme ensorcelant des femmes. La politique le séduit, et il va jusqu’à éliminer son propre géniteur pour lui succéder. Mais l’exercice réel du pouvoir réclame du caractère et l’échec est inévitable. Désespéré, Pippin s’enfuit. La jeune veuve Catherine lui propose les joies de la vie simple mais il ne s’en satisfait toujours pas. Après d’ultimes tourments sur ses propres ambitions, il revient à elle, reconnaissant ainsi que c’est ce qu’il a de mieux à faire.

Le thème principal
Pour une comédie musicale, on ne pouvait imaginer un cadre plus inattendu : l’époque de Pépin (anglicisé en Pippin), un des trois fils de Charlemagne (742-814). L’histoire de Pippin est ici celle d’un passage à la vie d’adulte. Il existe déjà des millions d’autres récits de cette sorte. Mais ici, la variante réside dans la présence d’un maître de cérémonie dansant, chantant et surtout mordant. Il pimente les entreprises du jeune protagoniste de commentaires acides et humoristiques jusqu’au cynisme. Ainsi, on dispose de la double lecture, la naïve et l’expérimentée, de la quête de Pippin vers le sens de la vie et la responsabilité.

L’histoire derrière l’histoire
Le compositeur et parolier Stephen Schwartz a le récent et immense succès de Godspell (1971) à son actif lorsque Pippin est créé sur scène à Broadway, en 1972. Une nouvelle fois, il renouvelle la généreuse profusion mélodique qu’on lui connaissait de son oeuvre précédente. L’apport du metteur et chorégraphe Bob Fosse (1927-1987) est immense, et sa signature est visible à tous les instants. Tout d’abord la chorégraphie est splendide et caractéristique du maître : un corps centré sur le bassin et des ondulations syncopées des bras et jambes comme si les articulations étaient en caoutchouc. La cour des miracles n’a jamais été aussi grotesque, érotique et élégante à la fois. Ensuite, le propos est surprenant au point qu’on peut se méprendre sur les intentions du livret. En effet, la tonalité naïve des textes et la mise en scène ludique donnent l’apparence d’un aimable divertissement alors que Pippin tient davantage du conte philosophique tel le Candide de Leonard Berntein d’après Voltaire. L’histoire proprement dite réclame quelques efforts pour se laisser apprécier à chacun de ses niveaux.

Le spectacle sera récompensé de cinq Tony Awards. Deux iront à Bob Fosse (mise en scène et chorégraphie). Le maître de cérémonie interprété par Ben Vereen sera lui aussi distingué, ainsi que les décors et les éclairages. Le personnage du maître de cérémonie n’est pas sans rappeler celui du film Cabaret (1972) réalisé par Bob Fosse dans la même période. Parmi les artistes de la distribution originale, la jeune débutante Ann Reinking deviendra très proche de Bob Fosse. Elle contribuera grandement à la conception de Fosse (1999), le spectacle hommage à l’art du chorégraphe.

Les manuels scolaires enseignent que Pépin (Pippin) a vécu de 777 à 810. Il est le fils du célèbre Charlemagne, lui-même fils d’un autre Pépin dit le Bref, plus connu. Les frères de Pépin s’appelèrent Charles et Louis. Ce dernier succédera à son père Charlemagne, en 814, sous le nom de Louis 1er dit le Pieux. On n’insiste pas assez sur le rôle éducatif de la comédie musicale sur l’enseignement de l’Histoire !

La carrière de Stephen Schwartz se poursuivra avec The Magic Show (1974) et sa partition chérie The Baker’s Wife (1976). Ce dernier spectacle sera hélas un échec commercial qui relèguera le compositeur/parolier dans l’ombre pendant longtemps. Il en sortira grâce à Disney, à l’occasion du dessin animé Pocahontas. Il se retrouve cette saison à l’affiche à Broadway, avec Wicked, déjà considéré comme un des succès de l’année.

Enregistrements de référence
Pour découvrir Pippin, deux références majeures sont disponibles :
Le CD de la distribution originale de Broadway de 1972.
Le DVD d’une représentation de 1981. Même si Bob Fosse s’est contenté de superviser à distance la chorégraphie et la mise en scène, l’empreinte du maître est bien là et cette vidéo constitue un témoignage appréciable de son art.

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