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Rencontre avec Dana Levinson

Le mercredi 28 septembre 2016 à 23 h 42 min | Par | Rubrique : Rencontre

Dana Levinson (c) DR

Dana Levinson (c) DR

Dana Levinson, quel est votre parcours ?
Je viens d’une famille juive de Great Neck qui est une ville limitrophe de New York, j’ai grandi en faisant des aller-retour entre Manhattan et chez moi. Je suis diplômée de la New School à la fois en théâtre musical et en études mondiales avec une spécialisation sur le Moyen Orient.

Comment est né votre désir d’écrire pour le théâtre musical ?
J’ai commencé à écrire très tôt. J’ai supplié mes parents pour avoir un piano quand j’avais huit ans. Ils ont finalement cédé et j’ai étudié avec un professeur. Dès que j’ai commencé à jouer, j’ai inventé des choses. Un jour, mon professeur m’a donné un cahier et m’a dit : « Si tu inventes de la musique, autant la noter. » A partir de ce moment, j’ai écrit des chansons, principalement pour moi-même, comme un hobby. J’ai toujours aimé le théâtre musical mais en tant qu’actrice. A l’université, je me disais tout le temps qu’un jour, j’écrirais un musical. Quand je me suis séparée de mon petit ami et que je me suis retrouvée avec beaucoup de temps libre et beaucoup d’émotions à gérer, j’ai commencé à écrire mon premier musical. C’était nul ! La partition est toujours sur mon étagère et je la feuillette de temps en temps pour me remémorer le chemin parcouru ! Depuis, j’ai eu trois musicals au New York Musical Festival (deux en tant qu’auteure-compositrice, un en tant qu’arrangeuse et superviseuse musicale), j’ai arrangé l’évènement Gypsy of The Year à Broadway, et avec ma partenaire Stacey, nous avons été un des quatre tandems de théâtre musical retenus pour faire partie du programme 2014/2015 Dramatists Guild Fellow avec notre spectacle 5th Republic.

Quelles sont vos influences dans le théâtre musical ?
J’ai tendance à aimer les spectacles où le livret et la musique s’unissent parfaitement pour créer quelque chose qui semble entièrement chanté, même si ce n’est pas le cas dans la réalité. J’aime quand la narration est comme une machine parfaitement huilée. Les auteurs que j’admire sont des maîtres en la matière, comme Flaherty et Ahrens, Michael John LaChiusa, et bien sûr Stephen Sondheim. J’admire aussi beaucoup Kander and Ebb. J’aime le théâtre politique et ils excellent dans ce genre. Ils savent comment faire une déclaration politique à travers une pièce guidée par les personnages. Leur travail a beaucoup inspiré 5th Republic, de même que les premières œuvres d’Andrew Lloyd Webber comme Evita.

Comment définiriez-vous votre style ?
Musicalement, je me situerais dans cette zone entre l’opéra et le théâtre musical. J’aime pousser le chanteur et le public à se dépasser. J’ai dû me dépasser moi-même pour certaines histoires que j’ai choisi de raconter, comme par exemple, étudier pendant quatre ans la théorie musicale nord-africaine et arabe et la pratique de l’Oud pour pouvoir les incorporer dans le style musical de mes personnages algériens. J’ai également tendance à être attirée par des sujets plutôt sérieux, je n’ai pas peur d’aborder la face sombre de mes histoires. Je pense que l’art est un des outils les plus puissants pour toucher les cœurs et les esprits des gens qui pourraient avoir des préjugés envers des personnes qui ne leur ressemblent pas. Je crois que si on peut humaniser « l’autre » à travers une bonne histoire, on peut changer le monde. La plupart de mes spectacles sont centrés sur un personnage principal qui subit une forme ou une autre de préjugé. Dans 5th Republic, c’est Layla une réfugiée algérienne à Paris en 1959. Dans Madame, c’est Clea, une femme créole transgenre, à la Nouvelle Orléans en 1896.

Qu’attendez-vous de votre expérience à Paris avec des chanteurs français ?
J’essaie de ne pas avoir d’attentes, cela permet que la vie soit surprenante et de vivre dans le moment. Donc, je n’ai pas d’attentes ! Mais je peux dire que je suis ravie d’entendre 5th Republic interprété par des chanteurs français. Cette partition a été influencée par Edith Piaf, Charles Aznavour, Jacques Brel, Serge Gainsbourg et Mireille Mathieu. Alors j’ai hâte d’entendre ces chansons, ici à Paris !

Vous semblez avoir été inspirée par la France avec 5th Republic ?
Oui, j’ai été francophile dès ma plus tendre enfance. J’ai lu Notre Dame de Paris pour la première fois quand j’avais neuf ans. Je l’ai relu de nombreuses fois par la suite. Ce livre m’a rendue amoureuse de Paris. Après mon premier musical, je cherchais un nouveau sujet. La première chose à laquelle j’ai pensé était d’écrire un musical sur Notre Dame de Paris. Mais je savais que ça avait déjà été fait. Il y a la version de Luc Plamondon et Richard Cocciante. Il y a la version Disney par Stephen Schwartz. Il y a l’opéra La Esmeralda avec la musique de Louise Bertin et un livret de Victor Hugo lui-même, ainsi que de nombreuses autres adaptations. J’ai donc cherché d’autres façons de l’aborder. J’ai envisagé une modernisation à la West Side Story ou Rent. Mais je ne voulais pas le faire sans raison précise. Si je changeais l’époque et le lieu, il fallait que ça ait un sens. J’ai pensé situer l’action à New York après le 11 septembre. Mais j’avais l’intention de soulever des questions un peu dures et j’avais peur que le public américain ait une réaction négative viscérale et que le message soit perdu. Puis, un jour, pendant que je faisais la vaisselle, j’ai eu un flash. La Guerre d’Algérie ! Mon raisonnement est que le contexte me permettait d’explorer les mêmes thèmes mais avec une certaine distance pour le public américain. Utiliser cette période comme allégorie me permettait d’avoir un public plus ouvert pour recevoir le message du spectacle. Et puis, qui n’aime pas voir une histoire d’amour dans le Paris des années 50 ? Ce qui est drôle, c’est qu’avec ma co-auteure, nous plaisantions sur le fait que le spectacle ne se jouerait jamais à Paris à cause du public français, trop proche du sujet. Je suis donc agréablement surprise que Lisandro [Nesis, de Broadway au Carré] ait insisté pour qu’on interprète des extraits de ce spectacle.Broadway au Carré – Jeudi 4 octobre à 19.30 – Comédie Nation, 77 rue de Montreuil, 75011 Paris
Le concert sera suivi d’un open mic.

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