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Richard Wagner 1813 – 1883 – Le feu et le soufre

Le samedi 1 avril 2000 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grands auteurs

Richard Wagner ©DR

Richard Wagner ©DR

Richard Wagner naît en 1813. Sa paternité est mal établie : le mari de sa mère ou l’amant de celle-ci ? Quoi qu’il en soit, elle épouse le second après la mort du premier en 1814. Cette incertitude sur son ascendance pèsera toute sa vie sur le compositeur et transparaîtra dans ses oeuvres. Il s’intéresse à la musique et une représentation de Fidélio de Beethoven le convainc de se consacrer à l’opéra. Le jeune adulte peu fortuné connaît une vie de bohème qui le mène à travers l’Europe. Il épouse une jeune actrice Minna Planer, femme peu cultivée qui partagera ses années de galère. Il achève ses premières oeuvres (Die Feen – Les fées, Das Liebsverbot – La défense d’aimer) jusqu’à rencontrer un certain succès avec Rienzi en 1842.

Compositeur ET auteur de ses oeuvres
Son premier grand opéra Le Hollandais volant (Der Fliegende Hollander) est créé en 1843, suivi de Tannhaüser (1845). Wagner montre une maîtrise étonnante. L’art orchestral du compositeur se déploie déjà avec rutilance en prolongeant le Beethoven de la 9e symphonie. Les textes sont porteurs de thèmes élevés autour de l’amour, l’identité, la mort, la faute et le pardon. Comme la musique, les textes sont de la plume du compositeur. Celui est attaché à une forte intégration de ces deux éléments, sans négliger la mise en scène. L’idée de l’opéra comme « art total » prend forme, où toutes les formes d’expressions artistiques concourent à la présentation d’un drame sur scène. Jamais un artiste n’avait eu une vision aussi haute et aussi large de son art, tout en l’accompagnant en action. Et jamais depuis, un tel accomplissement ne s’est renouvelé.

La carrière de Wagner se poursuit de façon chaotique. En effet, les thèmes sombres et même obscurs de ses opéras ne plaisent pas durablement. Et sa musique est difficile, sans un découpage en airs bien délimités. Les opéras de Wagner sont exigeants pour son époque. Heureusement, il a acquis de chaleureux partisans, tels Franz Liszt. Celui-ci porte à bout de bras les premières représentations de Lohengrin en 1850. Le chevalier Lohengrin arrive incognito sur un cygne pour défendre l’honneur et la réputation de Elsa, soupçonnée d’avoir manigancé un meurtre. Elle est innocentée. Mais victime d’une manipulation, elle brise sa promesse de ne jamais interroger son sauveur sur son identité. Les thèmes récurrents du compositeur sont en place : l’interrogation sur les origines, la femme extrêmement humaine dans ses forces et faiblesses, l’homme corseté dans ses devoirs, et la confrontation de l’une à l’autre. Et l’ambiance de ferveur religieuse devient la signature du compositeur.

Mathilde et Cosima
Pour ne rien arranger, l’homme Wagner est poursuivi par la justice pour sa participation aux émeutes populaires de 1849 à Dresde. Il fuit et se consacre à l’écriture. Il met en mots sa conception du drame musical, et développe parallèlement l’histoire d’un héros de la mythologie scandinave, Siegfried. Le grand cycle L’Anneau du Nibelungen prend forme et occupera 25 ans de la vie du compositeur. Celui-ci se découvre de nouveaux protecteurs dont le couple Wesendonck. Mathilde Wesendonck devient sa maîtresse et son amour dissimulé lui inspire le grand et douloureux opéra Tristan et Isolde (1865). La musique et les mots de Wagner traduisent avec force l’amour impossible qui unit les amants dans la nuit et la frontière ténue entre l’amour et la mort. La longue complainte finale de Isolde, contemplant le corps sans vie de Tristan, déborde d’émotion tragique. Rarement on aura vu et entendu sur scène une aussi poignante mort d’amour.

L’escapade parisienne de Wagner à Paris en 1859 pour des représentations de Tannhäuser tourne court pour des raisons stupides : le compositeur refuse de se plier à l’usage non écrit qui veut qu’il y ait un ballet au 2e acte d’un opéra. Son intransigeance provoque une cabale qui sabote les représentations, y compris celle en présence de Napoléon III et de l’impératrice. Wagner gagnera encore quelques partisans de valeur, dont Baudelaire, mais le malentendu entre le compositeur allemand et le public français trouve ici ses racines. Et les événements politiques à suivre entre les deux pays de part et d’autre du Rhin n’arrangeront rien.

