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Raphaël Sanchez et Christophe Fossemalle – Des musiciens 100% français pour un spectacle 100% Broadway

Le lundi 1 mars 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Raphaël Sanchez ©DR

Raphaël Sanchez ©DR

Quel sont vos parcours respectifs ?
Raphaël Sanchez : Musicien de formation classique pure et dure, j’ai « dévié » de ma trajectoire en découvrant tout d’abord le monde du cirque à ma sortie du Conservatoire de Paris. Ma collaboration comme compositeur avec Annie Fratellini m’ayant entraîné vers d’autres horizons, dans lesquels on ne conçoit pas le spectacle sans une implication totale de la musique et du musicien, et lorsque j’ai été engagé dans Cats au 1er piano dans l’orchestre j’ai demandé à être aussi le pianiste-répétiteur, une chance unique pour moi de découvrir les rouages de cette mécanique du travail dans la comédie musicale « en direct de Broadway ». J’ai aussitôt voulu m’y impliquer plus encore, et pendant les 18 mois d’exploitation au Théâtre de Paris, j’y ai également appris mon métier de chef d’orchestre en prenant des cours avec les chefs américains Michael Dixon et Paul Morris. J’ai par la suite dirigé Les Misérables, et participé comme pianiste à 42nd street et Hello Dolly, pour ne parler que des comédies musicales. J’ai, en parallèle, mené une activité d’accompagnateur et de compositeur. J’étais engagé sur Tintin comme chef d’orchestre et, suite à la déroute du spectacle, j’ai eu la chance de pouvoir monter presque immédiatement le spectacle Parce que je vous aime avec les metteurs en scène Nicolas Lormeau et Geoffroy Lidvan, que nous avons joué cette année à la Nouvelle Eve avec onze chanteurs, dont neuf issus de Tintin, et trois musiciens en live.

Christophe Fossemalle : J’ai une formation classique de pianiste. Mais j’ai aussi fait un peu de jazz au piano à la Bill Evans Academy. Durant trois ans, j’ai pris des cours d’art dramatique (chez Pierre Reynal) et j’ai même pensé emprunter cette voie. Au départ, j’ai travaillé au sein d’une association amateur de comédie musicale, les Sept Différences. J’ai découvert le genre lorsque le président de l’association m’a fait venir à Londres. Les Anglais montent le spectacle populaire comme, ici, on monte un opéra : avec la même rigueur, la même exigence, le même souci de perfection… Cette façon de faire m’a séduit et j’ai souhaité promouvoir cette façon de travailler en France. J’ai aussi un parcours au sein de petites compagnies dans lesquelles j’ai composé, dirigé et arrangé un certain nombre de spectacles musicaux. Depuis mars 2001, j’accompagne aussi Cheb Mami, en tant que clavier et programmateur. Mais, toujours passionné par le spectacle musical, Chicago est ma première expérience dans une grosse production.

Comment l’aventure Chicago a-t-elle débuté pour vous ?
Raphaël Sanchez : John Gilbert, le directeur musical, qui me connaissait pour m’avoir vu diriger Les Misérables m’a proposé d’être le chef d’orchestre associé sur Chicago et de constituer l’orchestre. Ce rôle implique plusieurs tâches : d’abord d’être capable de pouvoir remplacer le chef d’orchestre à n’importe quel moment, puis d’être le premier piano dans l’orchestre. Le rôle de régisseur d’orchestre s’ajoute à cela. Il s’agissait tout d’abord de choisir les meilleurs musiciens pour ce spectacle, qui est l’une des comédies musicales les plus complexes à jouer pour certains postes, afin de
constituer une équipe du plus haut niveau. Je suis l’intermédiaire entre les musiciens et la production : je me suis occupé du recrutement des musiciens et de leurs remplaçants, du planning, des contrats…

Christophe Fossemalle : Pour ma part, j’avais rencontré Raphaël à l’occasion de Tintin , sur lequel j’étais pianiste répétiteur. Suite à l’échec du spectacle, il y a eu la volonté de Raphaël de réemployer les gens que Tintin avait laissé à la dérive et je salue sincèrement ce geste de solidarité. Aux environs de Noël, il m’a appelé pour me proposer Chicago. Cinq minutes après son coup de fil, je l’ai rappelé et j’ai accepté.

Quelles sont les grandes différences entre une production française et une production de ce type ?
Raphaël Sanchez : Je dirais que, d’une façon générale, c’est l’investissement de toute une équipe vers un unique but : la qualité du spectacle. Personne ne tire la couverture à soi. Chaque personne donne le meilleur d’elle-même en répétition comme sur scène. Même quand la fatigue se fait ressentir, personne ne se plaint ! L’une des autres grandes différences est bien évidemment la présence essentielle de l’orchestre ; il est bien sûr tout à fait impossible de jouer un tel spectacle avec des bandes play-back, la production en est parfaitement consciente et ne cherchera pas à économiser sur ces postes qui participent à l’essence même du spectacle musical.

