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René l’énervé (Critique)

Le mercredi 14 septembre 2011 à 12 h 45 min | Par | Rubrique : Critique, Théâtre musical

Lieu : Théâtre du Rond-Point - 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt - 75008 Paris - M° Franklin D. Roosevelt.
Dates : Du 07 septembre au 29 octobre 2011.
Horaires : Du mardi au samedi à 21h. Le dimanche à 15h.
Tarifs : 34 €.

Texte & mise en scène : Jean-Michel Ribes.
Avec : Sophie Angebault, Caroline Arrouas, Camille Blouet, Sinan Bertrand, Gilles Bugeaud, Claudine Charreyre, Till Fechner, Emmanuelle Goizé, Sophie Haudebourg, Sébastien Lemoine, Jeanne-Marie Lévy, Thomas Morris, Antoine Philippot, Rachel Pignot, Alejandra Radano, Guillaume Severac-Schmitz, Fabrice Schillaci, Gilles Vajou, Jacques Verzier & Benjamin Wangermée.

Les citoyens d’un pays imaginaire cherchent un nouveau leader, leur vieux président malade s’en allant. Soudain, ils aperçoivent un petit homme agité courant matin et soir. Il se nomme René. Énergique et courant droit, n’appréciant que le bon sens. René est repéré par le parti majoritaire. L’heure est électorale et René est matinal. Soutenu par sa mère, René devient l’homme providentiel d’un pays en mal d’autorité à poigne et de confort sécuritaire.

 

Notre avis : Nicolas Sarkozy aura inspiré, du temps de son mandat, plusieurs disciplines artistiques… Le cinéma avec La conquête et aujourd’hui ce René. Car même s’il n’est jamais nommé, c’est bien le chef de l’état qui est brocardé dans cette pochade sautillante. Jean-Michel Ribes s’est visiblement nourri de son propre énervement face aux diverses dérives du pouvoir pour écrire cette histoire farfelue, haute en couleur, d’un épicier qui, sur l’impulsion d’un publicitaire qui sait mettre en avant ses instincts les plus démagogiques, se retrouve propulsé sur la plus haute marche. Tel Janus, ce René a deux faces… Celle du président un rien dépassé par les événements, mais qui se complait dans cette situation (impeccable Thomas Morris), adulé par sa maman et l’autre, introspective, d’un simple épicier qui renie son double (non moins impeccable Jacques Verzier), rejeté par sa maman. La manière de brocarder les autres forces politiques en puissance donne lieu à des tableaux assez jubilatoires, comme ce réveil pénible de l’opposition toute en rose, mené par deux frondeuses dont l’immarcescible Ginette (explosive Emmanuelle Goizé). Le spectacle se scinde en deux parties : la première, très rythmée et rigolarde, se concentre sur l’ascension de René. La seconde, qui traine un peu plus en longueur, décrit la manière dont le pouvoir est exercé, entre ministres qui ne manquent pas de zèle, traître du parti d’en face, fréquentation peu recommandable des « Cons de la nation » (un autre parti, plus extrémiste). Le tout avec un choeur antique très européen (Monique, qui en fait partie, n’est-elle pas originaire de Belgique ?) un rien chahuté dans le dernier tiers du spectacle. Des voix venants d’horizon très divers se mêlent avec bonheur, c’est la bonne surprise du spectacle. Les costumes sont épatants, la scénographie remuante itou. Reinhardt Wagner a composé une musique habile, joliment servie par six musiciens. Par ailleurs force est de reconnaître dans ce spectacle, plus qu’un hommage, les retrouvailles avec une tradition très française de théâtre musical qui dénonce, se moque des puissants pour mieux faire réfléchir et permet au public de s’amuser à reconnaître telle ou telle situation, revue et corrigée. Certes, notre actuel président aime tellement la représentation et le « bling bling » qu’il est un modèle parfait pour ce type de production. Certes la satire, pour amusante qu’elle soit, n’est pas aussi acide qu’elle aurait pu, même si elle distille un discret malaise (au final, le spectacle est glaçant puisque même le « gentil » René devient fou dès qu’il a tué son double… laissant le champ libre à tous les extrémismes). En tout cas cette production originale qui sait se donner les moyens de ses ambitions, et menée tambour battant qui plus est, se laisse découvrir avec un plaisir non dissimulé.

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