Après les difficultés, l’horizon s’éclaircit à partir des années 1860. Il rencontre la femme de sa vie : Cosima, la fille de Franz Lizst. Qu’elle soit déjà mariée à un chef d’orchestre ne gêne aucunement Wagner, d’autant que le mari Hans von Bülow accepte son humiliation et continue même à diriger – avec talent – la musique du compositeur ! Wagner se serait d’ailleurs écrié devant le couple: « Lui, je le veux dans ma fosse d’orchestre, et elle dans mon lit ! « . Cosima fait annuler son mariage et épouse Wagner en 1870.

La somme d’une vie vouée à l’art
Par ailleurs, en 1864, Louis II de Bavière, être un peu dérangé, déclare son admiration pour Wagner et lui offre un substantiel soutien financier. C’est donc un Wagner revigoré qui conçoit le gai Les maitres chanteurs de Nuremberg (Meistersinger von Nurnberg) représenté en 1868 sous la direction de von Bülow. Enfin, il obtient de son généreux protecteur des subsides pour bâtir un temple consacré à son futur son cycle de l’Anneau. Il choisit Bayreuth en Bavière. Les représentations ont lieu durant l’été 1876 devant le gratin de la politique et de l’art de son époque. Même si les représentations ont comporté des défaillances – Wagner a placé la barre très haut – les plus lucides des spectateurs ont vu du génie dans ce monde de dieux corrompus, supplanté par un autre monde où l’amour sera la valeur première.

L’Anneau, ou comme on l’appelle en France, La Tétralogie (puisque composé de quatre opéras : L’or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le crépuscule des dieux ) est une oeuvre monstrueusement géniale dont on a peine à croire qu’elle émane d’un esprit unique. En un quart de siècle, la pensée de Wagner a mûri et c’est ce qui apparaît à la fois dans le texte et la musique. Le texte est riche de thèmes qui somment une expérience humaine. Le foisonnement des idées reste constamment étayé par des illustrations musicales qui en maintiennent la cohérence (les fameux leitmotivs). S’il fallait tenter des comparaisons d’une telle opulence artistique, on penserait à la richesse des monumentaux romans Les Misérables de Victor Hugo, ou Guerre et Paix de Leon Tolstoï, la musique en plus.

Wagner meurt peu après la création de Parsifal en 1882. De son vivant, la vie et l’oeuvre de Wagner avaient un parfum de soufre. Les événements ultérieurs ont ensuite vu son nom et sa musique accolés à Hitler dès 1933. Des représentations des Maîtres chanteurs ont célébré l’ascension du nazisme. Après la guerre, les petits-fils de Wagner consacreront une énergie prodigieuse à dénazifier Bayreuth et à en faire un lieu d’avant-garde culturelle. A cet égard les représentations du centenaire (1976-1980), sous la direction des français Pierre Boulez (musique) et Patrice Chéreau (mise en scène) furent exemplaires pour illustrer l’universalité des thèmes de La Tétralogie. Des vidéos de ces représentations existent et elles constituent d’excellentes introductions au cycle de l’Anneau. Le débutant se tournera de préférence vers Lohengrin ou Les maîtres chanteurs, pour juger s’il se sent de taille à affronter ces opéras (4h en moyenne par opéra, 15h pour La Tétralogie). Les convertis, eux, ne voient pas le temps passer.

Les grands opéras de Richard Wagner
1843 – Der fliegende Holländer (Le vaisseau fantôme). Comme pour tous les autres ouvrages, le livret comme la musique sont de Wagner.
1845 – Tannhäuser
1850 – Lohengrin
1862 – Tristan und Isolde (Tristan et Isolde).
1868 – Die Meistersinger von Nürnberg (Les maîtres chanteurs de Nuremberg).
1876 – Le cycle Der Ring des Nibelungen (L’anneau du Nibelungen ou La Tétralogie):
Das Rheingold (L’or du Rhin)
Die Walküre (La Walkyrie)
Siegfried
Die Götterdämmerung (Le crépuscule des Dieux)
1882 – Parsifal

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