Christophe Fossemalle : La nature du spectacle est également tout à fait spéciale. C’est un spectacle en licence. Il n’y a que très peu d’apports d’une production à l’autre. La version du Casino de Paris est exactement la même que celle qui est jouée à Broadway. Chaque poste-clé du spectacle est supervisé par un membre de la production américaine. On suit leur méthode, avec toute la rigueur qu’elle implique. Tout est réglé. Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas vu à Paris un spectacle de théâtre musical de cette ampleur, qui suppose la même exigence en musique, chant, théâtre et chorégraphie, sans oublier les techniciens, sonorisateurs etc…. Ce spectacle, contrairement à la majorité des productions habituelles vues récemment en France, réclame la présence de musiciens sur scène. Tout le spectacle repose sur l’interaction de l’orchestre et de la scène. Je pense que ce «tout live» est primordial pour les «comédies musicales». Et je remercie encore Raphaël qui s’est battu pour que l’orchestre soit 100% français..

À quel moment l’orchestre est-il intervenu au niveau des répétitions ? Comment se déroulent celles-ci ?
Raphaël Sanchez : Les musiciens ont eu deux jours pour répéter. En réalité, ils ont les partitions un peu plus tôt et ce temps de répétition nous sert à peaufiner notre interprétation. Les musiciens ont répété 3 jours avec les artistes avant la première. Inutile de dire que leur niveau est extrêmement élevé.

Christophe Fossemalle : Raphaël, le batteur Didier Guazzo et moi-même sommes partis répéter à Montréal. Après trois jours exclusivement musicaux afin de maîtriser la structure, nous avons répété quinze jours avec la troupe : un répétiteur en salle de mise en scène, un batteur et un pianiste en salle de chorégraphie.

Quel effet cela fait-il d’être un élément à part entière de la scénographie ?
Raphaël Sanchez: Le spectacle est vécu chaque soir comme une première et c’est très stimulant !

Christophe Fossemalle : Il y a une véritable osmose sur scène. Dans cette troupe, on défend tous un spectacle et l’on regarde dans la même direction. Il n’y a aucun individualisme. D’ailleurs, chaque soir, avant le début de spectacle, un danseur vient voir chacun des musiciens et crée ainsi le lien entre la troupe et nous. Cet acte très symbolique fait que, quand le rideau s’ouvre, musiciens et chanteurs sont unis. Même si cela tient un peu de la superstition, cela montre que chaque rôle, visible ou moins visible est important. Pour moi c’est ça l’esprit d’un spectacle !

Quel est la part de création dans un spectacle en licence ?
Raphaël Sanchez: : Certains instruments, les cuivres par exemple, ont parfois pour mission d’improviser en illustrant librement une action sur scène (le personnage de Kittie glissant sur une rampe, par exemple, devient un solo de trompette), et l’orchestre prend quelquefois le devant de la scène.

Christophe Fossemalle : Cette version de Chicago fonctionne parfaitement. L’aspect créatif est, pour chacun de nous, d’investir un rôle dans un espace entièrement calibré. Tout est écrit et chronométré, il n’y a aucune place accordée à l’improvisation. A nous de faire comme si ça l’était. D’ailleurs, en coulisses, un timing est affiché et nous jouons à la seconde près.

Comment le public réagit-il ?
Raphaël Sanchez: L’accueil du public est très chaleureux et nous sommes heureux de voir, quand les lumières se rallument, que le théâtre est à chaque fois plein, avec un public attentif et ravi.

Tirez-vous une certaine fierté de jouer dans une comédie musicale comme Chicago ?
Raphaël Sanchez: Oui, nous avons le sentiment d’être très différent des spectacles de variété qui empruntent peut-être un peu rapidement l’appellation de «comédie musicale» et qui jouent sans orchestre. Quel plaisir de participer à une comédie musicale où l’alchimie du jeu, de la danse et de la musique est parfaitement maîtrisée.

Christophe Fossemalle : Bien sûr ! Mais j’apprends aussi beaucoup. A titre d’exemple, un jour où, après la répétition d’un de ses numéros, je félicitais Veronic DiCaire (Roxie), elle m’a répondu «Je fais juste mon métier». Cette troupe et cette façon de travailler sont totalement résumées dans cette phrase. C’est un métier ! Ce n’est pas du jour au lendemain que l’on chante et danse comme Terra, Veronic ou Stephane, quels que soient les dons naturels. Souvent, dans certaines productions, il y a des «clash» relationnels. On les cultive parfois, comme dans Star Academy, car cela dramatise le propos. Pour les artistes de Chicago, il n’y a aucun problème d’égo. Ils sont avant tout des artisans qui aiment leur métier ; ils ont l’humilité et la volonté de le faire le mieux possible. Et ils le font !

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