Recherchez

Réjane Perry – L’émouvante nurse de Roméo & Juliette

Le jeudi 1 mars 2001 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Réjanne Perry ©DR

Réjanne Perry ©DR

Après avoir été Marie-Jeanne dans la deuxième version de Starmania en 1989, Réjane Perry revient sur le devant de la scène avec Roméo et Juliette. Elle y incarne la nurse de Juliette, un personnage drôle et très émouvant qui lui convient à merveille. Sa talentueuse prestation a déjà séduit de nombreux spectateurs. En la rencontrant, nous avons découvert une artiste généreuse et attachante.

Dans sa loge, plane une odeur d’encens. Il émane immédiatement de Réjane Perry une profonde gentillesse et une étonnante sérénité. Au bout d’un mois de représentations, elle se sent beaucoup mieux. «Bien sûr je m’attendais à un succès, mais pas à ce point là ! Autant d’enthousiasme tous les soirs, c’est surprenant. Avec un tel succès, on ne peut que se sentir portés». Contrairement à la plupart des artistes de la troupe, Réjane a déjà connu des succès, mais aussi des galères.

Rentrée au Conservatoire à six ans, elle obtient à seize ans une médaille de solfège, d’harmonie, de chant et de saxophone ! Elle commence alors une carrière de chanteuse classique, elle joue dans plusieurs opéras dont La flûte enchantée et La damnation de Faust. «C’est une discipline très dure qui me sert encore maintenant». Elle choisit pourtant d’arrêter le classique et se produit dans des cabarets. Elle décide de venir à Paris et enregistre un disque. Début 1989, elle passe dans une émission de Jacques Martin. Elle y est remarquée par Gilbert Coullier, le producteur de la deuxième version de Starmania, qui lui propose d’être la doublure de Maurane dans le rôle de Marie-Jeanne. Mais tout se précipite. «Je devais voir le spectacle le mardi mais Maurane n’est pas venue ! Il a fallu que j’apprenne le rôle en deux jours coachée par France Gall et le vendredi soir je reprenais le rôle sur la scène du théâtre Marigny sans jamais avoir vu le spectacle !». Elle tiendra le rôle pendant deux ans mais, dit-elle avec un sourire un peu triste, «personne ne le sait, j’ai joué avec le nom de Maurane derrière qui m’a suivi longtemps. Aujourd’hui on me dit encore « ah bon, mais c’était vous ? »». Malgré cela, Réjane ne retient que les bons côtés de cette expérience. «J’ai vécu des instants magiques que peu d’artistes vivent dans leur vie, c’était exceptionnel».

Après Starmania, elle sort un album qui passe inaperçu, elle n’a pas le «look» qu’il faut. «On a voulu me faire énormément maigrir parce que dans ce métier, si on ne rentre pas dans un certain moule, on est mort. Ca m’a porté préjudice, je n’étais plus moi-même». Après l’album, c’est le grand trou avec beaucoup de déceptions et de désespoirs. Elle fait plein d’autres métiers. «C’était très dur psychologiquement, je suis restée des mois sans ouvrir la bouche parce que j’avais perdu l’envie de chanter». Et puis un jour, elle rencontre le compositeur-arrangeur Carolin Petit. «Je lui dois beaucoup car c’est lui qui m’a remis le pied à l’étrier et qui m’a fait rencontrer Gérard Presgurvic». Et là, c’est le déclic. «J’ai adoré immédiatement ce que faisait Gérard, j’ai adoré le personnage. Lui non plus n’était pas dans une passe facile, il avait même décidé d’arrêter comme moi». Réjane est ainsi l’une des premières à découvrir les chansons de Roméo et Juliette. Elle participe à l’enregistrement des maquettes. «J’ai maquetté tous les titres de Juliette, ça m’a redonné envie de chanter».

Sur l’oeuvre de son ami Gérard Presgurvic, elle n’hésite pas à donner son avis avec beaucoup de franchise. «Musicalement parlant, c’est très bien, les chansons sont très belles. Mais je regrette le livret, je le trouve un peu léger. Il n’y a pas assez de comédie, pas assez de contacts entre nous. Quant aux textes, on peut les critiquer mais ils ont le mérite d’être accessibles à tous. Et je vous assure que lorsqu’on entend des spectateurs, souvent de conditions modestes, et des enfants nous dire à la sortie qu’ils ont enfin découvert l’histoire de Roméo et Juliette et que ça leur donne envie de lire la pièce de Shakespeare, c’est la plus belle des récompenses».

