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Rent, le film – Rent enfin sur les grands écrans

Le jeudi 1 décembre 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

Adam Pascal et Rosario Dawson ©DR

Adam Pascal et Rosario Dawson ©DR

Bohemia, Bohemia
Si l’on parle souvent du succès fulgurant qu’a connu Rent dès sa création off-Broadway, on ignore parfois que le chemin vers la gloire fut long. Tout commence à la fin des années 80, Jonathan Larson, jeune auteur compositeur, mène une vie de galère à New York. Billy Aronson, un jeune auteur, souhaite adapter La Bohème, l’opéra de Puccini, en le situant dans le New York d’aujourd’hui. Les deux artistes se rencontrent, échangent des idées, puis au final, Larson reprend le concept seul et commence à écrire. Larson parle de ce qu’il connaît bien : la difficulté d’être un artiste, les galères, les affres de la création… A cela se mêle une évocation de certains problèmes de société rarement évoqués dans le théâtre musical : SIDA, SDF, drogues. Larson donne vie à des personnages hauts en couleurs : gays, lesbiennes, drag-queens, strip-teaseuses… et hétéros ! Mais si Rent aborde des sujets graves, ce n’en est pas moins une oeuvre baignée d’optimisme, d’énergie, d’amour et de générosité.

Une première lecture de Rent a lieu en 1993 au New York Theatre Workshop. En novembre 94, le même lieu accueille un workshop sous la direction du metteur en scène Michael Greif, qui apporte de nombreuses suggestions pour le livret. Si à ce stade-là, le spectacle est encore bancal, il génère néanmoins un excellent bouche-à-oreille et des producteurs s’y intéressent. Le New York Theater Workshop, en association avec un groupe de producteurs, décide de monter le spectacle. Larson s’attelle à nouveau à une énième réécriture. Les répétitions commencent et la première est prévue le 26 janvier 1996. Un drame surgit lors de la dernière répétition le 25 janvier : Jonathan Larson meurt brusquement d’une rupture d’anévrisme. Le lendemain a lieu la première mondiale de Rent.

Rent fait un carton et transfère à Broadway, gagnant au passage le Prix Pulitzer ainsi que des Tony Awards. Le spectacle génère des fans inconditionnels (qu’on nommera les Rentheads) qui vont jusqu’à dormir devant le théâtre pour avoir des places. Ce n’est plus un succès, c’est un phénomène de société. Toujours à l’affiche, Rent fêtera ses dix ans à Broadway le 29 avril 2006.

De Off-Broadway à Hollywood
Avec un tel succès, les droits cinématographiques de Rent sont achetés très rapidement. De nombreux réalisateurs sont approchés pour mener le projet à bien, de façon plus ou moins sérieuse. On parle notamment de Spike Lee et Rob Marshall (Chicago). Mais le projet restera dans les tiroirs avant que Chris Columbus s’y intéresse plus activement.

Qui aurait pu croire que Columbus, réalisateur de films familiaux tels que Harry Potter, Maman j’ai raté l’avion ou encore Mrs Doubtfire, puisse avoir envie de réaliser Rent ? Columbus avoue avoir été complètement bluffé par le spectacle lorsqu’il l’a vu à Broadway lors de sa création. De plus, ayant vécu la vie bohème à New York dans les années 80, il s’identifie complètement aux préoccupations des personnages.
Après avoir tourné le deuxième Harry Potter, Columbus commence alors à se renseigner sur l’état d’avancement de l’adaptation cinématographique de Rent et de fil en aiguille, après moult négociations concernant les droits, il parvient à remettre le projet sur les rails.

Commence alors le processus du casting. Pendant un temps, il est envisagé de faire appel à des stars de la pop. On cite pêle-mêle les noms de Justin Timberlake, Usher, Christina Aguilera ou J-Lo… Mais après mûre réflexion, Columbus estime que le public aura du mal à faire abstraction de l’image publique de ces pop-stars et préfère se tourner vers le cast original dont il apprécie particulièrement l’alchimie. Adam Pascal, Anthony Rapp, Taye Diggs, Jesse L. Martin, Wilson Jermaine Heredia et Idina Menzel ont ainsi l’opportunité d’immortaliser à l’écran les rôles qu’ils ont créés sur scène. Daphne Rubin-Vega et Freddi Walker sont remplacées par Rosario Dawson (Sin City) et Tracie Thoms. Pour l’anecdote, le premier film de Columbus, Adventures in Babysitting, comprenait un numéro musical, et dans la distribution, on retrouvait… Anthony Rapp, alors âgé de 16 ans.

Le scénario de Rent est adapté par Steve Chbosky et Chris Columbus. Evidemment, en regard de la version scène, quelques coupes ont été faites (« We’re okay », « Contact »…), la plupart des dialogues chantés ont été transformés en dialogues parlés (« You okay honey ? », « Voice Mail », etc). « Goodbye Love » et « Halloween » figurent sur la BO et ont été tournés mais ne sont pas dans le montage final. On peut imaginer qu’ils seront en bonus sur le DVD. Enfin, sur le CD se trouve en bonus une chanson inédite de Jonathan Larson : « Love heals » mais qui ne fait pas partie du film.

Le film, enfin !
Le film est tourné au printemps 2005 entre San Francisco et New York. Il sort aux Etats-Unis le 23 novembre 2005. A New York, ville où se déroule l’action et où tout a commencé, on sent l’événement. Les affiches sont partout dans la ville. Le grand magasin Bloomingdales consacre une vitrine entière à Rent. Sur le web, les forums de comédies musicales s’enflamment. Et le spectacle à Broadway se porte mieux que jamais puisque la semaine de la sortie du film, le théâtre atteint 97% de taux de remplissage.

Enfin, on peut voir le film et si cette adaptation est d’ores et déjà source de nombreuses discussions, elle n’en est pas moins fort réussie. L’histoire (quelque peu confuse sur scène) est beaucoup plus claire à l’écran. Le cinéma permet à la ville (personnage tout aussi important) de vivre et vibrer, avec ses rues crasseuses, sa faune et ses lumières. La caméra offre une proximité avec les personnages. Les scènes réalistes (le groupe de parole pour les séropositifs, les crises de manque de Mimi) sont beaucoup plus poignantes. A l’inverse, Columbus se permet une scène onirique à mille lieues de la production théâtrale (« Tango Maureen ») qui est une des scènes les plus jubilatoires du film. Quelques scènes sont cependant moins réussies, comme « What you own » qui n’est pas loin du karaoké, avec un Adam Pascal tous cheveux au vent, en haut d’une montagne. Cependant, si on peut déplorer une certaine maladresse et un peu de naïveté, on ne pourra certainement pas reprocher un manque de sincérité et de fidélité. L’esprit de Rent est là, avec cette énergie caractéristique et cette soif de vie qui s’incarne à travers une brillante partition.

En ce qui concerne les critiques américaines, les réactions sont mitigées, allant du positif (New York Times) au négatif (Variety). Du côté du box-office, Harry Potter et la coupe de feu rafle toutes les entrées le premier week-end de sortie mais il est encore un peu tôt pour prédire du parcours du film. Les Golden Globes ainsi que les Oscars pourraient effectivement jouer en sa faveur. Sans oublier que sur le long terme, depuis quelques années, la sortie DVD apporte plus de bénéfices que la sortie salles. Le futur de Rent, le film est en train de se jouer. Le public français devra patienter jusqu’au 16 avril pour juger par lui-même.

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