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Rencontre avec Didier Bailly, compositeur de la nouvelle création musicale de la Huchette.

Le lundi 12 août 2019 à 9 h 45 min | Par | Rubrique : A la Une

D’où vient l’idée de ce nouveau spectacle ?

Franck Desmedt, le directeur du théâtre de la Huchette, et Hélène Cohen, metteur en scène de « Huckleberry » cherchaient depuis plusieurs mois une idée pour un prochain musical d’été. Hélène avait proposé une autre œuvre de Mark Twain qui n’a pas été retenue, mais l’auteur a suscité de l’intérêt et particulièrement « Les aventures d’Huckleberry Finn ».

 

Quels ont été les défis à relever ?

Franck aime à dire qu’il faut créer des spectacles qui, logiquement, ne pourraient pas être joués à la Huchette sur son petit plateau de 4m sur 6. Là, excusez du peu : deux fugitifs s’embarquent sur un radeau et descendent le Mississipi. Ils sont pris dans l’orage, échappent à une maison flottante qui sombre, sont séparés par le brouillard, leur radeau est coupé en deux par un vapeur…et je pourrais continuer. Il a fallu trouver différents moyens théâtraux, visuels et sonores comme il n’y en avait encore jamais eu à la Huchette pour mettre en scène ces aventures mouvementées. Un autre défi que nous n’avions pas prévu aura été de trouver le comédien chanteur pour incarner Jim, l’esclave en fuite. Nous cherchions un homme d’au moins 40 ans car il y a une relation père-fils qui s’installe entre les deux protagonistes. Nous avons vu de bons comédiens mais qui n’avaient pas une assez solide formation de chanteur. Ceux qui chantaient vraiment étaient trop jeunes. Nous étions prêts à renoncer quand nous avons auditionné Joël O’Congha qui revenait d’une longue tournée en Chine avec « Autant en emporte le vent » et qui a comblé nos désirs. Pour Huck, la question s’est posée de savoir si on prendrait un comédien ou une comédienne. Finalement, dans la mesure où Huckleberry a 14 ans, il aurait fallu engager un enfant, c’est à dire en fait 3 car la législation ne permet pas de faire jouer un enfant tous les jours. C’était trop compliqué. Quant aux jeunes hommes, ils faisaient tout de suite adultes. Alors nous avons engagé une toute jeune comédienne, Morgane L’Hostis qui nous ravit et que beaucoup de gens du public prennent pour un garçon.

 

Quelles ont été vos influences ou inspiration pour composer la partition ?

J’ai écouté des enregistrements anciens de negro spirituals et puis j’ai oublié ce que j’avais entendu. J’ai laissé mon inconscient et mon imagination aller au fil du Mississipi. 

 

Pourquoi ne pas avoir de musicien sur scène ?

Vous dire que ça me fait plaisir serait mentir ! Mais nous avions l’obligation de n’employer que 3 comédiens. Au départ, nous pensions trouver des artistes instrumentistes mais les difficultés pour trouver la distribution, particulièrement Jim, nous ont fait renoncer. Et puis impossible de poser un piano sur le plateau avec tout ce qui s’y passe. Le troisième comédien, Alain Payen, aurait pu être guitariste mais il a tellement de choses à faire entre les manipulations, les changements de costume, les différents personnages à interpréter que lui faire accompagner les chansons aurait été insurmontable. En plus, je n’avais pas envie d’avoir seulement une guitare. Je suis pianiste, j’aime bien quand il y a un peu plus de notes et d’harmonie. Avec Fred Fresson qui a réalisé les enregistrements et les effets sonores, nous avons voulu garder le côté « piano » de l’accompagnement mais en y ajoutant parfois des touches de couleur : il y a du violon, de la guitare acoustique, de la guitare électrique, de la batterie. Mais je ne voulais pas, sous prétexte d’avoir une musique enregistrée, que celle-ci soit trop orchestrée, avec des tapis de violons comme je l’entends souvent.

 

Comment voyez-vous l’évolution du théâtre musical en France ?

Voilà une question à laquelle je ne sais quoi répondre. Ce que je vois, c’est qu’il y a davantage de jeunes qui se forment à la comédie musicale. Mais pour quel répertoire ? On a toujours tendance chez nous à associer le spectacle musical et le simple divertissement. C’est aussi l’avis des professionnels, voir en cela la dernière Cérémonie des Molières qui se moquait assez maladroitement des comédies musicales. J’ose espérer que dans les prochaines années, il sera possible de découvrir davantage de créations françaises avec une vraie ambition dramatique.

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