Une troupe et un rôle en or
Depuis qu’elle est sur le projet, Réjane reconnaît vivre «une expérience humainement parlant formidable et très riche en émotions». Et de rajouter «je suis très heureuse et très fière de faire partie de cette troupe et d’être la nurse de Juliette». La troupe, on sent qu’elle l’aime profondément, elle en est un peu la maman et la grande soeur. «J’ai été le coach vocal de la troupe au début mais j’ai arrêté pour me consacrer à mon rôle, je ne pouvais pas faire les deux». Elle parle de ses partenaires les plus jeunes avec beaucoup de tendresse «pour la plupart, c’est leur premier spectacle, je suis ébahie de voir ce qu’ils sont capables de faire. Je leur souhaite toute la chance du monde». Et de s’amuser «Il y a des caractères très forts qui nécessitent une existence certaine ! Mais dans chacun d’entre eux, il y a des qualités géniales». Toutefois, elle admet ne pas forcément avoir d’atomes crochus avec tout le monde mais, nous dit-elle, «le principal c’est que sur scène, on forme un groupe uni et que ça fonctionne bien». Dans cette troupe, Réjane a ses coups de coeur. «Isabelle Ferron et Eleonore Beaulieu qui jouent les deux mères ont un talent énorme, quel dommage qu’elles ne soient pas mises plus en valeur, je n’arrêterai pas de le répéter. Philippe (d’Avilla) est magnifique dans la mort de Mercutio. Greg (Baquet), c’est un Benvolio extraordinaire, un comédien génial et un garçon adorable». Elle admire beaucoup les autres aussi mais celle pour qui elle a une vraie tendresse presque maternelle c’est sa Juliette, Cécilia Cara. «Je suis extrêmement proche de Juliette sur scène comme je suis proche de Cécilia dans la vie. Elle n’a que 16 ans et ne connaît pas encore tous les pièges, je suis très vigilante. Je l’ai prise en main dès le début, il a fallu que je l’amène à être adulte très vite, ça a été un travail psychologiquement très dur, il y a eu beaucoup de larmes. Je lui souhaite vraiment de réussir sa vie aussi bien qu’elle commence sa carrière».

On l’aura deviné, le rôle de la nurse de Juliette convient à merveille à Réjane. «C’est un être qui a beaucoup souffert, qui considère Juliette comme sa propre fille et qui donne sa vie pour cet enfant. C’est aussi quelqu’un de très jovial, tendre et drôle. Elle a un fort caractère mais elle est touchée émotionnellement à l’intérieur d’elle-même. La mort de Juliette la détruit». Ne serait-ce pas un autoportrait de Réjane ? «Elle est tellement proche de moi que je la vis vraiment sur scène». Mais elle reconnaît que c’est un rôle où elle se sent très seule. «Au début j’ai souffert de cette solitude même en dehors du rôle».

Les médias, un mal nécessaire
Autant Réjane se régale sur Roméo et Juliette, autant elle déteste carrément tout le battage médiatique autour du spectacle. Mais elle reconnaît que c’est indispensable pour qu’un spectacle marche, particulièrement une comédie musicale. «Ce n’est pas propre à Roméo et Juliette. A l’époque de Starmania, on faisait deux télés par semaine minimum ! En France, on a une culture médiatique. C’est triste à dire mais un spectacle ne vit et n’existe que par le disque et les médias. Les gens ont raison de se plaindre qu’on leur rebat les oreilles à la télé, mais si on ne fait pas ça, ils n’auront même pas l’idée de venir nous voir !». Et de regretter «Pour installer une culture de comédie musicale en France, on a besoin des médias». Après un tel constat, on comprend que Réjane soit assez sceptique sur la pérennité de ce nouvel engouement du public pour ce genre de spectacle. Elle le déplore car elle aimerait beaucoup faire une carrière dans la comédie musicale. «Je pense être faite pour ça» dit-elle. Elle a déjà voulu tenter sa chance à Londres mais n’a jamais trouvé d’agent. Ce n’est peut-être que partie remise.

Elle espère que Roméo et Juliette va lui servir de «tremplin». Sa prestation est déjà très remarquée. «Je suis contente car on reparle de moi, certaines personnes du métier me redécouvrent». Mais elle reste lucide et ne se fait pas trop d’illusions. La seule chose dont elle est sûre c’est qu’elle restera le plus longtemps possible sur le spectacle. «J’ai encore de quoi faire évoluer la nurse !», s’exclame-t-elle dans un grand éclat de rire. Et voilà qu’on l’aime…

Partager cet article

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter

Laisser un commentaire